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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2213028

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2213028

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2213028
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantWOUAKO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête initiale et des pièces complémentaires, enregistrées respectivement le 16 juin 2022 et le 17 juin 2022, M. C B, représenté par Me Wouako, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2022, par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un délai de 3 ans, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées et révèlent un défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'article 6-5 de l'accord franco-algérien.

Sur la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité qui affecte la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Le préfet de l'Essonne fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Baudat, conseiller, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 6 juillet 2022 :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Wouako, représentant M. B, qui reprend les termes de ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, de son vrai nom Hicham Ouahbi, ressortissant algérien né le 19 juin 1976, a fait l'objet d'un arrêté du préfet de l'Essonne qui lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné à l'issue de ce délai et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de 3 ans. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA-028 du 17 février 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département de l'Essonne du même jour, le préfet de l'Essonne a donné à Mme D E, attachée d'administration, adjointe au chef de bureau de l'éloignement, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui mentionne les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée et satisfait ainsi aux exigences de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. () ", aux termes de l'article L. 613-2 de ce même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

5. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles il a été pris. Contrairement à ce que M. B soutient, le préfet de l'Essonne n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir. Par suite, et en l'absence d'autres éléments à l'appui de son allégation, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté serait entaché d'un défaut d'examen de sa situation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () ; / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; ".

7. M. B soutient qu'il est arrivé en France en 2000 et qu'il y réside depuis lors. Toutefois, il se borne à produire quatre documents médicaux de février et mars 2022 qui font état de son hospitalisation à Fleury Merogis depuis le 17 décembre 2021, étant par ailleurs constant que M. B a été condamné à une peine d'emprisonnement de 8 mois le 25 avril 2020 par le tribunal correctionnel de Paris. Par ailleurs, si M. B se prévaut de la présence en France de ses deux sœurs et de son frère il ne produit aucun document qui permettrait d'établir la réalité des liens qu'il entretiendrait avec eux. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait noué en France des liens personnels, et alors qu'il est célibataire et sans charge de famille, et qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales en Algérie. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. B.

Sur la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été énoncé précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En second lieu, si le requérant soutient que la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il n'apporte au tribunal aucune précision qui lui permettrait d'apprécier le bien-fondé de ce moyen.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui a été énoncé précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été énoncé précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'une condamnation, le 25 avril 2020, à huit mois d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Paris pour violation de l'interdiction de paraître dans les lieux où l'infraction a été commise prononcée à titre de peine, récidive, violence par une personne en état d'ivresse manifeste sans incapacité et, de plus, qu'il avait déjà été signalisé à 12 reprises pour différents faits notamment de violence en état d'ivresse, vol à l'étalage, port sans motif d'arme blanche, dégradations volontaires de biens publics. Ces faits ne témoignent pas d'une réelle intégration au sein de la société française, malgré la durée alléguée de présence sur le territoire français. De plus, il est constant qu'il s'est soustrait à cinq précédentes mesures d'éloignement du 5 mai 2011, du 6 juillet 2014, du 27 avril 2018, du 16 avril 2021 et du 19 avril 2021. En outre, M. B ne justifie pas suffisamment de l'ancienneté et de l'intensité de sa présence sur le territoire français et n'atteste pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne aurait commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées en fixant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à 3 ans.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Essonne.

Jugement rendu en audience publique le 6 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

J. ALe greffier,

A. FRIZZI

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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