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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2210883

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2210883

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2210883
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantDEBBAGH BOUTARBOUCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête initiale et un mémoire complémentaire, enregistrés le 13 mai 2022 et le 17 juin 2022, M. C D, représenté par Me Debbagh Boutarbouch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

La décision d'obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'incompétence ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision de refus de délai de départ volontaire:

- est illégale par voie d'exception en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des critères de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La décision fixant le pays de destination est illégale par voie d'exception en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire ;

- est insuffisamment motivée.

Le préfet du Val-d'Oise, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant tunisien né le 3 mars 1992, entré en France le 17 juillet 2014 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa valable jusqu'au 12 janvier 2015, s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la validité de ce visa sans accomplir de démarche pour obtenir un nouveau titre de séjour. Il a été signalé en situation de travail illégal dans une boulangerie à Gonesse, dans le cadre d'un contrôle par la direction départementale de la police aux frontières (DDPAF). Par un arrêté du 2 mai 2022, le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la décision d'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. E A, chef de la section éloignement/Comex de la préfecture du Val-d'Oise, qui avait reçu du préfet de ce département une délégation, pour signer notamment " toute obligation de quitter le territoire français avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire ", consentie par arrêté n°22-073 du 28 mars 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat n°33. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige, qui manque en fait, ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, M. D fait valoir que le préfet du Val-d'Oise n'a pas examiné, pour prendre la décision l'obligeant à quitter le territoire, sa durée de présence de neuf ans en France ainsi que sa situation professionnelle. Il ressort toutefois de la lecture de l'arrêté attaqué qu'il précise la date d'entrée régulière du requérant sur le territoire français le 17 juillet 2014, qu'il mentionne que celui-ci a fait l'objet d'un contrôle de la DDPAF en situation de travail illégal dans une boulangerie située à Gonesse et que l'intéressé exerçait une activité professionnelle salariée sans avoir préalablement obtenu une autorisation de travail en méconnaissance des dispositions du 2° de l'article L. 5221-2 du code du travail. Il est également précisé que M. D est célibataire et sans charge de famille en France. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise ne peut être regardé comme ayant entaché sa décision d'obligation de quitter le territoire d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle et professionnelle de M. D.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

5. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. D est entré régulièrement en France le 17 juillet 2014 sous couvert d'un visa de court séjour qui a expiré le 12 janvier 2015 et qu'il s'est maintenu, depuis lors, irrégulièrement sur le territoire français. Par ailleurs, le requérant ne justifie pas de l'intensité de sa vie familiale ou sociale en France alors qu'il est constant qu'il est célibataire et sans enfant à charge sur le territoire français et qu'il ne démontre pas être démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de ses

22 ans. D'autre part, si M. D établit avoir exercé une activité professionnelle en juillet 2019 au sein de la société SCEA Glidic Arnaud dans le cadre d'un contrat saisonnier, puis en qualité de boulanger de novembre 2020 à février 2021 dans la société SAS La Gourmandise et d'octobre 2021 à avril 2022 au sein de la société Distripain Gonesse, ces expériences demeurent récentes au regard de la date de la décision attaquée et ne sauraient ainsi constituer, en elles-mêmes, un motif exceptionnel d'admission au séjour. Dans ces conditions, ces circonstances ne suffisent pas à caractériser un motif exceptionnel d'admission au séjour au sens des dispositions citées au point 4 du présent jugement. Par suite, le préfet du Val-d'Oise n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en appliquant les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision d'obligation de quitter le territoire français, soulevé à l'encontre de la décision de refus de délai de départ volontaire, est infondé et doit, par suite, être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. "

9. Il ressort des termes de l'arrêté litigieux que le préfet du Val-d'Oise a refusé d'accorder au requérant un délai de départ volontaire en raison du risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français qui lui était notifiée, apprécié au regard de son maintien sur le territoire français en situation irrégulière depuis le 12 janvier 2015, du défaut de présentation de visa ou de documents d'identité en cours de validité et de la circonstance qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. En effet, les pièces du dossier font apparaître qu'il n'a pu produire aucun document d'identité lors de son interpellation, qu'il n'a pas pu communiquer son adresse et n'a pu justifier de son entrée régulière en France. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise n'a pas fondé sa décision sur des faits matériellement inexacts et n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en considérant que le risque de soustraction à l'obligation de quitter le territoire français était avéré.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision d'obligation de quitter le territoire français, soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, est infondé et doit, par suite, être écarté.

Sur la décision lui interdisant le retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision d'obligation de quitter le territoire français, soulevé à l'encontre de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, es, compte-tenu de ce qui vient d'être dit, infondé et doit, par suite, être écarté.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "

13. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

14. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

15. L'arrêté attaqué mentionne l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que M. D est en France en situation irrégulière depuis la date d'expiration de son visa le 12 janvier 2015, qu'il ne démontre pas être dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine et qu'il ne justifie pas de circonstances humanitaires. L'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est donc régulièrement motivée au regard des critères fixés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'étant pas tenu de motiver sa décision au regard des critères de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement ou de la menace à l'ordre public dès lors qu'il n'en retenait pas l'existence.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 2 mai 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Belle, présidente,

M. Degand, premier conseiller,

M. Baudat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 11 juillet 2022.

Le rapporteur,

J-B. B

La présidente,

L. BELLELa greffière,

S. COULANT

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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