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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2212335

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2212335

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2212335
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantJASLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 juin 2022, le 6 juin 2023 et le 13 juin suivant, M. B A, représenté par Me Jaslet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 11 mai 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a cessé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de le rétablir rétroactivement dans son droit à l'allocation pour demandeur d'asile dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou à lui-même en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle sur le seul fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de l'OFII portant cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil est entachée d'irrégularité en raison du défaut d'information relative aux modalités de refus, de cessation ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil dans une langue qu'il comprend ;

- la décision attaquée n'a pas été précédée d'un entretien de vulnérabilité ;

- elle a été adoptée en méconnaissance du principe du contradictoire, dès lors qu'il n'a pas été mis à même de faire valoir ses observations préalablement à son adoption ;

- elle est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne précise pas la date de la présentation aux autorités à laquelle il se serait soustrait ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est également entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est aussi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 5 juin 2023 et le 7 juin suivant, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Par une décision du 21 septembre 2022, la demande d'aide juridictionnelle de M. A a été déclarée caduque.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement n°1560/2003 du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Belkacem,

- et les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant afghan né le 10 juin 1997, est entré sur le territoire français le 25 juillet 2021. Il a présenté une demande d'asile enregistrée en procédure " Dublin " le 5 août 2021. Par un arrêté du 28 septembre 2021 qu'il n'a pas contesté, le préfet de police a décidé son transfert vers la Bulgarie. Il a été déclaré en fuite le 26 janvier 2022. Par une décision du 11 mai 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié la cessation de ses conditions matérielles d'accueil, qu'il avait acceptées le 11 août 2021. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de sa requête, la demande d'aide juridictionnelle de M. A a été déclarée caduque par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 21 septembre 2022. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice à titre provisoire de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret "

4. La décision attaquée du directeur général de l'OFII précise les textes dont elle fait application, notamment l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit qui en constituent le fondement. Elle précise en outre qu'il est mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif que le requérant n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se rendre aux convocations des autorités de l'asile. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation de la décision attaquée, que l'OFII a bien procédé à un examen particulier de la situation du requérant.

6. En troisième lieu, il ressort également des pièces du dossier, que la lettre d'intention datée du 10 février 2022 a été retournée à l'OFII le 15 mars suivant avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Dans ces circonstances, la lettre d'intention doit être regardée comme ayant été régulièrement notifiée, et partant les droits de la défense respectés. Par suite, le moyen tiré du non-respect du contradictoire manque en fait et doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application des articles L. 522-1 à L. 522-4, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé ". Il résulte des dispositions précitées que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené, préalablement à la décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, le requérant, qui a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile le 11 août 2021, ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'un tel entretien avant que l'OFII statue sur sa demande.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". Aux termes de l'article L. 551-10 du même code : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ". Aux termes des dispositions de l'article D.551-16 de ce code : " L'offre de prise en charge faite au demandeur d'asile en application de l'article L. 551-9 fait mention de la possibilité pour le demandeur d'asile de se voir refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou qu'il y soit mis fin dans les conditions prévues par les articles L. 551-15, L. 551-16 et D. 551-17 à R. 551-23. " Il ressort des pièces du dossier, notamment du formulaire de l'offre de prise en charge de l'OFII, que M. A a été informé le 11 août 2021 en langue dari des éléments qui devaient être portés à sa connaissance. Par suite, et en tout état de cause, le moyen doit être écarté.

9. En sixième lieu, pour édicter la décision attaquée, l'OFII s'est fondé sur la circonstance que le requérant n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, en s'abstenant de se présenter aux convocations. Il ressort des pièces du dossier, que le requérant ne s'est pas présenté à son rendez-vous du 17 janvier 2022 muni du résultat de son test

PCR. Si le requérant produit, dans le cadre de la présente instance, un document faisant état de la réalisation d'un tel test à l'hôpital de l'Hôtel Dieu, il n'établit pas pour autant avoir présenté les résultats de ce test aux autorités afin d'assurer son transfert effectif en Bulgarie, prévue le lendemain, le vol ayant, en tout état de cause, été annulé en l'absence de présentation par le requérant du résultat de son test. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision de l'OFII n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte dirigées contre l'OFII doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser au requérant la somme que celui-ci demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Jaslet.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme Belkacem, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

N. BELKACEM

Le président,

C. FOUASSIER La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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