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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2213279

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2213279

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2213279
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juin 2022, M. C, représenté par Me Patureau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 22 mars 2022 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée ou familiale " ou " salarié " ou, à défaut de réexaminer sa demande.

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que

- la requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- les décisions qu'il comprend sont entachées d'une erreur de droit, ne sont pas suffisamment motivées, méconnaissent les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions attaquées sont également entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 aout 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire à son rejet au fond ;

Le préfet de police soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens qui y sont soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 25 aout 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 13 septembre 2022 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- La Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M C, ressortissant togolais né le 16 novembre 1985, est entré en France le 16 juin 2015. Il a sollicité le 2 novembre 2021 son admission au séjour dans le cadre des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 mars 2022 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête :

Sur la légalité externe :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-00991 du 27 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à M. B D, sous-préfet hors classe, sous-directeur du séjour et de l'accès à la nationalité, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En second lieu, l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. L'arrêté attaqué, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, vise les textes dont il fait application et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Il indique, en particulier, que la situation de M. C, appréciée au regard de son expérience et de ses qualifications professionnelles, des spécificités de l'emploi auquel il postule ne permet pas de le regarder comme justifiant d'un motif exceptionnel d'admission au séjour et qu'en outre le contrat de travail en tant qu'agent d'exploitation qu'il a produit à l'appui de sa demande ne permet pas davantage de le regarder comme justifiant d'un tel motif. L'arrêté précise également que M. C est séparé de son épouse et sans charge de famille, qu'il ne justifie pas être démuni d'attaches familiales à l'étranger où résident sa mère et sa sœur et que la circonstance que son autre sœur résiderait en France ne lui confère aucun droit au séjour au regard de la législation en vigueur et qu'il ne peut dès lors se voir délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1. Enfin, l'arrêté précise qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé à sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de la décision attaquée doit être écarté.

Sur la légalité interne :

5. En premier lieu, en présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". M. C, qui ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012, qui ne constituent que des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets sans les priver de leur pouvoir d'appréciation de chaque cas particulier, soutient qu'il réside en France de manière continue depuis plus de sept ans et qu'il est intégré professionnellement et socialement. Toutefois, il ne produit que deux titres de séjour valables en tout trois ans entre 2018 et 2021 et un contrat de bail prenant effet le 11 octobre 2021. Ces éléments ne sont pas de nature à établir la résidence habituelle de M. C en France depuis 2015. En outre, les pièces versées au dossier n'établissent pas davantage l'insertion professionnelle dont se prévaut le requérant qui n'a occupé que quelques emplois en intérim dans l'hôtellerie puis des emplois pendant des durées variables comme agent de sécurité à partir de 2020. Enfin, M. C est séparé de son épouse, n'a pas d'enfant à charge et n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu près de trente ans. Ni la circonstance que sa sœur vivrait en France n'est pas de nature, en l'absence de toute précision quant à l'intensité des relations qu'il entretient avec elle, ni les pièces versées au dossier relatives aux liens amicaux que M. C prétend avoir tissés en France ne suffisent par ailleurs à établir que la décision attaquée méconnaitrait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu Selon l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". L'article L. 423-23 dispose quant à lui que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

7. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 5 du présent jugement, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué porterait une atteinte disproportionnée au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale doit être écarté. Par ailleurs, et contrairement à ce qu'affirme M. C, le préfet de police n'a aucunement limité l'analyse qu'il a faite de sa situation personnelle à la seule durée de sa présence en France Le moyen tiré de l'erreur de droit doit par conséquent être également écarté.

8. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 5 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à la situation individuelle de M. C doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées. Ses conclurions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. MEYER, président rapporteur,

M. MATALON, premier conseiller,

Mme TICHOUX, première conseillère.

Lu en audience publique le 18 octobre 2022.

.

Le président rapporteur,

E. A

Le premier assesseur,

D. Matalon

Le greffier,

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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