jeudi 28 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2212033 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Section 8 - Chambre 1 |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 1er et 20 juin et 1er juillet 2022, Mme D C B, alias M. D C B, représentée par Me Lachaux, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 1er mars 2022 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé son pays de destination ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 30 mai 2022 par lequel le préfet de police lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant de l'arrêté du 1er mars 2022 :
- il n'a pas été précédé d'un examen circonstancié de sa situation ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;
- il risque d'être exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays ;
- il a été pris à la suite d'une procédure irrégulière au regard des articles R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les convocations que lui a envoyées l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour un examen médical le 7 octobre puis le 1er décembre 2021 ne lui sont parvenues que les 1er et 15 juin 2022, postérieurement à ces rendez-vous et à la mesure d'éloignement et que l'avis indique à tort qu'elle n'a pas été convoquée pour examen ;
S'agissant de l'arrêté du 30 mai 2022 :
- il est illégal en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prise le 1er mars 2022 ;
- il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens présentés par Mme C B ne sont pas fondés.
En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées le tribunal était susceptible de fonder son jugement sur deux moyens relevés d'office tirés, d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'arrêté du 1er mars 2022 du préfet de police en raison de leur tardiveté et, d'autre part, de l'irrecevabilité du moyen tiré, par le voie de l'exception, de l'illégalité de cet arrêté et présenté à l'appui des conclusions dirigées contre l'arrêté du 30 mai 2022 en raison de son caractère définitif.
Des observations en réponse, enregistrées les 7 et 12 juillet 2022, ont été présentées pour le préfet de police, par Me Tomasi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Lachaux, représentant Mme C B, présente.
Considérant ce qui suit :
1. Par un premier arrêté du 1er mars 2022, le préfet de police a obligé Mme C B, de nationalité colombienne, née le 21 juillet 1990, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi d'office. Par un second arrêté du 30 mai 2022, le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Mme C B demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 1er mars 2022 :
2. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 1er mars 2022, qui comportait l'indication des voies et délais de recours, a été notifié à la requérante le 3 mars 2022 et que celle-ci, qui n'était pas présente à son domicile, a été avisée par un avis de passage que le pli recommandé était à sa disposition pour une période de quinze jours sans qu'elle vienne le chercher dans le délai qui lui était imparti. Par suite, l'arrêté attaqué doit être regardée comme lui ayant été notifiée au premier jour de présentation, soit le 3 mars 2022. Si la requérante soutient qu'elle était alors en voyage en Colombie, et n'était donc pas présente en France, cette seule circonstance, au demeurant non établie par la simple production d'un billet d'avion, n'a pas été de nature à empêcher le délai de recours contentieux de commencer à courir. Dans ces conditions, à la date du 1er juin 2022 à laquelle sa requête été enregistrée, le délai de trente jours prévu par les dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile était expiré. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2022 sont tardives et, par suite, irrecevables.
Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 30 mai 2022 :
4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité
administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
5. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation de Mme C B avant de décider de prendre à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, la circonstance qu'il n'ait pas fait état de manière exhaustive de tous les éléments relatifs à sa situation personnelle, notamment son état de santé et son suivi par une association ou sa qualité de personne transgenre, n'étant pas, en l'espèce de nature à établir que cela n'aurait pas été le cas. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier doit être écarté.
6. En deuxième lieu, pour prendre à l'encontre de Mme C B une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée alléguait être entrée en France en 2019, qu'elle ne pouvait se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France dès lors qu'elle était célibataire et sans enfant à charge, et qu'elle avait déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du " 03/03/2022 " à laquelle elle s'était soustraite. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour.
7. En l'espèce, si la requérante allègue qu'elle ne s'est pas soustraite à la mesure d'obligation de quitter le territoire français prise le 1er mars 2022 dans la mesure où elle n'en avait pas connaissance, il résulte de ce qui a été dit au point 3 qu'elle doit être regardée comme en ayant régulièrement reçu notification dès le 3 mars 2022. Au surplus, la simple production d'un billet électronique relatif à une réservation sur la compagnie Air France pour un vol Paris Bogota n'est pas de nature, à elle seule, à établir la réalité de son voyage vers la Colombie à cette période alors que lors de son audition par les forces de police le 30 mai 2022 elle a déclaré comme dernière date d'entrée en France l'année 2019. Par ailleurs, la double circonstance, dont elle se prévaut, qu'elle est en situation de particulière vulnérabilité du fait de sa situation de personne transgenre, et que son état de santé nécessite qu'elle reste en France dès lors qu'elle doit prendre un traitement à heure fixe n'est pas de nature à établir, compte tenu notamment de sa faible durée de présence en France et de ce que le certificat médical du 21 juin 2022 ne fait pas explicitement état de l'impossibilité d'un accès à son traitement en Colombie, que le préfet de police, qui n'a pas commis d'erreur de droit, a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En dernier lieu, une exception d'illégalité soulevée à l'encontre d'une décision individuelle n'est recevable que tant que cette décision ne présente pas de caractère définitif. En l'espèce, à la date du 20 juin 2022 à laquelle Mme C B a soulevé le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision du 1er mars 2022 par laquelle le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français, et même à la date du 1er juin 2022 à laquelle sa requête a été enregistrée, à supposer même qu'elle ait alors entendu présenter ce moyen, cette décision était devenue définitive dès lors que le délai de recours contentieux était expiré ainsi qu'il a été indiqué au point 3. Par suite, le moyen est irrecevable et doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C B, alias M. D C B, au préfet de police de Paris et à Me Lachaux.
Délibéré après l'audience du 13 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Delesalle, président ;
- M. Martin-Genier, premier conseiller ;
- M. Béal, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juillet 2022.
Le rapporteur,
A. A
Le président,
H. Delesalle
La greffière,
A. Heeralall
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026