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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2213741

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2213741

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2213741
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantDUPUY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 16 juin 2022, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Paris la requête de M. A C, enregistrée le 15 juin 2022.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés au tribunal administratif de Paris, le 23 juin 2022 et le 17 novembre suivant, M. A C, représenté en dernier lieu par Me Dupuy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 10 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, garantie notamment par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet ne pouvait légalement édicter une mesure d'éloignement, dès lors qu'il remplit les conditions posées par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît, en outre, les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur de droit ;

- cette décision est, en outre, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions dans cette affaire.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant bangladais, né le 5 mai 1979, déclare être entré en France le 29 octobre 2009 et s'y maintenir depuis lors. Par un arrêté du 13 juin 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ". Il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de la décision attaquée, que celle-ci comporte les considérations de droit et de fait, qui en constituent le fondement, notamment la circonstance que la demande de renouvellement de titre de séjour déposée par le requérant a été rejetée par un arrêté du 4 février 2021 du préfet du Nord et qu'il se maintient depuis lors en situation irrégulière. En outre le préfet n'est jamais tenu d'indiquer l'ensemble des éléments se rapportant à la situation personnelle du requérant mais seulement ceux qui fondent sa décision. Enfin, la motivation de l'arrêté attaqué établit que le préfet des Hauts-de-Seine a bien procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen manquent en fait et doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, la circonstance que le préfet des Hauts-de-Seine n'ait pas indiqué dans les motifs de la décision attaquée que le requérant occupait un emploi polyvalent au sein d'un restaurant n'établit pas que le préfet se serait fondé sur des faits matériellement inexacts. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". D'une part, le requérant n'établit pas la réalité de ses allégations s'agissant de sa présence habituelle en France par les pièces produites dans le cadre de la présente instance, notamment un certificat médical datant de 2015, une ordonnance datant de 2021, des fiches de paie datées de 2022, une carte mobilité inclusion valable de 2019 à 2024 et un contrat de travail à durée indéterminée conclu le 18 août 2021. D'autre part, il n'est pas établi non plus que le requérant aurait noué en France des liens personnels et familiaux, ni qu'il jouirait d'une insertion sociale et professionnelle notable. Dans ces circonstances, le moyen tiré d'une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () : 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". En se bornant à produire un certificat médical établi le 24 août 2015 par un médecin indiquant que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il n'existe pas de traitement approprié dans son pays d'origine, le requérant n'établit pas que le préfet aurait méconnu ces dispositions, ni qu'il pourrait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". En se bornant à invoquer la double circonstance que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale et qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement dans son pays d'origine, au demeurant non établie, le requérant ne démontre pas que le préfet aurait méconnu ces stipulations. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de la décision attaquée, que celle-ci comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait, qui en constituent le fondement, notamment la circonstance que le requérant s'est soustrait à l'exécution d'une mesure d'éloignement édictée le 4 février 2021. La motivation de l'arrêté attaqué établit que le préfet des Hauts-de-Seine a bien procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen manquent en fait et doivent être écartés.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Pour contester la légalité de cette décision, le requérant fait valoir, sans le démontrer, qu'il craint des persécutions dans son pays d'origine et que son état de santé nécessite une prise en charge médicale. Ainsi, ces éléments ne sont pas suffisants à caractériser des circonstances humanitaires au sens de ces dispositions. Il ne saurait, en tout état de cause, utilement soutenir qu'il n'aurait pas été destinataire de l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre par le préfet du Nord, dont le bordereau postal mentionnant un " pli avisé et non réclamé " figure au dossier. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de police et à Me Dupuy.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme Belkacem, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.

Le rapporteur,

N. BLe président,

C. FOUASSIER

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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