mercredi 28 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2211012 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | DE SEZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoire enregistrés les 17 mai 2022 et 11 mai 2023, M. B A, représenté par Me de Sèze, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 28 avril 2022 portant cessation des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me de Sèze sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est dépourvue de motivation ; elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ; d'une part, elle n'est pas motivée en droit et en fait quant à la modulation de la sanction choisie par l'administration ; d'autre part, ne comportant aucune précision sur ses absences de présentation aux autorités, elle est insuffisamment motivée en fait ;
- elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la décision de cessation ne pouvait intervenir avant l'expiration du délai légal de quinze jours afin de lui permettre de présenter ses observations à l'administration à propos de la décision envisagée ;
- sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte en méconnaissance des dispositions des articles L. 522-1, L. 522-2, L. 522-3, R. 522-1 et R. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un vice de procédure compte tenu de l'absence de formation spécifique de l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité en méconnaissance de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le contenu du questionnaire d'évaluation tel qu'il est fixé par règlement (arrêté ministériel du 23 octobre 2015) ne permet pas d'apprécier la vulnérabilité d'un demandeur d'asile en respect des dispositions des articles L. 522-3 et R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- enfin, il n'était pas nécessaire de produire un examen de dépistage RT-PCR négatif pour entrer en Italie à la date retenue pour l'y transférer.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique modifiée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kanté,
- et les conclusions de M. Thulard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan né le 2 juin 1993, a sollicité son admission au séjour en France au titre de l'asile, le 23 avril 2021. Placé sous procédure Dublin, il a accepté le 26 avril 2021 l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Le préfet de police a, le 5 août 2021, pris un arrêté de transfert de M. A aux autorités italiennes, lesquelles avaient implicitement accepté leur responsabilité le 2 août 2021. M. A a été déclaré en fuite. Par une décision du 28 avril 2022, l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à ces autorités. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A ne démontre pas avoir déposé de demande d'aide juridictionnelle devant le bureau d'aide juridictionnelle. Par suite, sa demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ne peut qu'être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable au litige : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ". En application de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature ".
4. En premier lieu, la décision attaquée vise les articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Elle indique, en particulier, que M. A a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII le 26 avril 2021, que l'Office lui a notifié le 18 février 2022 son intention de mettre totalement fin à ces conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités et, que, compte tenu de ces faits et après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, il a été décidé de mettre totalement fin à ses conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, la décision attaquée, qui n'avait pas à préciser pour quel motif l'OFII avait choisi la cessation des conditions matérielles d'accueil plutôt que leur suspension, est suffisamment motivée et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 18 février 2022 qu'il a reçu le 28 février suivant, M. A a été informé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration de son intention de mettre un terme aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait en raison du non-respect de son obligation de se présenter aux autorités chargées de l'asile. Ce courrier l'informait qu'il disposait d'un délai de quinze jours pour présenter des observations. La décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil ayant été prise le 28 avril 2022, M. A a disposé d'un délai suffisant pour présenter ses observations, ce qu'il n'a pas fait. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure au regard des dispositions précitées n'est pas fondé.
6. En troisième lieu, il résulte des dispositions des articles L. 522-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'entretien personnel au cours duquel l'Office français de l'immigration et de l'intégration évalue la vulnérabilité du demandeur d'asile est effectué au moment du dépôt de la demande et que, le cas échéant, si des besoins particuliers se manifestent à une étape ultérieure de la procédure, ils sont pris en compte. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié de l'entretien prévu par l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au moment où il a présenté sa demande d'asile le 23 avril 2021. S'il fait état de troubles psychiatriques pour lesquels il est suivi, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas soutenu que ces troubles seraient survenus postérieurement à son examen de vulnérabilité et auraient justifié un réexamen de celle-ci. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".
8. Alors que l'ensemble des auditeurs asile de l'OFII reçoivent une formation correspondant à leurs missions, dont celles d'évaluer la vulnérabilité des demandeurs d'asile, aucun élément du dossier ne permet de tenir pour établi que l'entretien dont aurait bénéficié M. A n'aurait pas été mené par une personne ayant reçu une formation spécifique à cette fin. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.
8. En cinquième lieu, M. A ne peut utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, lequel ne constitue pas la base légale de la décision attaquée.
9. En sixième lieu, si M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a refusé, à deux reprises, le 9 et le 10 janvier 2022, de se soumettre au test PCR covid-19 pour son embarquement à destination de l'Italie le 11 janvier 2022, sans faire état d'une raison médicale particulière, alors qu'il était informé dans une langue qu'il comprenait des conséquences de son refus, notamment qu'il serait placé en fuite et que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui serait retiré. C'est donc à bon droit que les services de l'OFII ont constaté qu'il ne s'était pas conformé aux exigences des autorités chargées de l'asile et que le directeur général de l'OFII a fondé sa décision attaquée sur les dispositions précitées, l'Italie ayant maintenu l'exigibilité d'une " certification Covid-19 " pour accéder à son territoire jusqu'en juin 2022. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation dans la modulation de la sanction doivent être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation de la décision du directeur territorial de l'OFII du 28 avril 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me de Sèze.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Riou, président,
Mme Kanté, première conseillère,
M. Coz, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.
La rapporteure,
C. KantéLa présidente,
C. Riou
La greffière,
V. Lagrède
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026