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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2211584

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2211584

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2211584
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantVICTOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 mai et 24 août 2022, M. C A, représenté par Me Victor, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour présentée le 4 février 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) d'enjoindre au préfet de police d'abroger l'arrêté du 17 novembre 2021 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- il a présenté une nouvelle demande de titre de séjour en ligne postérieurement à l'arrêté du préfet de police du 17 novembre 2021, portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire, en faisant valoir des éléments nouveaux et il a présenté un dossier complet aux services de la préfecture afin de permettre l'examen de cette nouvelle demande ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que la décision attaquée était confirmative et faisait suite à un arrêté en date du 17 novembre 2021 qui n'a pas été contesté dans les délais du recours contentieux ;

- au surplus, les éléments présentés sont postérieurs à l'arrêté du 17 novembre 2021 et sont par suite inopérants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour présentée le 4 février 2022.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant ghanéen, est entré en France le 16 juin 2021 sous couvert d'un visa de court séjour et a épousé Mme B, de nationalité française, le 5 juillet 2021, que le 27 juillet suivant, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en qualité de conjoint d'un ressortissant français et que sa demande a été rejetée par un arrêté du17 novembre 2021 assorti d'une obligation de quitter le territoire français, qu'il n'a pas contesté dans le délai de recours contentieux. Toutefois, il ressort des mêmes pièces du dossier que le 4 février 2022, M. A a déposé une nouvelle demande de titre de séjour sur le même fondement en faisant état d'élément nouveaux et s'est présenté à la préfecture de police avec un dossier complet afin d'examiner un réexamen de sa demande. Dans ces conditions, le préfet de police n'est pas fondé à soutenir que la décision implicite de rejet opposée au requérant était une simple confirmation de l'arrêté du 17 novembre 2021. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défens ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

4. Il ressort des termes de l'arrêté du 17 novembre 2021 que le préfet de police a refusé de délivrer un titre séjour à M. A sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'a obligé à quitter le territoire au motif que l'intéressé ne justifiait pas d'une vie commune effective de six mois en France. Toutefois, les pièces produites par M. A, à l'appui de sa nouvelle demande de titre de séjour déposée le 4 février 2022, en particulier, l'acte de mariage en date du 12 juillet 2021, les factures d'Engie, les quittances de loyer et les relevés bancaires permettent d'établir que, contrairement à ce qu'a estimé le préfet de police, M. A résidait effectivement avec son épouse, Mme B, depuis plus de six mois à la date à laquelle il a formé une nouvelle demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, et alors que la régularité de son entrée sur le territoire français n'est pas contestée, M. A est fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation du refus implicite de titre de séjour en qualité de conjoint de français qui lui a été opposé par le préfet de police à la suite de sa demande de titre de séjour en date du 4 février 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressé, d'enjoindre au préfet de police de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire, portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. La délivrance de cette carte de séjour qu'implique l'exécution du jugement a pour effet d'abroger la mesure d'éloignement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet née à la suite de la demande de titre de séjour présentée par M. A le 4 février 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. La délivrance de cette carte de séjour qu'implique l'exécution du jugement a pour effet d'abroger la mesure d'éloignement prise à son encontre le 17 novembre 2021.

Article 3 : L'État versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Laloye, président,

Mme Roussier, première conseillère,

M. Théoleyre, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.

La rapporteure,

S. D

Le président,

P. LaloyeLa greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2211584/6-

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