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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2212997

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2212997

lundi 5 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2212997
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantPAEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

G une ordonnance du 13 juin 2022, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Paris la requête de M. F D, enregistrée au greffe de ce tribunal le 10 juin 2022.

G cette requête, M. B F D, représenté G Me Paëz, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 8 juin 2022 G lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de

12 mois ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, en application des dispositions de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à lui verser en application des dispositions de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

M. F D soutient que :

Concernant la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- elle est prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Concernant la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

G un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés G le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme C a donné lecture de son rapport lors de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F D, ressortissant bangladais, né le 28 avril 1995, demande l'annulation de l'arrêté du 8 juin 2022 G lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 12 mois.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée G la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

En ce qui concerne la légalité de l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé G M. E A, chef de la section éloignement/COMEX à la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet, consentie G un arrêté n°22-121 du 13 mai 2022, publié le jour même au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département. G suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige aurait été signé G une autorité incompétente doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision attaquée, qui mentionne les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée. Ce moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 141-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger fait l'objet d'une décision de refus d'entrée en France, de placement en rétention ou en zone d'attente, de retenue pour vérification du droit de circulation ou de séjour ou de transfert vers l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile et qu'il ne parle pas le français, il indique au début de la procédure une langue qu'il comprend () ". Aux termes de l'article L. 141-3 du même code : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit G l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, lors de l'audition de M. F D G les forces de police, ce dernier était assisté G un interprète en langue Bengali et qu'il a ainsi pu répondre aux questions qui lui étaient posées. G suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de ce que le préfet des Hauts-de-Seine aurait méconnu les dispositions précitées des articles L. 141-2 et L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Il ressort des pièces du dossier que M. F D a été entendu sur sa situation administrative et familiale au cours de l'audition qui a suivi son interpellation G les services de police et a été informé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français. G conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue G la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. M. F D a déclaré lors de son audition G les services de police être entré en France en octobre 2019 et être célibataire et sans enfant à charge sur le territoire. G conséquent, et quand bien même il y exercerait depuis plusieurs mois une activité professionnelle, ce qui n'est au demeurant pas démontré, le préfet ne saurait être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but de la décision attaquée. G conséquent, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. G ailleurs, la circonstance qu'il remplirait les conditions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour une admission exceptionnelle au séjour est sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement, dès lors que M. F D ne justifie pas avoir sollicité un titre de séjour.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. G suite, M. F D ne saurait se prévaloir G voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

12. La décision attaquée, qui vise notamment l'article L. 612-6 et mentionne que le requérant se maintient en situation irrégulière sur le territoire français depuis son entrée en France et est célibataire et sans charge de famille est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait. Ce moyen doit être écarté.

13. En troisième lieu, il ressort des termes de ce même arrêté que le préfet du Val d'Oise a procédé à un examen particulier de sa situation personnelle avant de prendre la décision attaquée.

14. En quatrième lieu, le requérant a été entendu avant l'édiction de la décision attaquée. En outre, il n'indique pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise cette décision et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à lui faire obstacle. Ce moyen doit donc être écarté.

15. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Le préfet, qui a tenu compte de la durée de présence en France de M. F D et qui a relevé qu'il se maintient en situation irrégulière sur le territoire français depuis son entrée en France et qu'il est célibataire et sans charge de famille n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à un an. Ce moyen doit être écarté.

16. Enfin, compte tenu de l'ensemble de la situation personnelle et familiale de l'intéressé telle que décrite plus haut le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit également être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. F D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F D et au préfet du Val-d'Oise.

Jugement rendu en audience publique le 05 septembre 2022.

La magistrate désignée,

M. C

La greffière,

N. PAREWYCK

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2212997/1-3

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