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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2213551

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2213551

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2213551
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantLOEHR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 22 juin 2022 et les 6 juillet, 5 août et 9 septembre 2022, M. B se disant A, représenté par Me Loehr, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit et l'arrêté du même jour par lequel le préfet de police a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de le mettre à ce titre en possession d'une autorisation provisoire de séjour et de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans les mêmes conditions de délais ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

- elles sont entachées d'insuffisance de motivation ;

- elles sont dépourvues d'un examen individuel de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu, principal général du droit de l'Union européenne, du droit de la défense et de l'article L.122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les articles L.612-2 et L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne présente pas de menace à l'ordre public ni de risque de fuite ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet de police s'étant estimé en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L.612-6 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le 12 septembre 2022, tenue en présence de Mme Ramphort, greffière d'audience :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Loehr qui fait valoir que le préfet de police n'a pas pris en compte sa situation actuelle, que sa demande d'asile a été rejetée il y a plus de trois ans et que sa situation actuelle constitue un motif de régularisation, dès lors qu'il travaille dans un secteur en tension. En outre, sa présence sur le territoire national ne trouble pas l'ordre public et la décision lui interdisant le retour en France pour une durée de 36 mois est disproportionnée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant de nationalité mauritanienne né le 31 décembre 1985 à Selibabi est entré en France en 2018 selon ses déclarations, afin d'y solliciter l'asile. Par une décision du 31 janvier 2019, notifiée le 8 mars 2019, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 28 juin 2019. Par deux arrêtés pris le 20 juin 2022, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-00263 du 18 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de police du même jour, le préfet de police de Paris a donné délégation à Mme E D, adjointe au chef de section des reconduites à la frontière, pour signer les obligations de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire et les décisions fixant le pays de destination et toutes les décisions relevant de ses attributions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué qu'il comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il contient. Pris au visa des dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il indique notamment les éléments de la situation personnelle et administrative du requérant, sa nationalité, sa situation au regard du droit au séjour. Il précise qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale du requérant et qu'il n'établit pas être exposé à des peines et traitements contraire à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de police n'était pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir. Enfin, la décision lui interdisant le retour en France comporte l'énoncé des considérants de droit et de fait et permet au requérant à sa seule lecture d'en connaitre les motifs. Par suite les décisions contenues dans l'arrêté sont suffisamment motivées et le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des décisions attaquées, que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

7. M. A dont la demande d'asile avait fait l'objet d'une décision de rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile le 19 juin 2022 ne pouvait ignorer qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement par les autorités compétentes. S'il soutient qu'il n'a pas pu faire connaître au préfet des éléments relatifs à sa situation personnelle et notamment sa situation au travail depuis novembre 2019 dans un métier en tension, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant a sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il a été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté attaqué alors qu'il est constant que lors de son audition par l'agent de police judiciaire faisant suite à son interpellation le 20 juin 2022 il lui a été demandé de décliner sa situation administrative au regard du séjour et s'il souhaitait formuler des observations. En outre, si M. A fait valoir que sa situation actuelle justifierait qu'il lui soit délivrer une carte de séjour travail, il n'a pas formulé de demande de titre de séjour en ce sens, alors qu'au demeurant il ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lesquelles ne prescrivent pas l'attribution d'un titre de plein-droit. Enfin, le législateur ayant entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, les dispositions de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérantes. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu et du principe du contradictoire doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ". Il ressort des pièces du dossier que la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusée à M. A et qu'il n'est pas titulaire d'un titre de séjour. Par suite il est au nombre des étrangers qui peuvent faire l'objet d'une décision les obligeant à quitter le territoire français.

9. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police ait fondé sa décision sur la circonstance qu'il représente une menace pour l'ordre public.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance/ Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. () "

11. M. A fait valoir qu'il ne représente pas de menace à l'ordre public, qu'il vit en France depuis 2018 et y exerce une activité professionnelle comme plongeur depuis le mois de novembre 2019 au sein de la société " Servi ", qui le soutient. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal du 20 juin 2022, que M. A a été interpelé pour ivresse manifeste sur la voie publique et a au cours de son interpellation agressée violemment des agents de la force publique, alors qu'il est défavorablement connu des services de police pour vente à la sauvette et qu'il se maintient illégalement sur le territoire national alors qu'il a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée. Il est par ailleurs célibataire, sans charge de famille sur le territoire français, sa présence en France est récente. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

12. En dernier lieu le requérant ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lequel ne prévoit pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait déposé une demande de titre de séjour sur ce fondement.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire serait privée de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire doit être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L.612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L.612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet ". Aux termes de l'article L.612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L.612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstances particulières, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut pas présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ".

15. Si M. A qu'il ne présente pas de risque de fuite dès lors qu'il est hébergé et qu'il exerce une activité professionnelle depuis le mois de novembre 2019, il est constant qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement le 26 mai 2021 qui lui a été notifiée, qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité et ne justifie pas d'une résidence effective et permanente, ayant déclaré lors de son audition demeurer à Saint-Ouen alors qu'il produit au dossier une attestation d'hébergement chez un particulier à Paris 19eme et des fiches de paie comportant une adresse dans le 20eme arrondissement. Au demeurant, s'il indique ne pas présenter de menace à l'ordre public l'intéressé a été signalé par les services de police pour des faits de vente de cigarettes à la sauvette et des faits de violences volontaires en état d'ivresse manifeste sur une personne dépositaire de l'autoritaire publique. Dans ces circonstances, le préfet de police a pu, sur ces motifs, regarder comme établi au regard du 3° de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du 5° et 8° de l'article L.612-3 du même code, le risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre et lui refuser un délai de départ volontaire. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des articles L.612-2 et L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Il ne ressort pas, en outre, des pièces du dossier que le préfet de police se serait estimé en situation de compétence liée.

16. En troisième lieu, les pièces du dossier ne sont pas de nature à établir que le préfet de police aurait, en refusant d'accorder un délai de départ volontaire à l'intéressé, commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi serait privée de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire doit être écarté.

18. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A serait exposé personnellement à des risques en cas de retour dans son pays d'origine, sa demande d'asile ayant été définitivement rejetée par la CNDA.

19. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, la décision litigieuse ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. En outre il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

20. En premier lieu, l'illégalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire n'étant pas établie, le moyen tiré de l'illégalité, par la voie de l'exception, de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

21. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

22. M. A soutient que le préfet de police a méconnu les dispositions précitées, a entaché sa décision de disproportion et a commis une erreur manifeste d'appréciation en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois, dès lors qu'il réside en France depuis la fin d'année 2018, qu'il exerce une activité professionnelle dans un métier en tension. Toutefois, la présence de M. A sur le territoire national est récente, il est célibataire et sans enfant en France où il s'est maintenu irrégulièrement depuis le rejet définitif de sa demande d'asile en 2019 alors qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et d'une interdiction de retour d'une durée de 12 mois le 26 mai 2021 qu'il n'a pas exécuté. En outre, il ne conteste pas les faits de violences volontaires en état d'ivresse manifeste sur une personne dépositaire de l'autoritaire publique qui lui sont reprochés, ni être connu défavorablement pour vente à la sauvette. Par suite, le préfet de police n'a pas méconnu les dispositions des articles L.612-6 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis d'erreur manifeste d'appréciation ou entaché sa décision de disproportion en prononçant l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

23. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.

La magistrate désignée,

S. C

La greffière,

A. RAMPHORT

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1-1

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