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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2211438

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2211438

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2211438
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 mai 2022, M. B E, représenté par Me Aitkaki, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'admettre la recevabilité de sa requête ;

3°) d'annuler l'arrêté du 19 mai 2022 en tant que le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pendant une période de trente-six mois ;

4°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une autorisation de travail dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la décision à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de réexaminer son dossier dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de renonciation à la part contributive de l'État par son conseil.

Il soutient que :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

- elles ont été prises par une autorité incompétente, elles sont insuffisamment motivées et elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant ;

Sur la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Viard, présidente de section, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A et les observations de Me Aitkaki, avocat commis d'office, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant polonais né le 14 juin 1972, demande l'annulation de l'arrêté en date du 19 mai 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter, sans délai, le territoire français, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une période de 24 mois.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

3. Les décisions attaquées ont été signées par M. C D, attaché d'administration d'État, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par un arrêté n° 2022-00263 du 5 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de police de Paris. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

4. L'arrêté attaqué vise les textes dont le préfet a fait application. Il mentionne que le comportement de M. E, ressortissant polonais, a été signalé par les services de police pour des faits de violences volontaires sur une personne vulnérable par une personne en état d'ivresse et précise que le comportement de l'intéressé trouble l'ordre public et constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions attaquées, qui font état de la situation personnelle de l'intéressé seraient entachées d'un défaut d'examen. Par suite, les moyens tirés d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation doivent être écartés.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ". Aussi, l'article 3 de la même convention stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. Si M. E invoque son droit à sa vie privée et familiale, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans enfants et ne fait état d'aucune insertion professionnelle, ni de l'existence de quelconques liens sociaux ou amicaux permettant d'attester d'une vie stable ou de son ancrage dans la société française. Il ressort également des pièces du dossier que M. E a été signalé le 19 mai 2022, pour de faits de violences volontaires sur personne vulnérable par une personne en état ivresse pour laquelle il a fait l'objet d'une procédure pénale. Dans ces conditions et en l'absence de tout autre élément, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;/ () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". Aux termes des 1° et 2° de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; (). ".

8. Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

9. Il ressort des pièces du dossier, que M. E a été signalé le 19 mai 2022, pour de faits de violences volontaires sur personne vulnérable par une personne en état ivresse. L'arrêté portant obligation pour le requérant de quitter le territoire français précise que, étant sans activité professionnelle, il ne justifie d'aucune ressource suffisante pour lui-même ni d'aucune assurance maladie personnelle en France ou dans son pays d'origine et se trouve en situation de complète dépendance vis-à-vis du système d'assistance sociale français, constituant ainsi une charge déraisonnable pour l'État français. Le requérant n'apporte aucune pièce de nature à contredire ces éléments. Ainsi eu égard à ce qui a été dit au point 7 et et alors que les faits qui lui sont reprochés par le préfet de police sont de nature à faire regarder son comportement comme constitutif d'une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société, le préfet a pu, en application des dispositions précitées, considérer comme caduc son droit de séjourner sur le territoire français.

En ce qui concerne la décision refusant le délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".

11. Si M. E fait valoir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire prise par le préfet de police est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il est constant qu'il a été signalé le 19 mai 2022 pour des faits de violences sur personne vulnérable par une personne en état d'ivresse et ne justifie d'aucune adresse stable et effective. Il ne présente donc aucune garantie de représentation suffisante pour qu'un délai de délai de départ volontaire lui soit accordé. Dans ces conditions, l'urgence d'éloigner sans délai M. E du territoire français doit être regardée comme établie. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

12. L'article 3 de la convention précitée stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". M. E fait valoir que la décision de renvoi vers son pays d'origine, en l'espèce la Pologne, méconnaîtrait les stipulations précitées. Toutefois, il n'apporte aucun élément permettant considérer comme établi le risque de subir des atteintes à son intégrité physique ou psychique à son retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article 7 de la directive n° 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 : " 1. Tout citoyen de l'Union a le droit de séjourner sur le territoire d'un autre État membre pour une durée de plus de trois mois : / a) s'il est un travailleur salarié ou non salarié dans l'État membre d'accueil ; ou (). ". Aux termes de l'article 27 de cette même directive : " () les États membres peuvent restreindre la liberté de circulation et de séjour d'un citoyen de l'Union (). Le comportement de la personne concernée doit représenter une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société ". Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

14. Il ressort de ce qui a été dit aux points 7 et 10 que le comportement de l'intéressé, eu égard au faits reprochés, et l'absence d'insertion dans la société française permettent de considérer qu'il représente une menace à un intérêt fondamental de la société. Par suite, le préfet de police n'a pas méconnu l'article 7 de la directive 2004/38/CE ni son droit à la libre circulation, en prononçant à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trente-six mois.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. E doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. E n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

La magistrate désignée,

M.-P. A

La greffière,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2211438/4-1

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