mercredi 28 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2213526 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 juin 2022, Mme B C, représentée par Me Hadj Said, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2022 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un certificat de résidence et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un certificat de résidence " vie privée et familiale " sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur le refus de délivrance d'un certificat de résidence :
-cette décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- elle méconnait l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;
- elle méconnait le titre III du Protocole d'accord franco-algérien et l'article 6-7 de l'accord franco-algérien ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'autorité préfectorale aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
-cette décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui est opposé ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnait l'article 26 de la Charte des droits fondamentaux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2022, le préfet de police représenté par Me Tomasi conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 août 2022.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République démocratique et populaire algérienne relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
-le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante algérienne née le 13 mars 1989 à Sobha a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 27 avril 2022, le préfet de police a refusé de lui délivrer un certificat de résidence et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur le refus de délivrance du certificat de résidence :
2. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de Mme C, et notamment sa situation médicale ou sa situation de dépendance sociale, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment à ce qui a été dit au point 2 du caractère suffisant de la motivation de la décision portant refus de titre de séjour que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation personnelle de Mme C.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. ". Pour refuser à la requérante la délivrance du certificat de résidence sollicité, le préfet de police, se fondant notamment sur l'avis des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Cette dernière fait valoir souffrir d'un syndrome polymalformatif complexe, d'un handicap physique et mental et dépendre de sa demi-sœur présente en France. Elle indique de plus que les médicaments nécessaires à l'amélioration de son état ne seraient pas accessibles en Algérie. Cependant, les certificats qu'elle produit émanant de médecins spécialisés en neurologie, s'ils s'accordent sur la nécessité d'une prise en charge n'attestent nullement qu'un défaut de soins aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort par ailleurs d'un certificat d'un médecin algérien que la requérante est reconnue comme ayant une invalidité permanente de 100% dans son pays d'origine, attestant ainsi d'une possible prise en charge. Par suite elle n'est pas fondée à soutenir que sa situation entrait dans les stipulations précitées.
5. En quatrième lieu, dès lors que, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est jamais tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire.
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C ait sollicité un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ou une autorisation provisoire de séjour sur le fondement du titre III du Protocole d'accord franco-algérien. Le préfet de police n'était ainsi pas tenu d'examiner sa demande sur ces fondements. Par suite, le moyen soulevé est inopérant et ne peut qu'être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance/ 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Mme C fait valoir être isolée dans son pays d'origine, être lourdement handicapée et dépendre de sa demi-sœur, chez qui elle serait hébergée. Toutefois, s'il est constant que Mme C présente une situation de handicap, il ressort des pièces du dossier qu'elle était hébergée dans la famille d'une tante en 2021, puis par le secours catholique depuis le 5 avril 2022 et non au domicile de sa sœur adoptive ainsi qu'elle le fait valoir. Mme C est célibataire et sans charge de famille en France, sa présence est récente et elle a vécu la majeure partie de sa vie en Algérie et n'établit par ailleurs ne pas y être dépourvue d'attaches familiales. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard tant à la durée qu'aux conditions de séjour en France de Mme C, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En sixième lieu, pour les mêmes raisons que celles rappelées au point 8, le préfet de police n'a pas davantage entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, dès lors que la décision portant refus de titre n'est pas illégale, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision par laquelle le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français serait, par voie d'exception d'illégalité, elle-même illégale.
10. En deuxième lieu, Mme C n'invoque aucun argument distinct de ceux énoncés à l'encontre de la décision portant refus de séjour propre à faire ressortir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il s'ensuit que ce moyen doit être écarté par les motifs qui ont été opposés au même moyen articulé contre la décision de refus de titre de séjour.
11. En troisième lieu, et pour les mêmes raisons que dites précédemment, la décision querellée n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article 26 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne : " l'Union reconnaît et respecte le droit des personnes handicapées à bénéficier de mesures visant à assurer leur autonomie, leur intégration sociale et professionnelle et leur participation à la vie de la communauté ". Cependant, il résulte des stipulations de son article 51, que la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse " aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union ". Il n'est ni établi ni même allégué que la décision attaquée refuserait d'adopter des dispositions ayant pour objet de mettre en œuvre le droit de l'Union européenne. Par suite, Mme C ne peut utilement invoquer ces stipulations.
13. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de Mme C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er :La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme C et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 14 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Vidal, présidente,
Mme A, première conseiller,
M. Baudat, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.
La rapporteure,
S. ALa présidente,
S. Vidal La greffière,
S.COULANT
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026