mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2210853 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | LEMICHEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 mai et le 15 juin 2022, M. D, représenté par Me Lemichel, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Lemichel au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser au requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- le droit d'être entendu a été méconnu et il n'a pas été informé de ce qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;
- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues, à tout le moins, la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
Sur la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- la décision est entachée d'insuffisance de motivation ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une décision du 15 juin 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Lemichel, représentant M. B, en présence de ce dernier.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. B, ressortissant ivoirien né le 1er janvier 1994, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 mai 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.
Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion ".
3. Dès lors que M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 15 juin 2022, il n'y a plus lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, en application du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. En l'espèce, l'arrêté attaqué mentionne les textes applicables, notamment l'article L. 611-1du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, l'arrêté comporte les considérations de faits sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour prendre la mesure d'éloignement contestée. Enfin, il ne ressort pas des termes de l'arrêté ni des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne aurait omis de procéder à un examen particulier de sa situation. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de défaut d'examen de sa situation personnelle peuvent être écartés.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et en particulier du procès-verbal de l'audition de M. B à la suite de son interpellation, que le requérant a pu présenter des observations sur les conditions de son séjour en France. En outre, il a été interrogé sur une perspective d'éloignement. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que son droit d'être entendu aurait été méconnu.
6. En dernier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. B réside en France depuis le début de l'année 2018, soit une durée relativement récente. Par ailleurs, si M. B se prévaut de la présence en France d'un oncle, cette circonstance ne lui ouvre aucun droit au séjour. En outre, il est célibataire et sans charge de famille en France. Il ne justifie pas non plus d'une intégration particulière, tant d'un point de vue personnel que professionnelle. Dans ces circonstances, l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale et n'est pas non plus entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision de refus de délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". En application de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; ()/ 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
9. En application de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision relative au refus de délai de départ volontaire est distincte de l'obligation de quitter le territoire français et doit être motivée. En l'espèce, l'arrêté litigieux mentionne les dispositions applicables à savoir les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En revanche, si dans le cadre de son mémoire en défense, le préfet de l'Essonne fait valoir que le délai n'aurait pas été accordé en raison d'un risque de fuite, il n'a pas indiqué dans les motifs de l'arrêté les raisons pour lesquelles il a refusé d'accorder à M. B un délai de départ volontaire. Dans ces circonstances, la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire est entachée d'insuffisance de motivation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. En revanche, il est fondé à demander l'annulation de la décision de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Eu égard à l'annulation partielle de l'arrêté du 13 mai 2022, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lemichel renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, une somme de 1 100 euros à verser à Me Lemichel sera mise à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 13 mai 2022 est annulé en tant qu'il refuse d'accorder à M. B un délai de départ volontaire.
Article 3 : Sous réserve que Me Lemichel renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, l'Etat versera une somme de 1 100 euros à Me Lemichel au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Essonne et à Me Lemichel.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
E. C
Le greffier,
Y. FADEL
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026