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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2210113

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2210113

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2210113
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantSELMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête accompagnée des pièces complémentaires, enregistrées le 3 mai et le 20 juin 2022, M. A B, représenté par Me Selmi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2022 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné du territoire français ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme 2 400 euros au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'erreur de droit, dans la mesure où le préfet s'est estimée en situation de compétence liée pour l'édicter ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2022, le préfet de police, représenté par la SELARL Actis avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grandillon, premier conseiller,

- et les observations de Me Pere, pour M. B.

1. M. A B, de nationalité bangladaise né le 27 octobre 1967, est entré en France le 25 janvier 2011 selon ses déclarations. Il demande l'annulation de l'arrêté du 10 mars 2022 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Ce moyen doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu dans la mesure où il n'a pas été mis à même de s'expliquer sur les raisons pour lesquelles il n'établissait pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans alors qu'il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet de police a admis qu'il séjournait depuis onze ans sur le territoire national. Ce moyen doit donc, en tout état de cause, être écarté.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

5. Le préfet de police a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour sur le fondement des dispositions citées au point précédent pour trois motifs tenant, d'une part, à l'absence de maitrise de la langue française, d'autre part, au caractère insuffisant de son intégration professionnelle et, enfin, au fait qu'entré en France à l'âge de 43 ans, il y est sans charge de famille et conserve des liens dans son pays d'origine où résident son épouse, ses trois enfants, sa mère et sa fratrie.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a suivi avec assiduité divers ateliers et formations d'apprentissage du français et dispose du diplôme initial de langue française, niveau A1.1. En outre, il ressort du procès-verbal des délibérations de la commission du titre de séjour que l'intéressé, qui a été auditionné par ses membres, comprend le français et que ses difficultés d'expression s'expliquent, notamment, par le fait qu'il était intimidé lors de l'examen de sa situation par cette commission. Ainsi, c'est à tort que le préfet de police a estimé que M. B ne comprend pas le français et qu'il ne peut pas prendre part, sans préparation préalable, à une conversation sur des sujets familiers, comme le travail ou les loisirs. Toutefois, il résulte de l'instruction que cette autorité administrative aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur les deux autres motifs relatifs au caractère insuffisant de son intégration professionnelle et à sa vie privée et familiale, qui ne sont d'ailleurs pas contestés sérieusement par le requérant, qui se borne à soutenir qu'il réside sur le territoire national depuis plus de dix ans, ce qui ne constitue ni une considération humanitaire, ni un motif exceptionnel. Par suite, et indépendamment de la durée de sa présence en France, le préfet n'a pas entaché la décision attaquée d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen doit donc être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il ne ressort pas de la rédaction de l'arrêté contenant la décision attaquée que le préfet de police se serait estimé en situation de compétence liée pour l'éloigner à la suite de la décision par laquelle il a refusé de l'admettre au séjour.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Si M. B soutient qu'il est francophone et parfaitement intégré en France où il réside depuis 2011 et qu'il bénéfice d'une promesse d'embauche dans un commerce, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il est sans charge de famille en France, qu'il ne justifie pas d'une insertion professionnelle particulière et conserve des liens familiaux dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 43 ans et où résident toujours son épouse, ses trois enfants, sa mère et sa fratrie. Dans ces conditions, et indépendamment de la durée du séjour en France de M. B, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, sa demande présentée sur le fondement du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de police et à Me Selmi.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

Mme Voillemot, première conseillère,

M. Grandillon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

Le rapporteur,

J. GRANDILLON

Le président,

J.F. SIMONNOT

La greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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