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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2213014

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2213014

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2213014
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juin 2022 et des pièces complémentaires enregistrées les 16, 19 et 20 juin 2022, Mme D F épouse B, représentée par Me Hug, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 mai 2022 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son époux ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de police de délivrer l'autorisation

d'entrée en France dans le cadre du regroupement familial à son époux, dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa demande de regroupement familial dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros

sur le fondement de l'article L.761-1 du code de Justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle remplit les conditions prévues à l'article L.434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son fils perçoit l'allocation aux adultes handicapés ; son logement présente une surface habitable suffisante ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée au respect de

sa vie privée et familiale ; elle méconnaît les articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

19 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme G.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante algérienne, née le 31 mars 1961, a sollicité le regroupement familial au profit de son époux, M. A B, par une demande du

15 avril 2021. Par un arrêté du 3 mai 2022, le préfet de police a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme F demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. C E, adjoint au chef du 10ème bureau de la direction de la police générale de la préfecture de police, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet consentie par un arrêté n° 2022-00263 en date du 18 mars 2022 du préfet de police, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour. Dès lors, le moyen tiré de ce que cet arrêté aurait été signé par une autorité incompétente manque en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En vertu de l'article L. 211-5 du même code, la motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision.

4. La décision attaquée précise que Mme F a sollicité l'admission au titre du regroupement familial de son époux dans le cadre des stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien et que le préfet a refusé de faire droit à sa demande, au motif que ses ressources ne sont pas suffisantes. La décision qui vise les textes dont le préfet a fait application et mentionne les faits qui en constituent le fondement, n'est pas stéréotypée et est suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des motifs de la décision attaquée que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de

Mme F avant de prendre la décision en litige.

6. En quatrième lieu, en vertu des stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. / Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. / Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1 - Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; / 2°- Le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d'arrivée de la famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France () ".

7. Si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, il n'a, toutefois, pas entendu écarter, sauf stipulations incompatibles expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers, dès lors que ces ressortissants algériens se trouvent dans une situation entrant à la fois dans les prévisions de l'accord et dans celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par Mme F au bénéfice de son époux, le préfet de police s'est fondé sur le fait que la moyenne mensuelle des ressources de l'intéressée sur la période de référence était inférieure à celle du salaire minimum de croissance (smic) en vigueur, soit 1 222 euros net. Si Mme F fait valoir que ses ressources ont connu une légère évolution en 2021, avec une moyenne mensuelle de 1 021,91 euros, ces dernières ne sont pas au moins égales au salaire minimum de croissance, et elle ne justifie pas que sa situation professionnelle, alors qu'elle travaille dans le cadre de contrats à durée déterminée, serait plus stable. En outre, elle ne peut se prévaloir des ressources de son fils majeur, qui perçoit l'allocation aux adultes handicapés. Il suit de là que c'est sans erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de police a rejeté pour le motif précité la demande de Mme F.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Son article 14 stipule : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation. ".

10. Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande même dans le cas où les membres de la famille au bénéfice desquels il est sollicité séjournent déjà sur le territoire français, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Si Mme F fait valoir que son fils H requiert des soins nombreux eu égard à son état de santé, elle n'établit pas que les nécessités de la vie courante impliqueraient la présence de son époux à ses côtés. Elle ne soutient pas non plus qu'elle serait dans l'impossibilité de se rendre en Algérie, pays dont elle a la nationalité et où demeure son conjoint.

12. Dans ces conditions, Mme F n'est pas fondée à soulever la méconnaissance des stipulations des articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, pour les mêmes raisons, la décision attaquée n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme F à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de police du 3 mai 2022 doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme I épouse B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente ;

- Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère ;

- Mme Renvoise, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

La rapporteure,

T. G

La présidente,

V. HERMANN-JAGER

Le greffier,

Y. FADEL

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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