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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2210456

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2210456

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2210456
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI, BERDUGO AVOCATS ASSOCIES (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 1er juin 2022, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative la requête, enregistrée le 24 mai 2022, présentée par M. E D. Par cette requête et un mémoire enregistrés le 1er juin 2022, M. D, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 22 mai 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 1 an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, de réexaminer sa situation administrative et de prendre une décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de son conseil sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête a bien été déposée dans le délai de recours ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il ne justifie pas que la décision de la cour nationale du droit d'asile lui a bien été notifiée ;

- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a méconnu les stipulations des articles 3-1, 9 et 16 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;

- le préfet a commis une erreur de droit car il s'est cru en situation de compétence liée ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il risque d'être persécuté en cas de retour dans son pays et le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 1 an :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle et sur sa vie privée ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2022, le préfet des Hauts-de-Seine, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- la directive n° 2008/115 du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Berdugo, représentant M. D.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 22 mai 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. D à quitter le territoire français a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 1 an. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° PCI N° 2022-046 du 2 mai 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs, le préfet des Hauts-de-Seine a donné à M. C B, sous-préfet, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, la décision contestée tant en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire, le refus d'accorder un délai de départ volontaire que la mesure d'interdiction de retour sur le territoire comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elle a été prise et notamment, de la situation personnelle et administrative du requérant. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet des Hauts-de-Seine n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir et notamment sa situation familiale et la circonstance que sa compagne est enceinte et doit accoucher dans les prochains mois ou ses craintes de persécution en cas de retour dans son pays. Ensuite, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet s'est bien prononcé, s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire sur la circonstance qu'il présente ou non des circonstances exceptionnelles. Enfin, il n'était pas tenu de viser les stipulations de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit être écarté en toutes ses branches.

4. En troisième lieu, il ressort de la motivation même de l'arrêté attaqué que le préfet qui ne s'est pas cru en situation de compétence liée s'est livré à un examen circonstancié de la situation de M. D.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. D, ressortissant ivoirien né en 1999 soutient qu'il est entré en France en septembre 2020, qu'il n'a plus d'attaches familiales en Côte d'Ivoire qu'il vit avec une ressortissante ivoirienne et que le couple attend un enfant qu'il a reconnu en juin 2022 et qui est finalement né le 19 juin 2022 après avoir perdu deux jumeaux morts nés en mai 2021. Enfin sa concubine a eu un enfant d'une autre union dont il s'occupe comme si il était son père. Toutefois, d'une part il n'est ni établi et encore moins allégué que la conjointe du requérant soit en situation régulière. D'autre part, M. D qui ne justifie d'aucune démarche en vue de faire régulariser sa situation administrative, ne justifie que de revenus à hauteur de 350 euros par mois. Ensuite, son enfant étant né postérieurement à la date de l'arrêté attaqué, il n'est pas fondé à invoquer la violation des stipulations de la convention internationale des droits de l'enfant laquelle ne s'applique qu'aux enfants nés. Enfin, il n'invoque aucune circonstance interdisant à toute la cellule familiale y compris le fils de sa compagne né d'une autre union de se reconstituer en Côte d'Ivoire. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, il n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet des Hauts-de-Seine aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles des stipulations des articles 3-1, 9 et 16 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ni, s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français, d'erreur d'appréciation ou une violation des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile .

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".

8.M. D soutient qu'en violation de ces dispositions, aucun élément du dossier ne permet de s'assurer de la réalité de la notification de la décision de la cour nationale du droit d'asile du 29 août 2021 dans une langue qu'il comprend. Toutefois, en application de ces dispositions, le demandeur d'asile bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à non pas la date de notification comme soutenu mais celle de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile. Enfin, il n'est pas contesté par M. D et il ressort de la fiche télémofpra produite par le préfet et qui lui a été régulièrement communiquée, que cette lecture a bien eu lieu le même jour. Par suite, le moyen tiré de la violation des dispositions susvisées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En sixième lieu, s'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire,

M. D soutient que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation quant à au risque de fuite car il est titulaire de garanties sérieuses, fait valoir des circonstances exceptionnelles et n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement ni menacé l'ordre public. Toutefois, d'une part, le requérant n'apporte aucun justificatif aux " garanties sérieuses " invoquées et il n'est pas utilement contesté qu'il ne justifie pas d'un domicile effectif et stable qu'il a déclaré de ne pas vouloir exécuter la mesure d'éloignement et qu'il n'a entrepris aucune démarche en vue de faire régulariser sa situation administrative. D'autre part, eu égard à ce qui a été dit au point 6 les circonstances alléguées ne sont pas de nature à elles seules à établir qu'en lui refusant un tel délai, le préfet aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Enfin, pour contester la décision distincte fixant le pays de renvoi, M. D invoque les risques de persécution qu'il peut encourir en cas de retour en Côte d'Ivoire. Toutefois, ses allégations relatives aux risques que lui ferait courir son retour dans son pays d'origine ne sont assorties d'aucune justification probante. Au surplus, l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir qu'il risque d'être persécuté en cas de retour dans son pays et que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales auraient été méconnues.

11.Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 mai 2022 du préfet des Hauts-de-Seine. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022

Le magistrat désigné,

A. A

La greffière

A. Frizzi

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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