vendredi 9 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2213807 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | MAILLARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 25 juin, 16 septembre, 24 octobre et 31 octobre 2022, Mme C B, représentée en dernier lieu par Me Maillard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de police a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans cette attente sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros HT à verser à Me Maillard, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme B soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus d'admission au séjour :
- elle a été signée par une autorité incompétente dès lors notamment qu'il n'est pas établi que l'arrêté de délégation de signature pertinent aurait été signé par le préfet de police conformément aux dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration,
- elle est insuffisamment motivée,
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle,
- elle est entachée de vices de procédure dès lors qu'elle se fonde sur un avis du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui n'a pas été produit par l'administration et que, dans ce cas, il ne peut être vérifié qu'il a été signé par des médecins compétents, à l'issue d'une procédure régulière au cours de laquelle, notamment, le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège à compétence nationale ni que cet avis a été rendu à l'issue d'une délibération collégiale,
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet de police s'est cru à tort lié par l'avis du collège médical de l'OFII,
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant,
- elle méconnaît les stipulations de l'article 7-2 de la convention relative aux droits des personnes handicapées,
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation par le préfet au regard de son pouvoir de régularisation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour,
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant,
- elle méconnaît les stipulations de l'article 7-2 de la convention relative aux droits des personnes handicapées,
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :
- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français,
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français,
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant,
- elle méconnaît les stipulations de l'article 7-2 de la convention relative aux droits des personnes handicapées,
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par décision du 8 août 2022, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Paris a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale des droits de l'enfant,
- la convention relative aux droits des personnes handicapées, signée à New-York
le 30 mars 2007,
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- et les observations de Me Maillard pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ressortissante marocaine née le 13 mars 1979 à Casablanca, est entrée en France le 30 octobre 2014, sous le couvert d'un titre de séjour italien. Elle était en dernier lieu titulaire depuis juillet 2020 d'autorisations provisoires de séjour régulièrement renouvelées en qualité de mère d'un enfant malade. Par un arrêté du 10 juin 2022, le préfet de police a refusé de lui renouveler son autorisation provisoire de séjour en cette qualité, en application de
l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du même code, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il n'est pas contesté par le préfet de police que Mme B réside en France depuis le
30 octobre 2014, soit depuis environ sept ans et demi à la date de la décision attaquée. Elle est la mère de jumelles nées prématurées le 28 novembre 2018 sur le territoire français. La requérante a dû se séparer de son époux en raison de faits de violences conjugales dont elle a été victime le 23 mai 2018 et pour lesquels son conjoint, dont elle a depuis divorcé, a fait l'objet d'un rappel à la loi. Par une ordonnance de mesures provisoires, rendue le 5 avril 2022 par le juge aux affaires familiales, l'autorité parentale exclusive sur ses filles a été confiée à Mme B. Toutefois, leur père, ressortissant marocain qui réside régulièrement sur le territoire français, en dernier lieu sous couvert d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'en avril 2024, et tire de son activité professionnelle des revenus substantiels à même de subvenir à ses besoins et à celui de ses enfants, conserve un droit de visite et d'hébergement un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ce dernier n'exercerait pas ce droit alors que la requérante démontre par ailleurs qu'il contribue à l'entretien de ses enfants à hauteur de 500 euros par mois. Il est dans ses conditions de l'intérêt supérieur des enfants de A B de conserver des liens avec leur père, lequel a vocation à demeurer durablement sur le territoire français. Il ressort également des pièces du dossier que l'une des jumelles, prénommée Saja, est porteuse d'une pathologie malformative à l'origine d'un retard de développement nécessitant une prise en charge à la fois spécialisée et pluridisciplinaire pendant plusieurs années. Par décision de la maison départementale des personnes handicapées de Paris, cette enfant a été reconnue handicapée et son taux d'incapacité a été fixé entre 50 et 79 %. Il ressort des pièces du dossier qu'elle bénéficie d'une prise en charge médicale pluridisciplinaire depuis sa naissance, au CHU Jean Verdier à Bondy et à l'hôpital Necker à Paris, ainsi que d'un accompagnement pluridisciplinaire au centre d'action médico-sociale précoce (CAMPS) Paris-Nord, depuis le 18 février 2020, et d'un accompagnement scolaire spécialisé, depuis le 9 novembre 2021. Quand bien même les différents éléments de cette prise en charge existeraient au Maroc, l'éloignement de Saja du territoire national emporterait nécessairement une rupture dans la continuité de ses soins et porterait de ce fait une atteinte à son intérêt supérieur dès lors que par une attestation du 16 juillet 2022, postérieure à la décision attaquée mais révélant des faits qui lui sont antérieurs, la médecin en charge de son suivi au CAMPS Paris-Nord a indiqué qu'elle nécessitait " une prise en charge médicale, éducative et rééducative ininterrompue " et qu'elle a précisé qu'une absence de prise en charge conduirait " à des complications médicales, à l'aggravation du handicap et à la limitation de l'autonomie ". En ce qui concerne enfin l'insertion de la requérante, une note sociale du 10 août 2021 rédigée par la référente de Mme B à la fondation de l'armée du Salut fait état de sa pleine implication dans l'éducation et l'entretien de ses enfants ainsi que dans les activités de la fondation. Par ailleurs, Mme B démontre avoir travaillé en qualité de garde d'enfant à domicile entre septembre 2015 et septembre 2018, puis en qualité d'aide à domicile pour la société " Atout Age Services ", sous couvert d'un contrat à durée indéterminée, de septembre à novembre 2021. Elle a produit une attestation de son employeur entre septembre 2015 et septembre 2018 qui fait état de ses grandes qualités humaines et professionnelles. A la date de la décision attaquée et malgré ses importantes difficultés familiales, Mme B exerçait les fonctions d'employée polyvalente de restauration depuis le 8 novembre 2021 pour la caisse des écoles du 19ème arrondissement de Paris. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, la requérante est fondée à soutenir que le préfet de police a entaché sa décision de refus d'admission au séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard de son pouvoir de régularisation.
3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de sa requête, que Mme B est fondée à demander au tribunal d'annuler la décision du 10 juin 2022 par laquelle le préfet de police a refusé de l'admettre au séjour, ainsi que, par voie de conséquence, ses décisions du même jour l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
4. Eu égard au motif qui le fonde, le présent jugement implique nécessairement d'enjoindre au préfet de police de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de sa mise à disposition au greffe, ainsi que de lui délivrer dans cette attente et sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
5. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et, sous réserve que l'avocat de Mme B renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat une somme de
1 000 euros à verser à Me Maillard.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de police a refusé d'admettre au séjour Mme B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la mise à disposition du présent jugement au greffe, ainsi que de lui délivrer dans cette attente et sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Maillard, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Maillard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Maillard et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 25 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marino, président,
M. Le Broussois, premier conseiller,
M. Thulard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.
Le rapporteur,
V. D
Le président,
Y. Marino
Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2213807/6-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026