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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2211088

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2211088

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2211088
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantBELGHAZI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête initiale et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement le

17 mai 2022 et le 21 juin 2022, M. A C, représenté par Me Belghazi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2022 par lequel le préfet de police lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnait les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre.

La décision refusant le délai de départ volontaire est disproportionnée au regard de sa longue durée de présence en France.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Belghazi, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant malien né le 1er janvier 1982, entré en France en janvier 2007 selon ses déclarations, a sollicité le 11 janvier 2022 le renouvellement de son titre de séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 6 mai 2022, le préfet de police a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois et l'a informé de son signalement aux fins de non admission dans le système Schengen.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme D E, attachée d'administration de l'Etat, placée sous la responsabilité de la cheffe du 7ème bureau, qui bénéficiait à cette fin d'une délégation de signature du préfet de police en vertu d'un arrêté n° 2021-00991 du

27 septembre 2021 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de police de Paris pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions. Le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué manque ainsi en fait et ne peut qu'être écarté.

Sur la décision de refus de renouvellement de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables de même que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise que M. C a fait l'objet d'une décision défavorable de la commission du titre de séjour et qu'il a commis un fait délictueux, qu'il a été condamné le 3 juin 2020 par la chambre des appels correctionnels de Paris à 6 mois d'emprisonnement avec sursis pour agression sexuelle et qu'il constitue, à cet égard, une menace à l'ordre public. Elle rappelle que le renouvellement d'un titre de séjour peut être refusé à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public et mentionne l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans ses visas. Ainsi, la décision attaquée, qui n'a pas à reprendre exhaustivement l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de l'intéressé dès lors qu'elle comporte les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ".

5. M. C fait valoir qu'il est entré en France en janvier 2007 à l'âge de 25 ans, qu'il peut se prévaloir d'une durée de présence ininterrompue de plus de 15 ans sur le territoire français, qu'il a été titulaire d'une carte de séjour temporaire " salarié " régulièrement renouvelée du 8 octobre 2014 au 7 octobre 2021 au titre de plusieurs emplois, notamment auprès de la société HP BTP en qualité de maçon en CDI depuis le 23 juillet 2019 et qu'il justifie ainsi d'une véritable insertion professionnelle justifiant son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. C a fait l'objet d'une condamnation récente, le 3 juin 2020 pour des faits qui se sont déroulés au mois de février 2019, d'agression sexuelle dans les transports publics au titre desquels il a fait l'objet d'une condamnation judiciaire de la chambre des appels correctionnels à 6 mois d'emprisonnement avec sursis. De surcroît, M. C, malgré sa durée de présence en France non contestée, n'établit pas l'intensité de sa vie privée et familiale en France dès lors qu'il est célibataire et sans charge de famille sur ce territoire, qu'il ne démontre pas que l'un de ses frères serait effectivement sur le territoire français et qu'il est père d'une fille mineure née en 2016 qui réside dans son pays d'origine, le Mali, et où vit également la majorité de la fratrie de M. C. Enfin, pour justifier de son insertion professionnelle, M. C se borne à présenter un bulletin de salaire d'avril 2020 et ne démontre pas qu'il exercerait toujours une activité professionnelle à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, c'est à bon droit que, nonobstant la longue durée de présence du M. C en France, le préfet de police a refusé le renouvellement du titre de séjour de l'intéressé. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste commise dans l'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle doit être écarté.

6. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devenu l'article L. 423-23 du même code est inopérant dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, notamment de la fiche de salle produite par le préfet de police en défense, que le requérant n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions.

7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier, et ainsi qu'il a été précédemment dit au point 5, que le requérant est célibataire et sans charge de famille en France alors qu'il est père d'une fille mineure née en 2016 résidant au Mali et qu'il est constant qu'au moins la majorité de sa fratrie vit également au Mali, ainsi qu'il le déclare dans sa fiche de salle. Si M. C se prévaut d'une durée de présence en France de plus de 15 ans, toutefois il n'apporte aucun élément permettant d'attester de l'intensité de ses liens personnels et familiaux en France. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne saurait se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision refusant le délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

11. Pour refuser d'octroyer un délai de départ volontaire à M. C, le préfet de police s'est fondé sur les motifs tirés de ce que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, du fait de sa condamnation par la chambre des appels correctionnels à six mois d'emprisonnement pour des fait d'agression sexuelle. Cette circonstance étant établie, c'est à bon droit que le préfet de police a considéré que le comportement de M. C constituait une menace pour l'ordre public et qu'il a refusé de lui octroyer, en conséquence, un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, dont la décision refusant le délai de départ volontaire serait entachée, doit ainsi être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit, par ailleurs, faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

13. M. C soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois est entachée d'un défaut de motivation. Toutefois, après avoir visé l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision indique que le comportement de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public, qu'il déclare être entré en France en 2007, qu'il ne peut être regardé comme se prévalant de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France et qu'il se dit célibataire et sans enfant à charge en France alors que sa fille mineure réside au Mali, son pays d'origine. Ainsi, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

15. Compte tenu de ce qui a été indiqué aux points 5 et 8, il ressort des pièces du dossier que le comportement de M. C est constitutif d'une menace à l'ordre public. En outre, il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire susceptible de faire obstacle à la mesure. Dès lors, c'est sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation que le préfet de police a prononcé à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de

36 mois. Ce moyen doit donc être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de police du 6 mai 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Belle, présidente,

M. Degand, premier conseiller,

M. Baudat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 11 juillet 2022.

Le rapporteur,

J-B. B

La présidente,

L. BELLELa greffière,

S. COULANT

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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