vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2210111 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | SEILLER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 mai 2022, M. B E D, représenté par Me Seiller, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2022 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, à titre principal, du fait de l'absence de consultation du collège de médecin de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ou, à titre subsidiaire, de l'irrégularité de cet avis qui ne contient pas les différentes mentions prévues par l'arrêté du 9 novembre 2011, dont le signataire n'est pas identifiable et ne justifie pas d'une " désignation " et en ce qu'il ne respecte pas les conditions d'établissement et de transmission prévues par l'arrêté précité ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur de droit, dans la mesure où le préfet s'est estimée liée par l'avis du collège de médecins de l'OFII pour l'édicter ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, à titre principal, du fait de l'absence de consultation du collège de médecin de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ou, à titre subsidiaire, de l'irrégularité de cet avis qui ne contient pas les différentes mentions prévues par l'arrêté du 9 novembre 2011, dont le signataire n'est pas identifiable et ne justifie pas d'une " désignation " et en ce qu'il ne respecte pas les conditions d'établissement et de transmission prévues par l'arrêté précité ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur de droit, dans la mesure où le préfet s'est estimée en situation de compétence liée pour l'édicter ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la fixation du délai de départ volontaire :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions des articles 7 et 12 de la directive 2008/115/CE du parlement européen et du conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur de droit, dans la mesure où le préfet s'est estimée en situation de compétence liée pour l'édicter.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2022, le préfet de police, représenté par la SELARL Actis avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 9 novembre 2011 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des avis médicaux ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Le rapport de M. Grandillon, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
1. M. B E D, de nationalité nigériane né le 2 novembre 1966, est entré en France le 1er janvier 2016 selon ses déclarations. Il demande l'annulation de l'arrêté du 17 février 2022 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, si le requérant soutient que la procédure suivie dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre de séjour est irrégulière, il ressort toutefois des pièces produites en défense que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été consulté le 3 décembre 2021, soit avant l'édiction de la décision attaquée, et a rendu un avis. En outre, cet avis comporte la désignation et la signature de ses auteurs, appartenant au service médical de l'OFII et l'ensemble des mentions requises par l'arrêté du 9 novembre 2011. Enfin, si M. D soutient que les conditions d'établissement et de transmission de l'avis doivent être conformes à l'arrêté précité, il n'assortit pas cette branche du moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. En outre, le requérant ne peut utilement reprocher à la décision attaquée de ne pas viser l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a pas demandé son admission au séjour sur ce fondement, lequel n'a pas non plus fait l'objet d'un examen spontané de la part du préfet de police. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisant motivation de la décision attaquée doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas de la rédaction de l'arrêté attaqué que le préfet de police se serait estimé en situation de compétence liée pour rejeter la demande de titre de séjour du requérant compte tenu de l'avis du collège des médecins de l'OFII, ni qu'il n'aurait pas procédé à un examen personnel de la situation de M. D. Par suite, ce moyen doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ".
6. Il ressort de l'arrêté attaqué qu'après avoir relevé que le collège de médecins de l'OFII a estimé, le 3 décembre 2021, que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé au Nigéria, dont il est ressortissant, et voyager sans risque vers ce pays, le préfet de police a indiqué qu'après un examen approfondi de sa situation, le requérant ne remplit pas les conditions fixées à l'article cité au point précédent. M. D se borne à soutenir que le préfet de police ne démontre pas que son traitement médical est disponible dans son pays d'origine. Cependant, il n'établit pas, par les pièces qu'il verse aux débats, lesquelles concernent essentiellement son état de santé et sa prise en charge médicale, qui ne sont pas discutés, qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié au Nigéria, dont le collège des médecins de l'OFII a estimé qu'il est disponible dans ce pays. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En cinquième lieu, M. D n'a pas demandé son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, le préfet de police n'a pas spontanément examiné sa situation sur ce terrain. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions. Ce moyen, inopérant, doit donc être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Si M. D soutient qu'il est arrivé en France il y a six ans, qu'il y est soigné et y compte la présence d'un frère et d'une sœur, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il est célibataire sans charge de famille et n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident sa fratrie et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 49 ans au moins. En outre, il n'établit pas disposer des liens familiaux en France qu'il évoque. Dans ces conditions, compte tenu de ce qui a été indiqué au point 6, et indépendamment de la durée de son séjour en France, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté pour les mêmes motifs.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, les moyens tirés de l'absence ou de l'irrégularité de l'avis du collège de médecins de l'OFII, du défaut de motivation de la décision attaquée, du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant, de la situation de compétence liée, de la méconnaissance des articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 2, 3, 4, 6, 7 et 9.
11. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement.
Sur le délai de départ volontaire :
12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / () ".
13. En premier lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet de motiver spécifiquement l'octroi du délai de départ volontaire quand celui-ci correspond à la durée légale fixée à trente jours et que l'étranger n'a présenté aucune demande afin d'obtenir un délai supérieur. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée, qui lui a accordé un délai de départ de trente jours, est insuffisamment motivée au motif qu'elle n'indique pas les raisons pour lesquelles il n'a pas obtenu un délai de départ plus important. Ce moyen doit donc être écarté ainsi, en tout état de cause, que la méconnaissance des articles 7 et 12 de la directive directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008.
14. En second lieu, il ne ressort pas de la rédaction de l'arrêté attaqué que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen personnel de la situation de M. D. Par suite, ce moyen doit être écarté tout comme, en tout état de cause, la méconnaissance des articles 7 et 12 de la directive citée au point précédent.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. B E C, au préfet de police et à Me Seiller.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Simonnot, président,
Mme Voillemot, première conseillère,
M. Grandillon, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
Le rapporteur,
J. GRANDILLON
Le président,
J.F. SIMONNOT
La greffière,
S. RAHMOUNI
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026