vendredi 15 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2210664 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | REGHIOUI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 11 mai 2022 et le 17 juin 2022, M. E B, représenté par Me Reghioui, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2022 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant refus de séjour est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est également entachée d'un vice de procédure, en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;
- le préfet a entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de justice administrative ;
- il s'est fondé sur des faits matériellement inexacts ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, garantie par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tiré du non-respect du principe du contradictoire ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- la décision est dépourvue de base légale ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, garantie par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle emporte des conséquences excessives sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tiré du non-respect du principe du contradictoire ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- la décision est dépourvue de base légale ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
-la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions dans cette affaire.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant égyptien, né le 10 avril 1994, déclare être entré sur le territoire français le 6 novembre 2011 et s'y maintenir depuis lors. Il s'est présenté à la préfecture de police, le 16 novembre 2021, afin de solliciter son admission au séjour sur le fondement de l'article L.431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 avril 2022, le préfet de police a rejeté cette demande, obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C A, attachée d'administration de l'Etat, cheffe du pôle " admission exceptionnelle au séjour " de la sous-direction de l'administration des étrangers au sein de la direction de la police générale de la préfecture de police, qui disposait d'une délégation consentie par le préfet de police par un arrêté du 18 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs et visé dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de la décision attaquée, que celle-ci comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait, notamment les éléments se rapportant à la situation personnelle du requérant, qui en constituent le fondement. En outre, le préfet n'est jamais tenu d'indiquer l'ensemble des éléments se rapportant à une telle situation, mais seulement ceux qui fondent ses décisions. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort de la motivation de la décision attaquée que le préfet de police a bien procédé à un examen particulier de la demande de M. B. Par suite, le moyen manque en fait et doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment des documents produits par le requérant, que celui-ci n'établit pas sa résidence habituelle en France depuis l'année 2011. En effet, sont produits au titre des années 2012 à 2018, une facture d'achat, des factures de téléphone, des lettres relatives à un abonnement " navigo " ou " vélib ", des ordonnances, des relevés de compte, qui démontrent au mieux la présence ponctuelle en France de l'intéressé sur cette période. Par suite, faute de justifier d'une résidence habituelle de dix ans à la date de la décision attaquée, le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
7. D'autre part, si le requérant justifie d'une présence habituelle en France depuis l'année 2019, une telle circonstance, comme celle tirée de ce qu'il est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis novembre 2021, ne suffit pas à établir la réalité du motif exceptionnel au sens des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, c'est sans erreur de fait, ni erreur manifeste d'appréciation que le préfet de police a pu édicter l'arrêté attaqué.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Il résulte des motifs précédemment exposés que le requérant établit au mieux sa présence habituelle en France depuis l'année 2019. En outre, s'il revendique le transfert de ses intérêts moraux et familiaux en France, il n'apporte pas d'élément de nature à établir la réalité de ses allégations. S'il fait valoir qu'il entretient une relation amoureuse avec une femme résidant en France, ainsi que cela ressort d'une attestation rédigée par cette dernière, cette circonstance n'est pas non plus suffisante pour démontrer le transfert de ses intérêts privés et familiaux, ce d'autant que la réalité de la vie commune n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dans l'atteinte portée au droit au respect de la vie privée et familiale doit être écarté.
9. En cinquième lieu, en se bornant à invoquer une durée de présence en France de plus de dix ans et le transfert de ses intérêts privés et familiaux en France, au demeurant non démontrés, le requérant n'établit pas que le préfet aurait entaché son appréciation d'une erreur manifeste.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de séjour n'étant pas démontrée, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.
11. En deuxième lieu, la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour étant suffisamment motivée ainsi que cela a été exposé au point 3, la mesure d'éloignement n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision de refus de séjour, en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision est inopérant et ne peut dès lors qu'être écarté.
12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
13. En quatrième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la loi n°2000-1324, abrogée avec l'entrée en vigueur du code des relations entre le public et l'administration. En outre, et en tout état de cause, la procédure contradictoire organisée par cette loi n'est pas applicable aux mesures d'éloignement.
14. En cinquième lieu, aux termes l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Cette droite comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été reçu par les services préfectoraux le 16 novembre 2021 et qu'il a déposé une demande d'admission au séjour. Il a donc eu la possibilité de faire valoir à cette occasion tous éléments utiles à l'appui de sa demande. Il lui était également loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. Le moyen doit dès lors être écarté.
15. En sixième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne s'applique pas aux mesures d'éloignement.
16. En septième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 6.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
17. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de la décision attaquée, qui précise entre autres que le pays de destination est celui dont le requérant a la nationalité ou celui dans lequel il est légalement admissible. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
18. En deuxième lieu, faute d'avoir établi l'illégalité de la mesure d'éloignement, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.
19. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la loi n° 2000-1324, abrogée avec l'entrée en vigueur du code des relations entre le public et l'administration. En outre, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne doit en tout état de cause être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14.
20. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
21. En cinquième et dernier lieu, en se bornant à invoquer le transfert de ses intérêts privés et moraux en France, qui n'est pas établi, ainsi qu'il a été dit, le requérant ne démontre pas que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Dès lors, le moyen doit être écarté.
22. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M.B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Dalle, président,
Mme Belkacem, première conseillère,
M. Mazeau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.
La rapporteure,
N. D
Le président,
D. DALLE
La greffière,
M.-C. POCHOT
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026