vendredi 15 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2213689 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | MARS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 juin 2022, et un mémoire, enregistré le 8 juillet 2022, la société étude vente équipements novateurs (la société Seven), représentée par Me Gallo, demande au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au Conservatoire national des arts et métiers (le Cnam) de lui communiquer les caractéristiques et les avantages de l'offre retenue ;
2°) d'annuler la procédure de passation du lot n° 2 " impression des supports de cours du Cnam Intec EPN 10 CCA et transport vers le prestataire de routage " du marché relatif aux " prestations de composition, mise en page, impression, stockage, routage et expédition de supports de cours du Cnam Intec EPN 10 CCA " ;
3°) d'annuler la décision de rejet de son offre notifiée le 14 juin 2022 ;
4°) d'enjoindre au Cnam, s'il entend maintenir la procédure de passation, de la reprendre au stade de l'analyse des offres ;
5°) de mettre à la charge du Cnam la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les éventuels dépens.
Elle soutient que :
- le Cnam ne lui a pas communiqué les caractéristiques et les avantages de l'offre retenue alors que la décision de rejet de son offre du 14 juin 2022 ne comporte pas ces informations en méconnaissance de l'article R. 2181-4 du code de la commande publique et que des motifs différents lui ont été communiqués dans le cadre de la procédure annulée ;
- il appartient au pouvoir adjudicateur de produire les extraits pertinents du rapport d'analyse des offres, du mémoire technique de l'attributaire, lequel est au demeurant également partie à l'instance, et de préciser les délais d'exécution proposés par ce dernier, ces informations n'étant pas couvertes par le secret des affaires ;
- le pouvoir adjudicateur a dénaturé son offre au regard du critère technique n° 1 relatif aux délais ; compte tenu de l'écart de notes sur ce critère et de l'écart de notes global, ce manquement est susceptible de l'avoir lésée et justifie l'annulation de la procédure de passation du lot n° 2 ;
- en application des articles 5.2 et 5.3 du CCTP et du règlement de la consultation, le critère n° 1 devait être apprécié au regard de la cohérence des délais avec le calendrier de publications et des garanties présentées pour le respect de ces délais, autrement dit de la capacité du titulaire à maîtriser les délais, et non au regard de la durée d'impression proposée comme cela a été irrégulièrement fait ;
- la capacité des candidats à assurer des délais courts constitue une condition de mise en œuvre du critère qui aurait dû être portée à la connaissance des candidats ;
- les développements généraux du Cnam relatifs aux garanties apportées par l'attributaire pour le respect des délais sont présentés pour les besoins de l'instance mais ne figuraient pas dans le rapport d'analyse des offres, l'attributaire ayant en réalité produit un seul tableau relatif à la cohérence des délais ;
- le pouvoir adjudicateur aurait dû informer les candidats de la pondération des sous sous-critères du critère n°1, relatifs aux délais d'impression, aux garanties du respect des délais d'impression, au délai de transport et à la garantie du respect des délais de transport ;
- la méthode de notation retenue prive le critère n°1 de sa portée ;
- le Cnam a également dénaturé son offre au regard du critère n° 2.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er juillet 2022 et 7 juillet 2022, le Cnam, représenté par Me Siffre (SELARL MARS Avocats), conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Seven au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les informations visées aux articles R. 2181-3 et R. 2181-4 du code de la commande publique ont été communiquées à la société Seven à l'occasion du rejet de son offre et dans le cadre de l'instance de référé ;
- le moyen tiré de la dénaturation de l'offre de la société Seven n'est pas fondé ;
- en tout état de cause, la société Seven ne justifie pas avoir été lésée par les manquements qu'elle invoque.
Par une lettre du 4 juillet 2022, le tribunal a demandé à la société Seven et au Cnam de produire le cahier des clauses techniques particulières du marché.
La requête a été communiquée à la société Dupliprint Mayenne, attributaire du marché public en litige, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 8 juillet 2022, tenue en présence de M. Fadel, greffier, Mme A a donné lecture de son rapport et entendu :
- les observations de Me Gallo, avocat de la société Seven, qui persiste dans ses écritures et insiste, en particulier, d'une part, sur l'irrégularité du critère relatif à la durée des délais d'impression et de transport, d'autre part, sur l'imprécision du délai moyen unique de deux semaines et un jour proposé par l'attributaire, enfin, sur la dénaturation de son offre compte tenu du délai d'exécution inférieur à celui de l'attributaire qu'elle a, en tout état de cause, proposé et de la surévaluation de l'offre de l'attributaire, s'agissant en particulier des critères relatifs aux garanties présentées pour le respect des délais. S'agissant de la contestation de la méthode de notation, elle précise que, compte tenu des meilleures garanties qu'elle a proposées pour le respect des délais, elle aurait dû se voir attribuer une note supérieure à celle de l'attributaire de sorte que la meilleure note n'a pas été attribuée à la meilleure offre ;
- et les observations de Me Siffre, avocat du Cnam, qui persiste dans ses écritures et insiste notamment, d'une part, sur la communication des informations requises dans la décision de rejet de l'offre et au cours de la procédure de référé, d'autre part, sur l'absence d'obligation pour le pouvoir adjudicateur de communiquer le mémoire technique de l'attributaire, en outre, sur la protection, au titre du secret des affaires, des éléments relatifs aux garanties présentées pour le respect des délais d'exécution, enfin, sur l'absence de dénaturation de l'offre de la société Seven compte tenu du manque de clarté dans la présentation des délais d'impression et de transport et des moyens humains en l'absence de production des CV. Il précise, par ailleurs, que le critère des " délais d'exécution " permettait de tenir compte également de la durée d'exécution proposée par les candidats pour l'impression et le transport et que l'attributaire n'a pas présenté un délai " moyen " mais des délais de deux semaines pour les prestations d'impression et un jour pour les prestations de transport.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré, présentée pour la société Seven, a été enregistrée le 11 juillet 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. () Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ". Aux termes de l'article L. 551-2 du même code : " Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations. () ".
2. Par un avis d'appel public à la concurrence publié le 25 février 2022, le Cnam a lancé une procédure d'appel d'offres ouvert pour la conclusion d'un accord-cadre relatif aux " prestations de composition, mise en page, impression, stockage, routage et expédition de supports de cours du Cnam Intec (Institut national des techniques économiques et comptables) EPN 10 CCA ", dont le lot n° 1 porte sur les prestations de composition et de mise en page des supports de cours, le lot n° 2 sur les prestations d'impression des supports de cours et de transport vers le prestataire de routage et le lot n° 3 sur les prestations de stockage, de routage et d'expédition des supports de cours aux destinataires. La société Seven, qui était la précédente attributaire du marché portant sur les prestations d'impression et de routage des supports de cours de l'Intec, a présenté des offres pour les lots n° 2 et n° 3. Après avoir été informée du rejet de ses offres, classées en deuxième position pour les deux lots, et de l'attribution des marchés publics en cause respectivement à la société Dupliprint Mayenne et à la société GIS Corlet Logistic, la société Seven a saisi le juge du référé précontractuel d'une demande d'annulation de la procédure de passation de ces deux lots. Par une ordonnance n° 2209934/3-5 du 31 mai 2022, le juge des référés a, d'une part, annulé la procédure de passation du lot n° 2 au stade de l'examen des offres, d'autre part, rejeté le surplus des demandes de la société Seven concernant les deux lots contestés.
3. Après avoir repris la procédure au stade de l'examen des offres soumises pour le lot n° 2, le Cnam a informé la société Seven, par une lettre du 14 juin 2022, d'une part, du rejet de son offre, classée de nouveau en 2ème rang, d'autre part, de l'attribution du marché, de nouveau également, à la société Dupliprint Mayenne. Par la présente requête, la société Seven demande l'annulation de la procédure de passation du lot n° 2 du marché public en cause, au stade de l'analyse des offres, ainsi que l'annulation de la décision de rejet de son offre et à ce qu'il soit enjoint au pouvoir adjudicateur de relancer la procédure de passation du marché à ce même stade.
Sur le manquement aux obligations de communication des motifs détaillés du rejet de l'offre de la société requérante et des caractéristiques et avantages relatifs de l'offre retenue :
4. Aux termes de l'article R. 2181-1 du code de la commande publique : " L'acheteur notifie sans délai à chaque candidat ou soumissionnaire concerné sa décision de rejeter sa candidature ou son offre ". Aux termes de l'article R. 2181-3 du même code : " La notification prévue à l'article R. 2181-1 mentionne les motifs du rejet de la candidature ou de l'offre. Lorsque la notification de rejet intervient après l'attribution du marché, l'acheteur communique en outre : 1° Le nom de l'attributaire ainsi que les motifs qui ont conduit au choix de son offre ; 2° La date à compter de laquelle il est susceptible de signer le marché dans le respect des dispositions de l'article R. 2182-1 ". Aux termes de l'article R. 2181-4 de ce même code : " A la demande de tout soumissionnaire ayant fait une offre qui n'a pas été rejetée au motif qu'elle était irrégulière, inacceptable ou inappropriée, l'acheteur communique dans les meilleurs délais et au plus tard quinze jours à compter de la réception de cette demande : () Lorsque le marché a été attribué, les caractéristiques et les avantages de l'offre retenue ".
5. L'information sur les motifs du rejet de son offre dont est destinataire l'entreprise en application des dispositions précitées a, notamment, pour objet de permettre à la société non retenue de contester utilement le rejet qui lui est opposé devant le juge du référé précontractuel saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative. Par suite, l'absence de respect de ces dispositions constitue un manquement aux obligations de transparence et de mise en concurrence. Cependant, un tel manquement n'est plus constitué si l'ensemble des informations mentionnées aux articles précités a été communiqué au candidat évincé à la date à laquelle le juge des référés statue sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, et si le délai qui s'est écoulé entre cette communication et la date à laquelle le juge des référés statue a été suffisant pour permettre à ce candidat de contester utilement son éviction.
6. Il résulte de l'instruction que, par une lettre du 14 juin 2022, le Cnam a informé la société Seven du rejet de son offre en lui indiquant le nom de l'attributaire, les notes qu'elle a obtenues pour chacun des critères et des sous-critères de notation, les notes obtenues par la société attributaire ainsi que le rang de classement des deux sociétés. Cette lettre précise en outre les carences de la proposition technique de la société Seven, s'agissant des deux critères techniques, et les avantages comparatifs de la proposition retenue. Dans ses mémoires en défense, le Cnam a également précisé le prix de l'offre de la société attributaire ainsi que le calendrier des délais d'impression et de transport qu'elle a proposé au soutien de son offre. Le Cnam a également apporté, dans ses écritures, des précisions sur les reproches formulés à l'encontre de l'offre de la société Seven et sur les caractéristiques de l'offre retenue. Par ailleurs, les motifs de rejet de l'offre de la société Seven figurant dans la lettre du 14 juin 2022 complètent et précisent ceux que le Cnam lui avait communiqués dans la lettre du 19 avril 2022 l'informant du rejet de son offre dans le cadre de la procédure annulée, ce qui ne constitue pas une violation des dispositions citées au point 4 de la présente ordonnance. Dans ces conditions, la société Seven n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas été suffisamment informée des motifs du rejet de son offre et des caractéristiques et avantages de l'offre retenue.
Sur les critères de sélection des offres :
7. Aux termes de l'article L. 2152-7 du code de la commande publique : " Le marché est attribué au soumissionnaire ou, le cas échéant, aux soumissionnaires qui ont présenté l'offre économiquement la plus avantageuse sur la base d'un ou plusieurs critères objectifs, précis et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution. () ". Aux termes de l'article L. 2152-8 de ce code : " Les critères d'attribution n'ont pas pour effet de conférer une liberté de choix illimitée à l'acheteur et garantissent la possibilité d'une véritable concurrence. Ils sont rendus publics dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 2152-7 du même code : " Pour attribuer le marché au soumissionnaire ou, le cas échéant, aux soumissionnaires qui ont présenté l'offre économiquement la plus avantageuse, l'acheteur se fonde : () 2° Soit sur une pluralité de critères non-discriminatoires et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution, parmi lesquels figure le critère du prix ou du coût et un ou plusieurs autres critères comprenant des aspects qualitatifs, environnementaux ou sociaux. Il peut s'agir des critères suivants : a) La qualité, y compris la valeur technique et les caractéristiques esthétiques ou fonctionnelles () ; b) Les délais d'exécution () ; c) L'organisation, les qualifications et l'expérience du personnel assigné à l'exécution du marché lorsque la qualité du personnel assigné peut avoir une influence significative sur le niveau d'exécution du marché. D'autres critères peuvent être pris en compte s'ils sont justifiés par l'objet du marché ou ses conditions d'exécution. () ". En vertu des articles R. 2152-11 et R. 2152-12 de ce même code, les critères d'attribution ainsi que les modalités de leur mise en œuvre sont indiqués dans les documents de la consultation et font l'objet d'une pondération ou, lorsque la pondération n'est pas possible pour des raisons objectives, sont indiqués par ordre décroissant d'importance.
8. Pour assurer le respect des principes de liberté d'accès à la commande publique, d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, l'information appropriée des candidats sur les critères d'attribution d'un marché public est nécessaire, dès l'engagement de la procédure d'attribution du marché, dans l'avis d'appel public à concurrence ou le cahier des charges tenu à la disposition des candidats. Dans le cas où le pouvoir adjudicateur souhaite retenir d'autres critères que celui du prix, il doit porter à la connaissance des candidats la pondération ou la hiérarchisation de ces critères. Il doit également porter à la connaissance des candidats la pondération ou la hiérarchisation des sous-critères dès lors que, eu égard à leur nature et à l'importance de cette pondération ou hiérarchisation, ils sont susceptibles d'exercer une influence sur la présentation des offres par les candidats ainsi que sur leur sélection et doivent, en conséquence, être eux-mêmes regardés comme des critères de sélection. Il n'est, en revanche, pas tenu d'informer les candidats de la méthode de notation des offres.
9. En l'espèce, il résulte de l'article 7.2 du règlement de la consultation du marché que les offres présentées pour le lot n° 2 ont été évaluées à partir de trois critères Le critère n°1 porte sur les " délais d'impression et de transport en cohérence avec le calendrier des publications de l'Intec ". Ce critère n° 1 est pondéré à 40 % et décomposé en deux sous-critères, affectés chacun de 50 points. Le sous-critère n° 1 est relatif aux " délais d'impression proposés et garanties de leur respect " tandis que le sous-critère n° 2 est relatif aux " délais de transport proposés et garanties de leur respect ". Le critère n° 2 porte sur la " qualité des moyens (humains ou équipe dédiée, technique d'impression/façonnage et outil(s) pour assurer la qualité de l'impression et du façonnage) ". Ce critère n° 2 est pondéré à 30 % et constitué de deux sous-critères, affectés chacun de 50 points. Le sous-critère n° 1 porte sur la " composition appropriée de l'équipe technico-commerciale et profils (CV) de l'équipe dédiée " et le sous-critère n° 2 porte sur les " échantillons permettant de vérifier la qualité d'impression ". Enfin, le critère n° 3 porte sur le prix des prestations, pondéré à 30 %.
S'agissant des moyens tirés de l'absence d'information des candidats sur la pondération des conditions de mise en œuvre du critère n° 1 :
10. En premier lieu, la société Seven soutient que le critère n° 1, relatif aux délais d'impression et de transport en cohérence avec le calendrier des publications de l'Intec, est en réalité constitué de quatre sous-critères distincts dont la pondération aurait dû être portée à la connaissance des candidats, en l'occurrence, premièrement, les délais d'impression deuxièmement, les garanties du respect des délais d'impression, troisièmement, les délais de transport et, quatrièmement, les garanties du respect des délais de transport. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que les garanties données par les candidats pour le respect des deux types de délais évalués au titre des sous-critères n°s 1 et 2 auraient été appréciées de façon autonome par rapport à ces délais. Surtout, il ne résulte pas de l'instruction que les garanties afférentes aux délais et les délais eux-mêmes auraient fait l'objet d'une pondération distincte, susceptible d'exercer une influence sur la présentation des offres ou leur sélection, au sens des règles rappelées au point 8 de la présente ordonnance. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le Cnam a commis un manquement à ses obligations de publicité et de mise en concurrence en ne portant pas à la connaissance des candidats le poids respectif des délais et des garanties de leur respect.
11. En second lieu, la société Seven soutient que le Cnam a irrégulièrement valorisé la capacité des candidats à proposer des délais les plus courts possibles alors que cette condition de mise en œuvre du critère technique n'était pas prévue par les documents de la consultation et n'a pas été portée à la connaissance des candidats. Toutefois, d'une part, il résulte du CCTP que les contraintes, en termes de délais de livraison, sont inhérentes au marché en cause. A cet égard, en vertu des articles 5.1, 5.2 et 5.3 du CCTP, le titulaire du lot n° 2 du marché s'engage à assurer, aux dates prévues au calendrier transmis pour le transport, huit vagues d'impression et de transport, vers le titulaire du lot n° 3 du marché, des supports de cours. Un calendrier d'impression pour les huit supports de cours concernés figure ainsi au point 5.1 du CCTP, avec les dates de dépôt des fichiers pour impression. L'article 5.3 du CCTP indique que les livraisons des documents imprimés doivent être assurées, au plus tard deux semaines avant la date prévue pour le routage, par le titulaire du lot n° 3. En vertu de cet article, le titulaire doit préciser dans son offre ses délais de transport des cours imprimés pour chacune des vagues de routage, et ce à partir d'un exemple de calendrier de routage annuel fourni aux candidats au point 6.5 du CCTP. Ainsi, l'appréciation du critère technique relatif à des " délais d'impression et de transport en cohérence avec le calendrier des publications de l'Intec " implique de tenir compte de la durée des délais d'exécution proposés, celle-ci devant nécessairement être conforme aux calendriers d'envoi et de routage des documents. D'autre part, il résulte de l'instruction que le Cnam s'est borné à indiquer que l'attributaire avait proposé des délais d'impression et de transports " très satisfaisants ", sans au demeurant remettre en cause la durée des délais proposés par la société Seven. Il ne résulte en revanche pas de l'instruction que le Cnam aurait, ce faisant, évalué spécifiquement la capacité des candidats à proposer les délais les plus courts possibles, comme il l'avait fait dans le cadre d'un précédent marché. De même, il ne résulte, en tout état de cause, pas de l'instruction que le Cnam aurait accordé un poids particulier à la présentation des délais les plus courts. Par suite, contrairement à ce que la société Seven soutient, la durée des délais d'impression et de transport n'a constitué qu'un élément d'appréciation des offres, et non un critère de sélection qui aurait dû être communiqué préalablement aux candidats.
Sur la méthode de notation :
12. Le pouvoir adjudicateur définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Il peut ainsi déterminer tant les éléments d'appréciation pris en compte pour l'élaboration de la note des critères que les modalités de détermination de cette note par combinaison de ces éléments d'appréciation. Une méthode de notation est toutefois entachée d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, les éléments d'appréciation pris en compte pour noter les critères de sélection des offres sont dépourvus de tout lien avec les critères dont ils permettent l'évaluation ou si les modalités de détermination de la note des critères de sélection par combinaison de ces éléments sont, par elles-mêmes, de nature à priver de leur portée ces critères ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie. Il en va ainsi alors même que le pouvoir adjudicateur, qui n'y est pas tenu, aurait rendu publique, dans l'avis d'appel à concurrence ou les documents de la consultation, une telle méthode de notation.
13. En contestant l'appréciation portée par le Cnam sur les mérites de son offre, au regard des délais proposés et des garanties du respect de ces délais, comparés aux mérites de l'offre de la société attributaire, et en recomposant, à partir de cette analyse, la notation des sous-critères n° 1 du critère n° 1, la société Seven n'établit pas que la méthode de notation aurait pour effet de neutraliser le critère de la valeur technique et serait, en elle-même, entachée d'irrégularité. Le moyen tiré de l'irrégularité de la méthode de notation ne peut donc qu'être écarté.
Sur la dénaturation de l'offre de la société Seven :
14. Il n'appartient pas au juge du référé précontractuel, qui doit seulement se prononcer sur le respect, par le pouvoir adjudicateur, des obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation d'un contrat, de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le pouvoir adjudicateur n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en en méconnaissant ou en altérant manifestement les termes et procédé ainsi à la sélection de l'attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement des candidats.
S'agissant du critère n° 1 relatif aux délais d'impression et de transport en cohérence avec le calendrier de publications de l'Intec :
15. Au titre du critère n° 1, la société Seven a obtenu la note, pondérée à 40 %, de 60/100, dont 30/50 points pour chacun des deux sous-critères, tandis que la société attributaire a obtenu la note maximale de 100/100. Il résulte de l'instruction que les deux offres en cause ont été jugées satisfaisantes s'agissant des garanties apportées par les candidats pour respecter les délais d'impression et de transport. En revanche, il a été reproché à la société Seven un manque de clarté dans la présentation des délais proposés et de ne pas avoir explicité les délais d'impression et de transport pour chacune des huit vagues d'impression, à la différence de sa concurrente.
16. D'une part, si la société a explicité, au cours de l'instance de référé, les délais d'impression et de transport qu'elle a proposés, comme étant respectivement de onze jours pour l'impression et de deux jours pour la livraison, le Cnam n'a néanmoins pas dénaturé son offre en relevant que ces délais ne se déduisaient pas clairement de son mémoire technique, quand bien même la société aurait eu recours à une présentation similaire dans le cadre d'une précédente procédure de passation. De même, le Cnam n'a pas dénaturé l'offre de la société Seven en relevant qu'elle s'est bornée à présenter un exemple de mise en œuvre des délais pour une seule vague d'impression et non pour les huit vagues mentionnées dans le CCTP.
17. D'autre part, le Cnam invoque le secret des affaires s'agissant de la communication des extraits du mémoire technique de la société attributaire relatifs aux garanties que cette société a présentées pour assurer le délai d'impression de deux semaines et le délai de livraison d'un jour qu'elle a proposés, pour chacune des huit vagues d'impression. Le Cnam expose néanmoins que l'attributaire, tout comme la société Seven, a présenté des garanties variées et concrètes dont, notamment, un fonctionnement 24h/24h en semaine, une équipe de production le weekend, une absence de fermeture pendant la période estivale, une modulation des horaires et la polyvalence du personnel pour gérer les pics de charge, et des transports assurés quotidiennement et de façon sécurisée avec un camion à hayon et au moyen de transpalette. Contrairement à ce que la société Seven soutient, la seule circonstance que le Cnam, qui était nullement tenu de communiquer des extraits du rapport d'analyse des offres, a choisi de ne pas divulguer le détail des mesures prises par la société attributaire pour respecter les délais d'impression et de transport figurant dans l'extrait du mémoire technique produit ne suffit pas- à supposer même que ces informations ne soient pas protégées par le secret des affaires-, à établir que les différentes mesures évoquées n'auraient en réalité pas été précisées par l'attributaire lui-même dans son mémoire technique. A cet égard, aucune pièce versée au dossier ne permet de corroborer les allégations de la société Seven selon lesquelles le mémoire technique de l'attributaire ne comportait pas de telles garanties, qui auraient ainsi été développées par le Cnam, pour les seuls besoins de l'instance. En outre, si la société requérante se prévaut de la qualité de son offre, s'agissant des garanties relatives au respect des délais, il résulte de l'instruction que la qualité de son offre à ce titre a bien été reconnue par le Cnam, à l'instar de celle de l'attributaire.
18. Enfin, la société Seven fait valoir qu'elle aurait dû obtenir une meilleure note que la société attributaire au critère technique n° 1 compte tenu du délai global inférieur de son offre et des meilleures garanties qu'elle propose pour respecter ce délai. Elle conteste ainsi le nombre de points qui lui a été retiré pour la notation des deux sous-critères du critère technique. Toutefois, dès lors qu'aucune dénaturation de l'offre de la société Seven n'est établie, il n'appartient, en tout état de cause, pas au juge du référé précontractuel de substituer sa propre appréciation des mérites des offres à celle du pouvoir adjudicateur.
S'agissant du critère n° 2 relatif à la qualité des moyens :
19. Il résulte de l'instruction qu'au titre du critère n° 2, la société Seven s'est vue attribuer la note, pondérée à 30 %, de 80/100, dont 30/50 points pour le sous-critère n° 1 relatif à la composition appropriée de l'équipe technico-commerciale et aux profils de l'équipe dédiée (CV) et 50/50 points pour le sous-critère n° 2 relatif aux échantillons permettant de vérifier la qualité d'impression. La société attributaire a quant à elle obtenu la note maximale de 100/100 pour ce critère. Il résulte de l'instruction qu'il a été reproché à la société Seven d'avoir décrit les profils des interlocuteurs technique et commercial dédiés au marché de façon " laconique " et de ne pas avoir joint les CV des intéressés, contrairement à ce qui était demandé dans le règlement de la consultation.
20. D'une part, il est constant que la société Seven n'a pas produit les CV des membres de l'équipe dédiée alors que l'article 7.2 du règlement de la consultation indique que les profils seront appréciés au vu de ces documents. Par ailleurs, et en tout état de cause, la société Seven ne justifie pas non plus avoir apporté dans son offre des précisions sur chaque membre de l'équipe dédiée au marché équivalentes à celles qui ont vocation à figurer dans les CV des intéressés. Par suite, le Cnam n'a pas dénaturé l'offre de la société Seven à ce titre, quand bien même cette dernière avait obtenu la note maximale sur le critère des moyens humains dans le cadre d'une précédente procédure engagée par le Cnam.
21. D'autre part, si la société Seven fait valoir que ce manque de précision sur le profil des membres de l'équipe dédiée ne justifiait pas que 20 points sur 50 lui soient retirés pour la notation du sous-critère n° 1 du critère n° 2, ainsi qu'il a été dit précédemment, il n'appartient pas au juge du référé précontractuel de substituer sa propre appréciation des mérites des offres à celle du pouvoir adjudicateur. Au surplus, il résulte de l'instruction que l'attribution à la société Seven de la même note que celle obtenue par la société attributaire pour le sous-critère n° 1 du critère n° 2 (50/50) ne lui aurait, en tout état de cause, pas permis d'obtenir la première place du classement final. Ainsi, cette dénaturation, à la supposer même établie, n'est pas susceptible d'avoir lésé la société requérante dans l'appréciation de son offre.
22. Il résulte de tout ce qui précède que la société Seven n'est pas fondée à demander l'annulation de la procédure de passation du lot n° 2 " " impression des supports de cours du Cnam Intec EPN 10 CCA et transport vers le prestataire de routage " et de la décision de rejet de son offre du 14 juin 2022. Ses conclusions aux fins d'injonction doivent également, par voie de conséquence, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du Cnam, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Seven demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Seven une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le Cnam et non compris dans les dépens.
Sur les dépens :
24. La présente instance n'ayant pas occasionné de dépens, les conclusions présentées à ce titre par la société Seven ne peuvent qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Seven est rejetée.
Article 2 : La société Seven versera au Cnam la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société étude vente équipements novateurs (la société Seven), au Conservatoire national des arts et métiers (le Cnam) et à la société Dupliprint Mayenne.
Fait à Paris, le 15 juillet 2022.
La juge des référés,
E. A
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026