mardi 29 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2213451 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | FRANCE TERRE D'ASILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 juin 2022, un mémoire enregistré le 22 juin 2022, des pièces enregistrées le 15 octobre 2022 et le 18 octobre 2022, et un mémoire enregistré le 19 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Souty, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au ministère de l'intérieur de produire la fiche issue de ADOC ;
3°) d'annuler la décision du 17 mai 2022 notifiée le 18 juin 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a pris à son encontre une interdiction administrative du territoire ;
4°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'organiser son retour sur le territoire français, dans le délai de 15 jours, à compter du jugement à intervenir, et notamment
et pour assurer l'exécution de cette mesure, de lui délivrer un document
destiné aux autorités tunisiennes et à la compagnie aérienne confirmant qu'il est autorisé à
se rendre en France ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement, à Me Souty, de la somme de 1 600 euros hors taxe (1920 euros TTC) au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle ;
à titre subsidiaire, mettre à la charge de l'État le versement au requérant de la somme
de 1 600 euros sur le fondement de l'article L 761-1du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision a été prise par une autorité incompétente,
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle,
- elle méconnaît l'article L. 321-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la note blanche est partiellement irrecevable ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la preuve de sa radicalisation ou de la menace grave pour l'ordre public et la sécurité intérieure n'est pas apportée.
Le ministre de l'intérieur a produit, le 20 octobre 2022, l'original de l'arrêté attaqué, dans les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 773-9 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 octobre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 27 octobre 2022, la clôture d'instruction a été reportée au
2 novembre 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Dubois, rapporteur public,
- les observations de Me Souty pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien, né le 14 août 1998, qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 25 octobre 2018, demande au tribunal d'annuler la décision du 17 mai 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a pris à son encontre une interdiction administrative de territoire.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Si M. B, qui est représenté par un avocat, demande à être admis provisoirement à l'aide juridictionnelle, il n'établit pas avoir préalablement déposé une demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ne peut qu'être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
3. L'affaire étant en état d'être jugée et le principe du contradictoire ayant été respecté par la communication des mémoires et pièces du dossier au cours de l'instruction, les conclusions tendant à ce que soit ordonnée la communication de la fiche issue de ADOC doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. Toutefois, les décisions fondées sur des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme sont prises dans des conditions qui préservent l'anonymat de leur signataire. Seule une ampliation de cette décision peut être notifiée à la personne concernée ou communiquée à des tiers, l'original signé, qui seul fait apparaître les nom, prénom et qualité du signataire, étant conservé par l'administration ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 773-9 du code de justice administrative : " Les exigences de la contradiction mentionnées à l'article L. 5 sont adaptées à celles de la protection de la sécurité des auteurs des décisions mentionnées au second alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Lorsque dans le cadre d'un recours contre l'une de ces décisions, le moyen tiré de la méconnaissance des formalités prescrites par le même article L. 212-1 ou de l'incompétence de l'auteur de l'acte est invoqué par le requérant ou si le juge entend relever d'office ce dernier moyen, l'original de la décision ainsi que la justification de la compétence du signataire sont communiqués par l'administration à la juridiction qui statue sans soumettre les éléments qui lui ont été communiqués au débat contradictoire ni indiquer l'identité du signataire dans sa décision ".
5. En l'espèce, le ministre a produit devant le tribunal, dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article L. 773-9 du code de justice administrative, une copie de l'original de la décision du 17 mai 2022 en litige, qui revêt l'ensemble des mentions requises par l'article L. 212-1 alinéa 1er du code des relations entre le public et l'administration, dont notamment l'identité et la signature de son auteur, ainsi que la délégation régulière donnée par le ministre de l'intérieur à ce signataire. Par suite, le moyen soulevé par M. B tiré de l'absence de signature de l'acte et de l'incompétence de l'auteur de la mesure en litige peut être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 321-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger peut, dès lors qu'il ne réside pas habituellement en France et ne se trouve pas sur le territoire national, faire l'objet d'une interdiction administrative du territoire lorsque sa présence en France constituerait une menace grave pour l'ordre public, la sécurité intérieure ou les relations internationales de la France ". Aux termes de l'article L. 321-2 du même code : " L'interdiction administrative du territoire fait l'objet d'une décision écrite rendue après une procédure non contradictoire. Elle est motivée, à moins que des considérations relevant de la sûreté de l'Etat ne s'y opposent. Si l'étranger est entré en France alors que la décision d'interdiction administrative du territoire prononcée antérieurement ne lui avait pas déjà été notifiée, il est procédé à cette notification sur le territoire national. "
7. En l'espèce, l'arrêté attaqué mentionne les circonstances de droit et de fait sur lesquels il se fonde, le ministre ayant pris en compte, pour prendre sa décision, la circonstance que M. B a fait l'objet d'un signalement en raison de sa radicalisation islamiste. L'arrêté en litige est donc suffisamment motivé. Le moyen doit être écarté.
8. En troisième lieu, si M. B fait valoir qu'il réside en France depuis mai 2021, après avoir résidé habituellement en Italie, dans des conditions non précisées, le requérant ne verse aux débats que des justificatifs permettant d'établir une présence récente et sporadique en France que depuis juin 2021 et non une résidence habituelle, au sens des dispositions précitées de l'article L. 321-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De même, il ne justifie pas se trouver en France au sens des mêmes dispositions à la date de la décision attaquée.
9. En quatrième lieu, pour prendre la mesure d'interdiction administrative de territoire, le ministre s'est fondé sur la menace à l'ordre public qu'est susceptible de constituer la radicalisation islamiste de M. B, ainsi que sur une note blanche des services de renseignement. Il ressort notamment des pièces que M. B a fréquenté, en 2019, lors de séjours en France, une mosquée salafiste située à Allonnes, où il participait à l'enseignement coranique des enfants. Cette mosquée a été fermée administrativement par un arrêté du
25 octobre 2021 du préfet de la Sarthe, eu égard à la circonstance qu'étaient diffusées, au sein de la dite mosquée, des idées et des théories provoquant à la violence, à la haine ou à la discrimination en lien avec le risque de commission d'actes de terrorisme, au sens de l'article L. 227-1 du code de la sécurité intérieure. L'intéressé était en relation étroite avec son cousin, connu pour évoluer au sein de la mouvance salafiste d'Allonnes. M. B a également logé, au cours d'un autre séjour en France, entre les mois de novembre et décembre 2020, dans le studio occupé par une femme défavorablement connue des services de police et dont le comportement avait été signalé pour propos apologétiques du terrorisme. Sur le compte " Facebook " de M. B a été également publiée une photographie dans une posture signifiant une allégeance à l'État islamique. Pour dénier ces éléments, précis et circonstanciés, constatés au fil du temps et de ses séjours en France, le requérant, se borne à réfuter, en bloc, les faits constatés et l'existence de ses relations, sans apporter aucun élément probant ou étayé au soutien de ses dénégations. Dans ces conditions, en considérant que la présence en France de
M. B constituerait une menace grave pour l'ordre public et la sécurité intérieure, le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur d'appréciation ou d'erreur de fait. Si M. B conteste, enfin, la recevabilité de la note blanche, au motif qu'elle ne serait pas assez étayée et que l'anonymisation des informations n'est pas nécessaire, il a été mis à même de discuter de sa portée dans le cadre du débat contradictoire. Le moyen ne peut ainsi qu'être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". M. B fait valoir au soutien de ses conclusions, qu'il réside en France de manière habituelle et y entretient une relation affective, depuis janvier 2021. Il fait également valoir que sa compagne, ressortissante française, est enceinte. Toutefois, outre que l'intéressé a précédemment fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire le 25 octobre 2018 ainsi que, comme cela a été ci-dessus mentionné, d'un signalement en raison de sa radicalisation islamiste, les liens affectifs dont se prévaut l'intéressé ont un caractère très récent, ayant débuté, selon les allégations mêmes du requérant et l'attestation de sa compagne, en janvier 2021. Le requérant ne produit, enfin, aucune autre pièce permettant de justifier d'une insertion professionnelle en France. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porte une atteinte à sa vie privée et familiale en France.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Hermann Jager, présidente,
Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère,
Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.
La rapporteure,
T. C
La présidente
V. HERMANN JAGER
Le greffier,
Y. FADEL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026