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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2212552

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2212552

lundi 26 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2212552
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI, BERDUGO AVOCATS ASSOCIES (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juin 2022, M. A C, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2022, notifié le 24 mai 2022, par lequel le ministre de l'intérieur a prononcé son expulsion du territoire français ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son expulsion ne constitue pas une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique ;

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé en fait ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoires en défense, enregistré le 23 mars 2023, ainsi que par un mémoire distinct, enregistré le 1er juin 2023, non soumis au contradictoire en application des dispositions de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 23 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 20 avril 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Berland,

- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,

- et les observations de Me Berdugo, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 27 juillet 1986 à Tizi-Ouzou (Algérie), entré en France le 1er novembre 2012, demande l'annulation de l'arrêté du 3 avril 2022, notifié le 24 mai 2022, par lequel le ministre de l'intérieur l'a expulsé du territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : / 1° L'étranger, ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; / 2° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ; / () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, pour prononcer la mesure d'expulsion dont fait l'objet M. C, le ministre de l'intérieur a entendu se fonder exclusivement sur les dispositions de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permettent l'expulsion du territoire français d'un ressortissant étranger, si cette mesure constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique, alors même que l'intéressé justifie être parent d'un enfant français mineur, résidant en France, à l'entretien et à l'éducation duquel il contribue, ou être marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, sans rupture de la communauté de vie depuis le mariage.

4. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public.

5. Aucune disposition législative, ni aucun principe ne s'oppose à ce que les faits relatés par les " notes blanches " versées au débat contradictoire et qui ne sont pas sérieusement contestés, soient susceptibles d'être pris en considération par le juge administratif.

6. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour prononcer l'expulsion du territoire français de M. C, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le fait que son comportement représentait une menace d'une particulière gravité pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique. Il ressort des pièces du dossier que M. C a fait l'objet d'un signalement le 16 septembre 2015, alors qu'il occupait le poste de caissier dans un supermarché, en raison d'un brusque changement d'attitude envers ses collègues et de sa radicalisation, manifestés par son prosélytisme auprès de ses collègues de confession musulmane et son rigorisme religieux, son refus, au nom de sa foi, d'accomplir certaines missions, telles que la manipulation de boissons alcoolisées ou de produits carnés porcins, ou encore de s'adresser à des collègues féminines, ainsi que par l'écoute, sur son lieu de travail, de sourates du Coran diffusées sur son téléphone portable et le port de tenues vestimentaires propres à la mouvance islamiste radicale. Il ressort, en outre, des pièces du dossier qu'entre le 15 juin et le 5 juillet 2016, le requérant a créé et alimenté un compte Facebook, par la suite clôturé, dénommé " Jihad-tescuitcommeunbiscuit ", dont la photographie du profil le représentait masqué et porteur d'une arme à l'épaule, posant devant un drapeau noir, compte sur lequel il a publié des messages, des images et des commentaires favorables à l'organisation terroriste Daech, déclarant notamment le 4 juillet 2016 être " anti chiites " et " anti démocratie " et avoir " signé pour sa mort ". Ces faits ont motivé la réalisation d'une perquisition en août 2016 à son domicile, dont les résultats, notamment la découverte d'enregistrements correspondant à des appels à la violence envers la communauté juive, ou à des références aux attentats du 11 septembre 2001, ont motivé son placement en détention provisoire le 15 septembre 2016 pour une durée de sept mois à la maison d'arrêt de Villepinte. Le 15 janvier 2021, le tribunal correctionnel de Bobigny a condamné M. C pour apologie publique d'un acte de terrorisme commise au moyen d'un service de communication au public en ligne à une peine de dix-huit mois d'emprisonnement, dont onze mois assortis d'un sursis probatoire de deux ans. Enfin, M. C s'est signalé, pendant sa détention, par la fréquentation de détenus condamnés pour des faits d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

7. M. C conteste certains faits retenus dans la décision attaquée. D'une part, si l'intéressé conteste avoir adopté un comportement prosélyte dans son emploi de caissier, les attestations de ses anciens collègues de travail, peu circonstanciées, sont dépourvues de force probante à cet égard. En outre, si M. C conteste l'existence, ou du moins la pertinence, des éléments qui ont été découverts à son domicile lors de la perquisition qui y a été menée en août 2016, il n'apporte aucun élément de nature à contester que c'est l'exploitation de ces éléments qui a motivé son placement en détention provisoire le 15 septembre 2016, alors que la note blanche mentionne, au titre des éléments retrouvés, des écrits religieux radicaux ainsi que des appels à la violence envers la communauté juive. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur de fait sur ces points.

8. D'autre part, M. C, qui produit le courrier de licenciement que lui a adressé son entreprise le 13 janvier 2016, est fondé à soutenir que son licenciement, le 15 mars 2016, de son poste de caissier, a été motivé par une altercation qui l'a opposé à sa cheffe de caisse ainsi que par un écart de caisse constaté le 12 décembre 2015, et non pas, comme l'indique la décision attaquée, par son comportement communautariste allié à de nombreuses absences injustifiées, et que cette décision est donc entachée d'erreur de fait sur ce point. En outre, alors que la décision attaquée indique que le requérant a illustré son profil Facebook par une photo de lui devant le drapeau de Daech, M. C soutient, sans être contesté en défense, qu'il s'agit d'un tableau coranique portant les mentions " Dieu " et " Mohamed ". Enfin, si la décision attaquée et la note blanche relèvent que le requérant a entretenu, lors de son incarcération, des liens étroits avec des détenus condamnés pour des faits d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, M. C fait valoir que la plupart de ces contacts résultent de son placement, décidé par l'administration pénitentiaire, comme co-détenu dans la cellule de ces mêmes détenus, et produit plusieurs courriers d'octobre et novembre 2016 par lesquels il demande son changement de bâtiment. Dès lors, alors que la note blanche ne relève, outre les relations avec les ses co-détenus, qu'un unique contact le 6 octobre 2016 avec MM. Hattay et Ait Messoud, et un contact en janvier 2017 avec M. B, le requérant est fondé à soutenir qu'en notant qu'il avait " volontairement entretenu des liens étroits avec des détenus condamnés pour des faits d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ", la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait sur ce point.

9. Toutefois, il résulte de l'instruction que, compte tenu des faits d'apologie publique d'acte de terrorisme par l'intéressé et du contexte actuel de menace terroriste particulièrement élevée, et alors même que le requérant fait valoir que les faits pour lesquels il a été condamné, commis en 2016, sont anciens, qu'ils résultent d'une curiosité malsaine liée au contexte familial difficile dans lequel il se trouvait à l'époque du fait de la maladie de son père et de celle de son épouse, qu'il n'a entretenu aucun lien avec des individus identifiés comme djihadistes depuis sa sortie de prison, et qu'il a toujours été apprécié de ses collègues et s'est réinséré dans la société par son travail et par sa vie familiale, le ministre aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis ces erreurs de fait, et n'a entaché sa décision d'aucune erreur d'appréciation sur le fondement des dispositions de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / Toutefois, les décisions fondées sur des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme sont prises dans des conditions qui préservent l'anonymat de leur signataire. Seule une ampliation de cette décision peut être notifiée à la personne concernée ou communiquée à des tiers, l'original signé, qui seul fait apparaître les nom, prénom et qualité du signataire, étant conservé par l'administration. ". Aux termes de l'article L. 773-9 du code de justice administrative : " Les exigences de la contradiction mentionnées à l'article L. 5 sont adaptées à celles de la protection de la sécurité des auteurs des décisions mentionnées au second alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. / Lorsque dans le cadre d'un recours contre l'une de ces décisions, le moyen tiré de la méconnaissance des formalités prescrites par le même article L.212-1 ou de l'incompétence de l'auteur de l'acte est invoqué par le requérant ou si le juge entend relever d'office ce dernier moyen, l'original de la décision ainsi que la justification de la compétence du signataire sont communiqués par l'administration à la juridiction qui statue sans soumettre les éléments qui lui ont été communiqués au débat contradictoire ni indiquer l'identité du signataire dans sa décision. ".

11. Aux termes de l'article R. 632-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour prononcer l'expulsion d'un étranger en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 ainsi qu'en cas d'urgence absolue est le ministre de l'intérieur. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : () 2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé ainsi que les hauts fonctionnaires et les hauts fonctionnaires adjoints mentionnés aux articles R. 1143-1 et R. 1143-2 du code de la défense () ".

12. Il ressort des pièces produites en défense, par un mémoire distinct en application des articles L. 773-9 et R. 412-2-1 du code de justice administrative, que l'original de l'arrêté contesté comporte la signature, le prénom et le nom et la qualité de son signataire en caractères lisibles. En l'espèce, le signataire de l'arrêté attaqué a été nommé par arrêté, régulièrement publié au Journal officiel de la République française, dans des fonctions qui, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005, précité, lui donnaient compétence pour signer l'arrêté d'expulsion en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : /1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

14. L'arrêté attaqué vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, notamment l'article L. 631-2 de ce code, et mentionne les éléments de la situation personnelle de M. C. Cet arrêté mentionne, en outre, que compte tenu de son comportement, de ses publications sur les réseaux sociaux faisant l'apologie d'actes de terrorisme et des contenus à caractère pro-jihadiste ou antisémite découverts à son domicile, qui démontrent son adhésion profonde à l'idéologie islamiste radicale jihadiste, et laissent à craindre qu'il ne soit perméable aux appels récents et répétés d'organisations terroristes à commettre une action violente sur le territoire, l'expulsion de M. C constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat et la sécurité publique. En outre, l'arrêté attaqué mentionne le fait que l'intéressé est marié avec une ressortissante française et père de deux enfants français mineurs, qu'il n'est pas démontré que la cellule familiale ne pourra pas se reconstituer en Algérie, et qu'en tout état de cause, compte tenu de la gravité de la menace qu'il représente, le prononcé d'une mesure d'expulsion à son encontre ne portera pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect d'une vie privée et familiale normale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi, et alors même qu'il ne mentionne pas la belle-fille majeure de M. C, de nationalité française, qui a quitté le domicile familial, l'arrêté litigieux comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, conformément aux dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

15. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. /2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

16. M. C fait valoir qu'il vit en France depuis 2012, et qu'il est marié depuis 2011 à une ressortissante française, avec qui il a deux enfants mineures de nationalité française, et qu'il a également élevé depuis 2012 sa belle-fille, également de nationalité française. En outre, il produit des attestations de sa belle-famille, ainsi que de ses voisins et collègues, faisant valoir son insertion sociale et professionnelle en France. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que l'atteinte portée à sa vie privée et familiale n'apparaît pas excessive au regard de l'intérêt public que présente son éloignement du territoire français, alors, au demeurant, qu'il n'est pas établi que la cellule familiale ne pourra pas se reconstituer en Algérie, pays où le mariage du requérant a été célébré et où résident sa mère ainsi que ses deux sœurs, et que, par ailleurs, la fille majeure de son épouse, sur laquelle il n'exerce pas d'autorité parentale, a quitté le domicile familial. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.

17. En cinquième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

18. Le requérant soutient que l'arrêté contesté porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses deux enfants mineurs de nationalité française. Toutefois, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, et notamment de la nature et de la gravité des faits reprochés au requérant, rappelés au point 6 du présent jugement, c'est sans méconnaître les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, que le ministre de l'intérieur, a, par la décision attaquée, prononcé l'expulsion de M. C du territoire français.

19. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 16 et 18, le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. C.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 3 avril 2022 du ministre de l'intérieur prononçant l'expulsion de M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

Mme Madé, première conseillère,

Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2023.

La rapporteure,

F. BERLAND

La présidente,

M.-O. LE ROUXLa greffière,

I. SZYMANSKI

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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