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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2210401

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2210401

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2210401
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mai 2022, Mme C A, représentée par Me Donazar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2022, par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera reconduite ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai, sous astreinte du même montant ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'un titre de séjour ;

- elle est prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juin 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

17 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions lors de l'audience publique.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme B a donné lecture de son rapport lors de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 24 septembre 1989, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 23 février 2022, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de police lui a refusé la délivrance de ce titre, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera reconduite.

Sur la légalité de la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il serait insuffisamment motivé manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A souffre d'une hépatite chronique B. Par un avis émis le 30 décembre 2021, au vu duquel le préfet de police a pris la décision de refus de séjour, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que, si l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale son défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Mme A ne conteste pas sérieusement cette appréciation en se bornant à produire un certificat médical daté du 18 mars 2022 rédigé en des termes qui ne reflètent pas l'exceptionnelle gravité alléguée. Par conséquent, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Mme A se prévaut de sa présence en France depuis le 30 mai 2018, de la scolarisation de ses deux enfants nés en 2005 et en 2016 et de sa volonté d'insertion professionnelle sous couvert d'un contrat à durée indéterminée en qualité d'assistante ménagère au sein de la société Altidom Services. Toutefois, Mme A ne justifie pas de liens personnels, ni familiaux suffisamment notables en France, alors au demeurant que sa mère et sa fratrie résident dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale du requérant doit en tout état de cause être écarté.

6. En quatrième lieu, eu égard notamment à l'ensemble des éléments ci-dessus exposés, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure attaquée sur la situation de l'intéressée. Ce moyen doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision de refus de titre de séjour, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, est infondé et doit, par suite, être écarté.

8. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 5, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de la requérante doit être écarté.

9. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 4, 5 et 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une mesure d'éloignement sur la situation de l'intéressée doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du

attaqué doivent être rejetées. Par suite, les conclusions aux fins d'injonctions, et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Perfettini, présidente,

Mme Merino, première conseillère,

M. Guiader, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.

La rapporteure,

M. B

La présidente,

D. PERFETTINI

La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2210401 / 1-3

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