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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2212733

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2212733

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2212733
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantDE SA PALLIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 10 juin 2022, le magistrat désigné du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Paris la requête présentée le 19 avril 2022 par M. B C.

Par cette requête, M. B C, représenté par Me de Sa Pallix, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est éloigné et la décision du même jour par laquelle le préfet de police a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'une semaine, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me de Sa Pallix, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me de Sa Pallix renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

- l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français n'est pas motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire n'est pas motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention précitée ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention précitée ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention précitée.

Par un mémoire en défense, enregistré 12 juillet 2022, le préfet de police, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. G en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. G,

- et les observations de Me Godest le Gall, substituant Me de Sa Pallix, avocat de M. B C, assisté de M. D, interprète. Me Godest le Gall reprend les termes des écritures et soutient, en outre, que la menace à l'ordre public n'est pas établie, que l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de M. B C et que sa durée est disproportionnée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant marocain, né le 8 janvier 2001, demande l'annulation de l'arrêté du 18 avril 2022 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est éloigné, ainsi que de l'arrêté par lequel le préfet a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées tiré de l'incompétence du signataire des actes :

3. Par un arrêté n° 2021-00991 du 27 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2021-505 du même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme E F, attachée d'administration de l'Etat, adjointe au chef de section des reconduites à la frontière, pour signer toutes obligations de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire, toutes décisions fixant le pays de destination et toutes interdictions de retour sur le territoire français. Ainsi, le moyen tiré de ce que les décisions contestées ont été prises par une autorité incompétente doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : /1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

5. En premier lieu, l'arrêté du 18 avril 2022 vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment le 1° de l'article L. 611-1 dont il fait application. Cet arrêté mentionne que M. B C ne peut justifier d'un titre de séjour pour se maintenir sur le territoire français et qu'il ne peut justifier être entré régulièrement en France. Ainsi, la décision faisant obligation à M. B C de quitter le territoire français, qui comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, satisfait l'exigence de motivation de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Si M. B C déclare être entré en France en 2017, sa présence sur le territoire national n'est établie, pour la première fois, qu'au mois de février 2021. Par ailleurs, à supposer même qu'il ne serait pas l'auteur des faits de violences volontaire qui ont été retenus contre lui par le préfet de police, il est célibataire et sans enfant à charge en France. S'il se prévaut d'une activité professionnelle, il ne verse aux débats aucun début d'élément à l'appui de ses allégations. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, la décision faisant obligation à

M. B C de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, elle n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, selon l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il () ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

9. En premier lieu, l'arrêté du 18 avril 2022 vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment le 1° du II de son article L. 611-1 et son article L. 612-1 dont il fait application. Cet arrêté mentionne que le comportement de M. B C a été signalé par les services de police pour des faits de violences volontaires entrainant une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours, qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement du 27 février 2021 et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Ainsi, la décision refusant d'octroyer à M. B C un délai de départ volontaire, qui comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, satisfait l'exigence de motivation de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le refus d'accorder à M. B C un délai de départ volontaire ne méconnaît par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11.En premier lieu, l'arrêté du 18 avril 2022 vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 3. Il mentionne la nationalité de

M. B C et indique que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, la décision fixant le pays de destination, qui comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

12.En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, la décision fixant le pays de destination de M. B C ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

13.Pour prononcer à l'encontre de M. B C une interdiction de séjour d'une durée de trente-six mois, le préfet de police a tenu compte de la circonstance que l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et que son comportement constituait une menace pour l'ordre public. Toutefois, les circonstances des faits confus relatés par le procès-verbal du 16 avril 2022, ne suffisent pas à établir la matérialité des agissements reprochés au requérant qui les conteste, d'autant qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les faits en question auraient donné lieu à condamnation par le juge judiciaire. Dans les circonstances particulières de l'espèce, et alors que la décision refusant à M. B C un délai de départ volontaire n'est pas illégale, l'intéressé est néanmoins fondé à demander l'annulation de la décision litigieuse entant qu'elle fixe une durée d'interdiction de retour en France supérieure à douze mois.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B C est uniquement fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police a prononcé, à son encontre, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée supérieure à douze mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, portant refus de délai volontaire et fixant le pays de renvoi, n'implique, ni que le préfet de police réexamine la situation de l'intéressé, ni qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme à verser à M. B C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 18 avril 2022 portant interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. B C est annulée en tant qu'elle fixe une durée de cette interdiction supérieure à douze mois.

Article 3 : Les conclusions de la requête de M. B C sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B C, au préfet de police et à Me de Sa Pallix.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Jugement rendu en audience publique le 12 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

A. GLa greffière,

A. Heeralall

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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