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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2210844

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2210844

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2210844
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mai 2022, accompagnée de pièces complémentaires enregistrées le 5 juin 2022, Mme A C, représentée par Me Lerable, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2022 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée et l'a informée que l'autorité administrative édictera une interdiction de retour à son encontre si elle se maintient irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Un courrier du 9 juin 2022 a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen tiré de ce que la déclaration du préfet de police dans l'arrêté du 14 février 2022 informant Mme C que l'autorité administrative édictera une interdiction de retour à son encontre si elle se maintient irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire ne constitue pas une décision faisant grief.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Lerable, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante congolaise (RDC) née le 22 décembre 1978, a sollicité le 10 septembre 2021 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 février 2022, le préfet de police lui a refusé la délivrance de ce titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée. Par ce même arrêté, le préfet de police l'a également informée qu'il édicterait une interdiction de retour sur le territoire à son encontre si elle se maintenait irrégulièrement en France. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions relatives à la déclaration du préfet de police informant Mme C qu'il édictera une interdiction de retour sur le territoire à son encontre si elle se maintient irrégulièrement sur le territoire :

2. Mme C demande l'annulation de l'article 5 de l'arrêté du 14 février 2022 par lequel le préfet de police l'a informée qu'il édicterait une interdiction de retour si elle se maintenait irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire. Cette information ne modifie pas l'ordonnancement juridique, dès lors que l'interdiction de retour sur le territoire que pourrait édicter le préfet de police ne présente pas un caractère certain. Par suite, les conclusions dirigées à l'encontre de cet article sont dirigées vers une décision ne faisant pas grief et sont irrecevables.

Sur l'arrêté dans son ensemble :

3. L'arrêté attaqué a été signé par Anne-Valérie Laugier, adjointe à la cheffe du 9ème bureau, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature du préfet de police en vertu d'un arrêté n° 2021-00991 du 27 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

Sur le refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. La décision attaquée vise l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a considéré dans un avis du 3 janvier 2022 que l'intéressée pouvait bénéficier d'un traitement approprié en République Démocratique du Congo et, après un examen approfondi, que Mme C ne remplissait pas les conditions prévues par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision mentionne, par suite, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ".

7. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, il appartient au juge administratif, lorsque le demandeur lève le secret relatif aux informations médicales qui le concernent en faisant état de la pathologie qui l'affecte, de se prononcer sur ce moyen au vu de l'ensemble des éléments produits dans le cadre du débat contradictoire et en tenant compte, le cas échéant, des orientations générales fixées par l'arrêté du 5 janvier 2017.

8. La décision attaquée a été prise au vu de l'avis du collège des médecins de l'OFII émis le 3 janvier 2022, indiquant que l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, enfin que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. La requérante produit de nombreux éléments relatifs à son parcours médical, dont il ressort qu'elle souffre de diabète, d'hypertension, et qu'elle a été opérée en 2012 et 2017 en raison d'un fibrome utérin. Elle communique également un certificat médical du 4 avril 2019 d'un médecin généraliste indiquant qu'elle souffre " d'affections médicales de longue durée nécessitant un suivi médical régulier " et un certificat médical du 30 août 2021 indiquant qu'elle est " traitée pour polypathologies chroniques invalidantes en ALD30 nécessitant des soins constants et de longue durée ". Toutefois, aucun de ces éléments ne permet d'établir que l'intéressée ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. En outre, elle ne justifie pas que les médicaments qui lui sont prescrits ne seraient pas disponibles dans son pays d'origine. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police aurait fait une inexacte application des dispositions précitées.

9. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

10. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante ait entendu solliciter un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle ne peut donc utilement soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de cet article.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ()".

12. Mme C fait valoir qu'elle vit en France depuis cinq ans et qu'elle y a déplacé le centre des intérêts personnels. Toutefois, elle ne fait valoir aucun lien personnel ou familial en France, alors que la décision contestée mentionne que deux de ses enfants, dont un mineur, résident à l'étranger. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce et eu égard tant à la durée qu'aux conditions de séjour en France de l'intéressée, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

14. La décision d'obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de Mme C fait suite au refus de délivrance d'un titre de séjour. Il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'elle n'a donc pas à faire l'objet d'une motivation distincte. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 5, la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Il s'ensuit que le moyen tiré de la motivation insuffisante de la décision d'obligation de quitter le territoire français doit être écarté comme infondé.

15. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, la décision attaquée vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que la requérante n'établit pas être exposée à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. La décision mentionne, par suite, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

18. En se bornant à mentionner la crise politique traversée par la République Démocratique du Congo et à affirmer qu'elle aurait été obligée de quitter son pays d'origine en raison de ses opinions politiques, sans en apporter la preuve, l'intéressée ne fait état d'aucun élément justifiant qu'elle serait personnellement exposée à des risques graves en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 14 février 2022, par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Lerable et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Demurger, présidente,

Mme Hombourger, conseillère,

M. Theoleyre, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

C. B

La présidente,

F. Demurger

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2210844/6-2

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