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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2212203

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2212203

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2212203
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantVOGELGESANG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 3 juin 2022, enregistrée le même jour au greffe du tribunal administratif de Paris, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal de Paris, en application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, le dossier de la requête présentée par M. C B.

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 28 avril et 11 mai 2022 au greffe du tribunal administratif de Versailles et un mémoire complémentaire enregistré le 5 juillet 2022 au greffe du tribunal de céans, M. B, représenté par Me Vogelgesang, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a fixé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions :

- elles sont insuffisamment motivées et n'ont pas été précédées d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations du 1 de l'article 3 et de l'article 23 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire, elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision refusant un délai de départ volontaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2022 au greffe du tribunal administratif de Paris, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- et les observations de Me Vehoeven, avocat substituant Me Vogelgesang, représentant de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais né le 18 juillet 1981 et entré en France en 2007 muni de son passeport revêtu d'un visa de type C. Par un arrêté du 26 avril 2022, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :

2. Aux termes des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

3. Il ressort des pièces produites par le requérant, et il n'est pas sérieusement contesté, que sa fille A B, née le 18 août 2021, souffre d'une trisomie 21 entravant son développement et qu'elle fait l'objet à ce titre d'un suivi pluridisciplinaire régulier à l'hôpital Robert-Debré et au centre d'action médico-sociale précoce (CAMSP) de Saint Ouen. Deux certificats médicaux datés des 11 et 18 mai 2022, et rédigés respectivement par le médecin hospitalier à la tête du service réanimation et pédiatrie néonatale de l'hôpital Robert-Debré ainsi qu'une pédiatre exerçant au CAMSP de Saint Ouen, évoquent la nécessité d'une prise en charge médicale régulière dans le cadre d'un parcours impliquant plusieurs spécialistes médicaux, de Khady, suivi dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qui serait impossible au Sénégal. Par ailleurs, son bas âge et son handicap justifient la présence de ses parents tout au long de la durée des soins. Dans ces conditions, en prenant à l'encontre du requérant une décision portant obligation de quitter le territoire français, le préfet de l'Essonne a porté atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant en méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

4. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 avril 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. L'exécution du présent jugement implique que la demande de M. B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de l'Essonne, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de M. B, de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 26 avril 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

La magistrate désignée,

N. DLa greffière,

A. DEPOUSIER

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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