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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2212946

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2212946

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2212946
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 juin et 27 octobre 2022, M. A, représenté par Me de Sèze, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder les conditions matérielles d'accueil depuis leur cessation effective, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros hors taxes au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas démontré que l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité a suivi une formation spécifique ;

- le contenu du questionnaire fixé par l'arrêté du 23 octobre 2015 est illégal ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il n'était pas nécessaire de subir un test RT-PCR pour entrer en Croatie ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

28 octobre 2022, 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de M. Lamy, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 1er janvier 1986, a déposé une demande d'asile le 29 mars 2021 auprès de la préfecture de police, enregistrée en procédure Dublin, et a accepté le même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une nouvelle décision du 24 mai 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin aux conditions matérielles d'accueil de M. A, au motif que ce dernier a refusé de se soumettre à un test RT-PCR en vue de son transfert vers la Croatie le 10 octobre 2021 et qu'il a été déclaré en fuite par une décision du préfet de police du 12 octobre 2021. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision de l'OFII du 24 mai 2022.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait effectué une demande d'aide juridictionnelle. Par ailleurs, le requérant n'établit pas l'urgence à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Sa demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire doit dès lors être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, si M. A fait valoir que la décision attaquée est insuffisamment motivée, d'une part, celle-ci mentionne les articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables. D'autre part, la décision de l'OFII du 24 mai 2022 précise les raisons pour lesquelles il a été mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de l'intéressé, notamment son refus injustifié de se soumettre à un test

RT-PCR nécessaire à sa reconduite à la frontière le 10 octobre 2021 au centre de rétention administratif et qu'en outre, suite à l'entretien du 9 mars 2022, sa situation personnelle et familiale ne présente pas de facteur de vulnérabilité particulier. La décision du 24 mai 2022 comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".

6. Il résulte des dispositions précitées que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené, préalablement à la décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, le requérant, qui a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile le 29 mars 2021, ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'un tel entretien avant que l'OFII statue sur sa demande. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier, notamment du formulaire d'entretien daté du 9 mars 2022, que l'OFII a bien procédé à un tel entretien. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-2 de ce code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".

8. Aucune des dispositions précitées n'impose que soit portée la mention, sur le compte-rendu d'entretien de vulnérabilité, de l'identité de l'agent qui a conduit l'entretien, lequel en l'absence d'élément contraire, doit être regardé comme ayant reçu la formation spécifique mentionnée à l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième lieu, M. A ne peut utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, lequel ne constitue pas la base légale de la décision attaquée lui retirant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

10. En cinquième lieu, M. A fait valoir qu'il n'a pas entendu se soustraire au test RT-PCR en vue de faire obstacle à son transfert vers la Croatie, mais qu'il n'a pas été en capacité de donner son accord à ce test en raison de l'absence d'interprète dans une langue qu'il comprend. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a signé le 7 octobre 2021, un document l'informant qu'en cas de refus de faire le test RT-PCR, il sera considéré comme en fuite et qu'il encourt, notamment, le retrait des conditions matérielles d'accueil. De plus, lecture du document a été faite par téléphone, par le truchement d'un interprète d'ISM interprétariat en langue pashtou, que M. A a déclaré comprendre. En outre, l'OFII verse aux débats la réquisition administrative, en date du 10 octobre 2021, indiquant que M. A a refusé le test RT-PCR et a refusé de signer ledit document. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

11. En sixième lieu, M. A soutient qu'il n'était pas nécessaire de réaliser un test RT-PCR pour effectuer le transfert vers la Croatie. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les autorités croates ont adressé un mail, via le réseau DubliNet, le 19 mai 2021 à l'ensemble de leurs homologues précisant notamment qu'à compter du 1er juin 2021, un test RT-PCR négatif de moins de 48 heures était nécessaire à la réalisation des transferts vers la Croatie. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'un test RT-PCR ne pouvait être exigé préalablement à son transfert vers ce pays.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites ".

13. Pour justifier la décision attaquée, le directeur général de l'OFII s'est fondé d'une part, sur la circonstance que le requérant n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, et d'autre part, sur le fait que sa situation personnelle ne faisait apparaître aucune vulnérabilité. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été informé des risques encourus en cas de refus de se soumettre à un test RT-PCR et en particulier qu'il serait considéré par l'administration comme n'ayant pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile et que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pouvait lui être retiré. En outre, si le requérant soutient que la décision attaquée n'a pas tenu compte de sa vulnérabilité, il n'apporte toutefois aucune précision, ni aucun élément probant à ce sujet, notamment s'agissant de sa situation familiale ou médicale. Par suite, la décision attaquée n'est entachée ni d'une erreur de droit, ni d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

M. Gandolfi, premier conseiller,

Mme Leravat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

La rapporteure,

C. B

Le président,

J-P. LADREYT

La greffière,

L. SUEUR

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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