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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2212051

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2212051

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2212051
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juin 2022, M. B A, représenté par Me de Seze, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté son recours administratif contre la décision du 8 février 2022 lui ayant refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui accorder le droit aux conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- elle traduit un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'aucun entretien d'évaluation de la vulnérabilité du requérant n'a été effectué et, à supposer qu'il ait bien eu lieu, l'OFII ne justifie pas de la qualification de l'agent ayant conduit cet entretien ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de sa vulnérabilité ;

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité du questionnaire établi par arrêté conjoint de la ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes et du ministre de l'intérieur du 23 octobre 2015 pour servir dans le cadre de l'entretien de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il faut valoir qu'aucun de ses moyens n'est fondé.

L'instruction a été rouverte le 24 mai 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rezard, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan, né le 22 mars 1996, a déposé une première demande d'asile le 26 septembre 2019. A la suite du rejet de cette demande, il a demandé le 7 février 2022 aux autorités chargées de l'asile de procéder à un nouvel examen de sa demande. Par décision du 8 février 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un courrier du 25 mars 2022, M. A a formé un recours administratif contre cette décision. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le directeur général de l'OFII sur ce recours. Par ailleurs, par une décision du 28 juin 2022, le directeur général de l'OFII a explicitement rejeté le recours administratif formé par M. A. Le requérant demande l'annulation de la décision implicite née du silence gardé sur son recours administratif.

Sur l'étendue du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.

3. Il en résulte que les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet du recours administratif formé contre la décision du 8 février 2022 doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision explicite du 28 juin 2022, qui s'y est substituée.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

4. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 novembre 2022. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les textes applicables, notamment l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et le motif sur lequel l'OFII s'est fondé pour refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, à savoir le fait qu'il avait présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile. Le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette motivation est insuffisante. Le moyen doit donc être écarté.

6. En deuxième lieu, si M. A soutient que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit tenant à un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle et de sa vulnérabilité, ces circonstances ne ressortent d'aucune des pièces du dossier.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables (). " Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. " Aux termes de l'article R. 522-1 du code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application des articles L. 522-1 à L. 522-4, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé ".

8. M. A ayant déposé une demande de réexamen et non une première demande d'asile, il ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne lui étaient pas applicables. Il ne résulte par ailleurs d'aucune disposition législative ou réglementaire qu'un entretien de vulnérabilité doit être organisée à l'occasion d'une demande de réexamen de la demande d'asile d'un ressortissant étranger. Au surplus, le requérant n'a pas fait état de circonstances nouvelles quant à sa situation et à sa vulnérabilité qui n'auraient pas été prises en compte par l'OFII. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée de vices de procédure faute pour l'OFII de justifier avoir conduit un entretien préalable d'évaluation de sa vulnérabilité et d'établir que cet entretien a été conduit par un agent qualifié pour ce faire. Pour les mêmes motifs, il ne peut utilement exciper l'illégalité du questionnaire annexé à l'arrêté du 23 octobre 2015, utilisé dans le cadre de l'entretien personnel avec le demandeur pour aider à évaluer sa vulnérabilité, étant donné que cet arrêté ne constitue pas la base légale de la décision attaquée, laquelle n'a pas été prise pour son application.

9. En quatrième lieu, si le requérant produit deux attestations des 21 décembre 2021 et 28 mai 2022, selon lesquelles il a été reçu par une psychanalyste et un médecin psychiatre à plusieurs reprises depuis novembre 2021, en raison d'un état anxieux, de troubles du sommeil et de la mémoire et la crainte d'être rejeté en raison de son homosexualité, cette situation ne suffit pas à caractériser une situation de vulnérabilité particulière au sens de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que de celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Amat, présidente,

M. Rezard, premier conseiller,

Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

Le rapporteur,

A. Rezard

La présidente,

N. Amat

La greffière,

P. Tardy-Panit

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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