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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2210978

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2210978

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2210978
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantCAOUDAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mai 2022, M. A, représenté par Me Caoudal, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 mars 2022 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Paris a refusé de lui accorder le rétablissement des conditions matérielles d'accueil réservées aux demandeurs d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'OFII, à titre rétroactif depuis le mois de janvier 2022, de rétablir les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait dans le délai d'un mois à compter du présent jugement, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre à l'OFII de réexaminer sa situation administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale ;

- elle n'a pas été précédée d'un entretien de vulnérabilité ;

- le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Paris s'est estimé en situation de compétence liée pour prendre la décision attaquée ;

- il n'était pas en situation de fuite ;

- la décision attaquée n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il sollicite une substitution de base légale et soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par une ordonnance du 20 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 avril 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Khansari,

- et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant somalien, né le 20 mars 1985, a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 6 novembre 2018. Il a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le lendemain. Par une décision du 12 août 2019, le directeur territorial de l'OFII de Paris a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Par une décision du 23 mars 2022, le directeur territorial de l'OFII de Paris a refusé de donner une suite favorable à sa demande tendant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil qui lui ont été retirées. Le 2 janvier 2023, la Cour nationale du droit d'asile lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision par laquelle le directeur territorial de l'OFII de Paris a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait.

2. Aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version issue de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre. / L'office peut déléguer à des personnes morales, par convention, la possibilité d'assurer certaines prestations d'accueil, d'information et d'accompagnement social et administratif des demandeurs d'asile pendant la période d'instruction de leur demande. / Le demandeur d'asile qui ne dispose ni d'un hébergement, au sens du 1° de l'article L. 744-3, ni d'un domicile stable bénéficie du droit d'élire domicile auprès d'une personne morale conventionnée à cet effet pour chaque département, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ". L'article L. 744-6 du même code dispose que : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / Lors de l'entretien, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. / Les informations attestant d'une situation particulière de vulnérabilité sont transmises, après accord du demandeur d'asile, par l'Office français de l'immigration et de l'intégration à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. L'évaluation de la vulnérabilité par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne préjuge pas de l'appréciation par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de la vulnérabilité du demandeur en application de l'article L. 723-3 ou du bien-fondé de sa demande. / Ces informations peuvent faire l'objet d'un traitement automatisé, dans les conditions fixées par la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés. / Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités d'application du présent article. Ce décret est pris après avis de la Commission nationale de l'informatique et des libertés en tant qu'il précise les modalités de transmission à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides des données relatives à la vulnérabilité et aux besoins particuliers des demandeurs d'asile, la durée de conservation et les conditions de mise à jour des informations enregistrées, les catégories de personnes pouvant y accéder et les modalités d'habilitation de celles-ci, ainsi que, le cas échéant, les conditions dans lesquelles les personnes intéressées peuvent exercer leur droit d'accès ".

3. En premier lieu, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

4. En l'espèce, l'OFII demande de substituer aux dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui fondent la décision attaquée celles des articles L. 744-1 et L. 744-6 de ce code dans sa version issue de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile. Cette substitution de base légale ne privant le requérant d'aucune garantie, il y a lieu d'y procéder et il suit de là que le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené, préalablement à la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil ou dans le cadre d'une demande tendant à leur rétablissement. En l'espèce, M. A a bénéficié d'un nouvel entretien le 15 février 2022, au cours duquel son état de vulnérabilité a fait l'objet d'un réexamen. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, pour prendre la décision attaquée, le directeur territorial de l'OFII de Paris s'est borné à relever que la cessation des conditions matérielle d'accueil dont bénéficiait le requérant est intervenue aux motifs que M. A n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités préfectorales et qu'il a été déclaré en fuite, et a exercé son propre pouvoir d'appréciation sur la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de ce que le directeur territorial de l'OFII se serait estimé en situation de compétence liée doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la convocation de M. A pour exécution de l'arrêté de transfert dont il a fait l'objet, que le requérant a été informé par les services de la préfecture de police qu'en cas d'absence à l'un des rendez-vous prévus les 19 et 26 juin 2019, il serait déclaré en fuite. Or, il est constant que l'intéressé ne s'est pas présenté à la préfecture de police le 26 juin 2019. S'il soutient que cette absence est due à son état de santé, il n'apporte aucun élément de nature à le démontrer. Le moyen doit donc être écarté.

8. En cinquième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le directeur territorial de l'OFII de Paris n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

9. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur territorial de l'OFII de Paris aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être écartée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Khansari, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le rapporteur,

A. KHANSARI

La présidente,

S. VIDAL La greffière,

L. REGNIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/1-

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