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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2213729

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2213729

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2213729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juin 2022, M. E D, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est éloigné et l'a placé en rétention administrative, ainsi que la décision par laquelle le préfet a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il ne présente aucun risque de soustraction à la mesure d'éloignement au sens de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention précitée ;

- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays à destination duquel il sera éloigné est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention précitée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la même convention ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision prononçant son placement en rétention est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention précitée ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée et méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention précitée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- les observations de Me Thominette, avocat commis d'office, représentant M. D, assisté de M. A, interprète,

- et les observations de Me Floret représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête au motif que ses moyens ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien, né le 21 décembre 1985, demande l'annulation de l'arrêté en date du 24 juin 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est éloigné et l'a placé en rétention administrative, ainsi que de la décision par laquelle le préfet a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

Sur l'incompétence du signataire des décisions attaquées :

2. Par un arrêté n° °2021-00991du 27 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2021-505 du même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme C B, attachée d'administration de l'Etat, pour signer les décisions attaquées dans le cadre de la présente instance. Ainsi, le moyen tiré de ce que ces décisions ont été prises par une autorité incompétente doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : /1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

4. En premier lieu, la décision attaquée vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment le 1° de l'article L. 611-1 dont il fait application. Elle mentionne, notamment, que M. D ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français. Ainsi, la décision faisant obligation au requérant de quitter le territoire français, qui comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, satisfait l'exigence de motivation de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police, qui a pris sa décision après que M. D a été entendu sur sa situation administrative, n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de l'intéressé avant de lui faire obligation de quitter le territoire français.

6. En troisième lieu, dès lors qu'il est constant que M. D ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français, sa situation relève du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la décision litigieuse n'est pas entachée d'une erreur de droit.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. D, qui déclare être entré sur le territoire français très récemment au mois de décembre 2021, est célibataire et sans enfant. L'intéressé n'établit, ni même n'allègue une intégration particulière dans la société française. Par ailleurs, il ne conteste pas sérieusement les faits de violences volontaires ayant conduit à une interruption temporaire de travail supérieure à huit jours retenues contre lui et qui sont constitutifs d'une menace à l'ordre public. Par suite, la décision contestée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait fait une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur la situation de M. D.

Sur le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, selon l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il () ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

11. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment le 1° de l'article L. 611-1 dont il fait application. Cet arrêté mentionne que le comportement M. D constitue une menace à l'ordre public, qu'il ne justifie pas d'une entrée régulière en France, qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Ainsi, la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire, qui comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, satisfait l'exigence de motivation de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police, qui a pris sa décision après que M. D a été entendu sur sa situation administrative, n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de l'intéressé avant de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

13. En troisième lieu, d'une part, eu égard aux faits retenus contre M. D et qui sont constitutifs d'une menace à l'ordre public et d'autre part, dès lors que l'intéressé, qui est entré irrégulièrement en France, ne verse aux débats aucun élément de nature à remettre en cause l'absence de garantie de représentation relevée par l'administration, le préfet de police n'a pas fait une inexacte application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 10 en refusant d'accorder au requérant un délai de départ volontaire

14. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni même n'est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. D.

Sur la fixation du pays de destination :

15. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 3. Il mentionne la nationalité de M. D et indique que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, la décision fixant le pays de destination, qui comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

16. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police, qui a pris sa décision après que M. D a été entendu sur sa situation administrative, n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de l'intéressé avant de fixer le pays à destination duquel M. D est éloigné.

17. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

19. M. D n'apporte à l'instance aucun éléments permettant d'établir qu'il encourt personnellement des risques en cas de retour en Algérie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

20. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait fait une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur la situation de M. D.

Sur le placement en rétention :

21. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque donc en fait.

22. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police, qui a pris sa décision après que M. D a été entendu sur sa situation administrative, n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de l'intéressé avant de le placer en rétention.

23. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

24. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait fait une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur la situation de M. D.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

25. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

26. En premier lieu et d'une part, la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire à l'encontre de M. D vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 612-3 dont il fait application. Cet arrêté, énonce que l'intéressé a déclaré être présent en France depuis le mois de décembre 2021, qu'il est célibataire et sans enfant en France et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Ainsi, la décision faisant interdiction à M. D de retourner sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois satisfait l'exigence de motivation de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

27. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions portées sur l'arrêté attaqué, que le préfet de police a, pour fixer à trente-six mois la durée d'interdiction de retour sur le territoire français de M. D, pris en compte l'ensemble des critères énumérés par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'a ainsi pas commis d'erreur de droit.

28. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police, qui a pris sa décision après que M. D a été entendu sur sa situation administrative, n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de l'intéressé avant de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois.

29. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

30. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait fait une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur la situation de M. D.

32.Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet de police.

Jugement rendu en audience publique le 12 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

A. F Le greffier,

A. Heeralall

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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