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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2212973

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2212973

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2212973
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantPASCUAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 juin et 28 juin 2022, M. A C, représenté par Me Tasciyan, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'enjoindre à la Ville de Paris, par un jugement avant dire droit, de lui communiquer le dossier de l'appel à propositions relatif à l'emplacement litigieux, les motifs détaillés du rejet de son offre, le rapport d'analyse des offres ou son équivalent avec les notes et appréciations de l'association Neuf Trois Quarts et la convention d'occupation du domaine public conclue le 2 février 2022 entre la Ville de Paris et l'association Neuf Trois Quarts ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la convention d'occupation du domaine public conclue le 2 février 2022 entre la Ville de Paris et l'association Neuf Trois Quarts, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la validité de cette convention ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 1 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la convention en litige porte atteinte de manière grave et immédiate à sa situation financière, à l'exercice même de son activité, et met en péril sa survie économique ;

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la validité de la convention ;

- le principe d'égalité entre les candidats a été méconnu ;

- la subvention allouée à l'association Neuf Trois Quarts par la Ville de Paris lui a permis de présenter une offre anormalement basse.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2022, la Ville de Paris, représentée par Me Falala, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C une somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux quant à la validité de la convention.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2022, l'association Neuf Trois Quarts, représentée par Me Pascual, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C une somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux quant à la validité de la convention.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 6 juin 2022 sous le n° 2212305 par laquelle M. C demande l'annulation de la convention attaquée.

Vu :

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 28 juin 2022 en présence de M. Bonine, greffier d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Tasciyan, représentant de M. C,

- les observations de Me Gorse, représentante de la Ville de Paris,

- les observations de Me Pascual, représentante de l'association Neuf Trois Quarts.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative

Considérant ce qui suit :

1. La Ville de Paris a lancé un appel à propositions pour l'attribution d'emplacements situés dans le 18ème arrondissement de Paris. La proposition de M. C, déjà bénéficiaire d'une convention d'occupation du domaine public au Métro Blanche dans le même arrondissement, dont le terme normal était le 31 décembre 2021, a été écartée et la Ville de Paris a retenu la proposition de l'association Neuf Trois Quarts. Par la présente requête, M. C demande la suspension de l'exécution de la convention d'occupation du domaine public conclue le 2 février 2022 entre la Ville de Paris et l'association Neuf Trois Quarts.

Sur les conclusions tendant à ce que soit enjoint à la Ville de Paris, par un jugement avant dire droit, de communiquer certains documents :

2. Il résulte de l'instruction que, par un courriel en date du 27 juin 2022, la Ville de Paris a transmis au conseil du requérant la convention en litige ainsi que les documents permettant à M. C de comprendre les motifs du choix opéré par la Ville de Paris quant à la conclusion d'une convention d'occupation de l'emplacement actuellement occupé sans droit ni titre par l'intéressé avec l'association Neuf Trois Quarts. Ces documents ont également été produits à l'appui de son mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022. Par suite, ces conclusions ont perdu de leur objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

4. Tout tiers à une convention d'occupation du domaine public susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité de celle-ci, et peut l'assortir d'une demande tendant, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à la suspension de son exécution lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Pour établir l'urgence à suspendre l'exécution de la convention d'occupation du domaine public en litige, M. C se borne à soutenir que l'exercice même de son activité et sa survie économique sont mises en péril. Toutefois, si la nouvelle convention conclue met un terme à l'activité de M. C sur l'emplacement concerné, elle ne le prive pas irrémédiablement de la possibilité d'exercer une activité commerciale. Il résulte à ce titre de l'instruction que M. C a été autorisé à rester à titre provisoire sur l'emplacement qu'il occupe jusqu'au 31 janvier 2022, et que la Ville de Paris lui a proposé d'occuper un autre emplacement situé rue Bossuet, dans le 10ème arrondissement de Paris, pour une période d'exploitation correspondant à six mois par an, proposition qui a été refusée par le requérant. Enfin, M. C ne produit aucune pièce relative au salarié qu'il allègue employer et n'apporte, hormis trois avis d'impôts sur le revenu, aucun élément comptable de nature à établir les difficultés financières dont il se prévaut. Par suite, il n'apparaît pas, en l'état de l'instruction, que les effets de la convention en litige sur la situation de M. C soient de nature à caractériser une urgence justifiant que son exécution soit suspendue sans attendre le jugement de la requête au fond.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de rechercher si les moyens invoqués sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la validité de la convention en litige, que les conclusions de M. C tendant à la suspension de l'exécution de cette convention doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. D'une part, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, celle-ci n'étant pas la partie perdante dans la présente instance. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la Ville de Paris et de l'association Neuf Trois Quarts tendant à ce que soit mise à la charge de M. C une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à ce que soit communiqué à M. C le dossier de l'appel à propositions relatif à l'emplacement litigieux, les motifs détaillés du rejet de son offre, le rapport d'analyse des offres ou son équivalent avec les notes et appréciations de l'association Neuf Trois Quarts et la convention d'occupation du domaine public conclue le 2 février 2022 entre la Ville de Paris et l'association Neuf Trois Quarts.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C et les conclusions de la Ville de Paris et de l'association Neuf Trois Quarts tendant à ce que soit mise à sa charge une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administratives sont rejetés.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, à la Ville de Paris et à l'Association Neuf Trois Quarts.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

La juge des référés,

M.-P. B

Le greffier,

S. Bonine

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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