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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2210847

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2210847

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2210847
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 mai et 10 juin 2022, M. B A, représenté par Me Zanatta, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2022 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 36 mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'ayant pas tenu compte de la nature et de l'ancienneté des liens du requérant avec la France ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant :

En ce qui concerne le signalement aux fins de non-admission dans l'espace Schengen :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 mai et 17 juin 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre l'information sur le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen sont irrecevables ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Un courrier du 16 juin 2022 a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'information sur le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, qui ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Binder, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant chinois né le 29 octobre 1987 a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur / profession libérale ". Par un arrêté du 27 avril 2022, le préfet de police lui a refusé la délivrance de ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions dirigées contre le signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen :

2. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".

3. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Les conclusions dirigées contre cette information sont donc irrecevables.

Sur le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. La décision attaquée vise l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise que M. A a commis, le 1er mai 2019, des faits de violence conjugale suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours et, le 29 octobre 2019, des faits constitutifs de violence aggravée pour lesquels il a été condamné le 16 avril 2021 à six mois d'emprisonnement avec sursis. La décision, qui n'avait pas à préciser l'ensemble des circonstances particulières à la situation du requérant, mentionne, par suite, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée soit entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. () ".

8. M. A fait valoir qu'il vit en France depuis onze ans, qu'il est le père d'une fille de six ans scolarisée en France et qu'il est intégré professionnellement, étant le gérant majoritaire d'une entreprise employant dix salariés. Toutefois, en se bornant à produire un acte de naissance et un certificat de scolarité, il ne prouve pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de sa fille. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il a commis à deux reprises en 2019 des faits de violence envers sa conjointe, pour lesquels il a été condamné à six mois d'emprisonnement avec sursis. Enfin, si M. A soutient être toujours marié, il ressort des pièces du dossier qu'il a indiqué le 29 octobre 2021 à la direction générale des finances publiques être divorcé, et il n'apporte en tout état de cause aucune preuve d'une vie commune avec sa conjointe. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, et nonobstant la durée de la présence en France de l'intéressé et son intégration professionnelle, eu égard à la gravité des faits reprochés et à l'absence de liens personnels ou familiaux en France, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

10. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 8, le requérant n'établit pas contribuer à l'entretien ni à l'éducation de sa fille. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

11. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police ait apprécié de manière manifestement erronée la situation personnelle du requérant.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

13. La décision d'obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de M. A fait suite au refus de délivrance d'un titre de séjour. Il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'elle n'a donc pas à faire l'objet d'une motivation distincte. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 3, la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Il s'ensuit que le moyen tiré de la motivation insuffisante de la décision d'obligation de quitter le territoire français doit être écarté comme infondé.

14. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ait entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant.

15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, la décision portant obligation de quitter le territoire n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police ait apprécié de façon manifestement erronée la situation personnelle du requérant en l'obligeant à quitter le territoire français.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

17. Il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination et tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire, ne peut qu'être écarté.

18. M. A n'apporte aucun élément relatif à sa situation personnelle de nature à établir que le préfet de police ait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation en lui refusant un délai de départ volontaire.

Sur la décision fixant le pays de destination :

19. Il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination et tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

20. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". L'article L. 612-10 du même code dispose en outre que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

21. En produisant des bulletins de note, des relevés bancaires avec différents virements, des factures téléphoniques, des quittances de loyer et des avis d'imposition, M. A établit sa présence en France depuis septembre 2011. En outre, il est le gérant d'une entreprise employant 11 salariés et a perçu une rémunération annuelle allant de 6 000 euros à 90 000 euros pour la période allant de 2016 à 2021. Par suite, et malgré la gravité de l'atteinte à l'ordre public, eu égard à la durée de sa présence, à son intégration professionnelle et à l'absence de précédente mesure d'éloignement, M. A est fondé à soutenir qu'en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, le préfet de police a méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

22. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens relatifs à l'interdiction de retour sur le territoire français, que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 27 avril 2022 par laquelle le préfet de police lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans. En revanche, il n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 27 avril 2022, par lesquelles le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

23. Le présent jugement, qui annule uniquement l'interdiction de retour sur le territoire français, n'implique aucune mesure d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

24. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 27 avril 2022 est annulé uniquement en tant qu'il interdit à M. A de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Article 2 : L'État versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Demurger, présidente,

Mme Hombourger, conseillère,

M. Theoleyre, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

C. C

La présidente,

F. DemurgerLa greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2210847/6-

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