mardi 2 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2213793 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 juin 2022, M. C D, représenté par Me Kessentini, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir les arrêtés du 25 juin 2022 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination, a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois (sic) et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;
- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car il n'a pas pu être entendu en violation des dispositions des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;
- le préfet a porté atteinte au droit de la défense et au principe de bonne administration ;
- c'est à tort que le préfet a estimé qu'il détenait de faux documents car ces documents sont d'une légalité incontestable (sic) ;
- le préfet s'est fondé sur des faits inexacts et a commis une erreur manifeste car il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- le préfet a méconnu le principe de la présomption d'innocence ;
- c'est à tort que le préfet a estimé qu'il risque de se soustraire à cette obligation de quitter le territoire car il justifie d'un domicile et d'attaches familiales en France notamment ses frères et sœurs ;
- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- l'arrêté attaqué est illisible en ce qui concerne la durée de l'interdiction ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il n'est pas l'auteur d'une infraction ou de comportement portant atteinte à l'ordre public ;
- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée ;
S'agissant de la mesure de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :
- cette mesure ne trouve pas de justification au regard de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens présentés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Kessentini, représentant de M. D.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêtés du 25 juin 2022, le préfet de police a obligé M. D à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination, a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 2 ans et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. D demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, les arrêtés attaqués ont été signés par Mme B, adjointe au chef de section des reconduites à la frontière, qui bénéficiait, en vertu de l'arrêté n° 2022-00263 du 18 mars 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture le même jour, d'une délégation de signature à l'effet de signer, notamment, les décisions de délivrance des titres de séjour, les décisions d'obligation de quitter le territoire français, assorties ou non d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi, et les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les décisions contestées tant en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire que l'interdiction de retour comportent l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elles ont été prises et notamment, de la situation personnelle et administrative du requérant. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de police n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort de la motivation même des arrêtés attaqués que le préfet s'est livré à un examen circonstancié de la situation de M. D.
5. En quatrième lieu, lorsqu'il est fait obligation à un étranger de quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont issues de la transposition en droit interne de la directive 20081115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, le préfet doit être regardé comme prenant une décision qui se trouve dans le champ d'application du droit de l'Union européenne. Il lui appartient, dès lors, d'en appliquer les principes généraux, qui incluent le droit à une bonne administration. Parmi les principes que sous-tend ce dernier, figure celui du droit de toute personne à être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, ce droit se définit comme le droit de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales.
6. M. D soutient qu'en méconnaissance du droit d'être entendu avant que ne soit prise la décision de l'obliger à quitter le territoire il n'a pas pu faire connaître au préfet ses observations sur la mesure envisagée. Il ne précise toutefois pas les éléments pertinents qu'il aurait pu faire valoir. De plus, il est constant que le requérant a été entendu à plusieurs reprises notamment par les services de police lors de son interpellation et de sa garde à vue. Par suite, tant le moyen tiré du respect du principe du contradictoire que celui d'atteinte aux droits de la défense et au " principe de bonne administration garanties par les règles de nationales et supranationales " seront écartés.
7. En cinquième lieu, il n'est pas utilement contesté que, comme le soutient le préfet dans son mémoire en défense et comme cela ressort des différents procès-verbaux suite à son arrestation et à sa garde à vue, le requérant à lui-même reconnu que la carte d'identité belge qu'il a produit lors de cette arrestation était un faux. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que les arrêtés attaqués reposent sur des faits matériellement inexacts, que c'est à tort que le préfet a estimé qu'il détenait de faux documents car ces documents sont d'une légalité incontestable (sic) et que son comportement ne constitue pas de ce fait une menace à l'ordre public car il travaille régulièrement et s'est pleinement intégré dans la société française.
8. En sixième lieu, et ainsi que cela a été indiqué au point précédent, il ressort des arrêtés attaqués que le comportement de M. D a été signalé par les services de police le 25 juin 2022 pour utilisation de faux documents et placé en garde à vue. Si le requérant soutient ne pas avoir encore été condamné pour ces derniers faits et devoir bénéficier jusqu'à sa condamnation de la présomption d'innocence, il ne peut toutefois utilement se prévaloir de la méconnaissance de ce principe à l'encontre de la mesure d'éloignement contestée qui constitue une mesure de police administrative, dépourvue de caractère répressif. Ce moyen, inopérant doit donc être écarté.
9. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. M. D, ressortissant tunisien né en 1971 soutient qu'il vit en France depuis 13 ans, que sa vie privée et familiale se trouve en France où résident ses frères et sœurs, qu'il y travaille régulièrement, qu'eu égard à l'implication de la personne chargée de le défendre, les services de police ont confisqué son passeport et ses preuves de présence en France. Enfin, il soutient qu'il est parfaitement intégré, parle le français et ne constitue pas une menace à l'ordre public. Toutefois, M. D est célibataire, sans enfant et ne justifie ni de la présence de sa fratrie en France ni être dépourvu d'attaches familiales en Tunisie. Enfin, comme il a été dit au point 7, le requérant a fait l'objet d'une interpellation suivie d'une garde à vue pour utilisation de faux documents. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, il n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet de police aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle et professionnelle s'agissant de l'obligation de quitter le territoire et d'une erreur d'appréciation s'agissant de l'interdiction de retour.
11. En huitième lieu, M. D soutient que s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français, elle est entachée d'illégalité car le préfet n'a pas mentionné d'une manière exacte la durée de cette interdiction, l'écriture étant illisible et, par suite, inopposable. Toutefois, il ressort clairement de cet arrêté et comme l'a confirmé le préfet dans son mémoire en défense que cette durée est de 24 mois. Par suite, ce nouveau moyen sera écarté.
12. En neuvième lieu, M. D soutient que c'est à tort que le préfet a estimé qu'il risque de se soustraire à cette obligation de quitter le territoire car il justifie d'un domicile et d'attaches familiales en France notamment ses frères et sœurs. Toutefois, le requérant dont la requête a été présentée par un axillaire de justice n'apporte aucun élément concret et circonstancié relatif à ces deux circonstances. Enfin, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet pour lui refuser un délai de départ volontaire s'est également fondé sur une entrée irrégulière en France et l'utilisation de faux documents et qu'en tout état de cause, il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision en se fondant sur ces deux seuls éléments.
13. Enfin, s'agissant de la mesure de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, le requérant dont la requête a été présentée par un axillaire de justice se borne à soutenir que cette mesure ne trouve pas de justification au regard de sa situation. Par suite, faute de permettre au juge de l'excès de pouvoir de se prononcer sur le bien-fondé d'une telle argumentation, ce dernier moyen doit lui aussi être écarté.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 25 juin 2022 du préfet de police. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
DECIDE
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de police.
rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2022
Le magistrat désigné,
A. A
La greffière,
P. Maury
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2113793/8
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026