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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2213871

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2213871

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2213871
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juin 2022, M. D B, représenté par Me Patureau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 30 mai 2022 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

- l'auteur de l'acte était incompétent pour les signer ;

- les décisions sont entachées d'un défaut de motivation ;

- les décisions sont entachées d'un défaut d'examen de sa demande, dès lors qu'elles n'ont pas été prises sur les fondements sollicités ;

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- la décision de refus de titre de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnait également les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision d'éloignement :

- le préfet a méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Le préfet de police soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 6 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- et les observations de Me Desouches, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 25 mai 1983, est entré en France en 2014 selon ses déclarations. Le 25 février 2022, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 mai 2022, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Dans sa requête, M. B demande au Tribunal de prononcer l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire prises à son encontre.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-00263 du 18 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2022-210 de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme Caroline Ampolini, secrétaire administrative de classe supérieure directement placées sous l'autorité de Mme C A, attachée d'administration de l'Etat et cheffe du pôle " admission exceptionnelle au séjour ", pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. L'arrêté attaqué vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 435-1 et L. 611-1. Elle rappelle que le préfet avait procédé au réexamen de la situation de M. B en exécution d'un jugement du Tribunal administratif de Paris. Elle mentionne que le requérant ne fait pas état d'éléments relevant de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. Elle précise que le requérant ne justifie pas d'une ancienneté de travail suffisante, ni d'un emploi dont les spécificités constitueraient un motif exceptionnel. Elle mentionne en outre que le requérant ne justifie pas d'une vie privée et familiale d'une intensité propre à justifier une admission exceptionnelle pour ce motif. Elle rappelle enfin que rien ne s'oppose à l'éloignement de M. B vers le Mali où il n'établit pas être exposé à des traitements inhumains et dégradants. Les décisions contestées mentionnent, par suite, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont suffisamment motivées.

5. En dernier lieu, si M. B soutient que le préfet de police a omis d'examiner sa demande sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des termes de la décision attaquée, que le préfet, en instruisant la demande de l'intéressé au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vue de se prononcer sur l'octroi d'un titre portant la mention " vie privée et familiale ", a examiné la situation de l'intéressé au regard de ses liens personnels et familiaux. Dans ces conditions, et bien que l'arrêté litigieux ne vise pas l'article L. 423-23 du même code, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa demande.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".

7. En présence d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ".

8. S'agissant de sa vie privée et familiale, le requérant fait valoir qu'il séjourne depuis 8 ans en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans charge de famille en France et que sa mère réside au Mali. Si le requérant soutient parler le français, il ne produit aucune pièce permettant d'attester son intégration à la société française. Dès lors, le préfet de police n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de faire droit à la demande d'admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale.

9. Concernant son activité salariée, M. B produit de nombreux bulletins de salaire, certificats et contrats de travail attestant qu'il a assuré des fonctions de manœuvre pour les sociétés COMPAS et Intervention SFI, et d'employé de restauration, pour les sociétés Tripartie et Floréale. Toutefois, il ressort de ces bulletins de salaires, ainsi que des déclarations fiscales produites par le requérant, que sa situation professionnelle est intermittente et précaire, d'une part, et que, d'autre part, il ne justifie d'aucune activité professionnelle depuis le 1er février 2021, que le dernier versement de l'entreprise Compas Services, d'un montant de 100 euros, date du 1er janvier 2022, et que, depuis cette date, les ressources de M. B sont essentiellement garanties par des versements réguliers en provenance d'un particulier et pour lesquels le requérant ne peut justifier d'aucun document contractuel. Par suite, le préfet de police n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que M. B ne justifiait pas d'un motif exceptionnel au titre de son activité professionnelle.

10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 8 et 9 que le préfet ne peut être regardé comme ayant commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. B en lui refusant l'admission exceptionnelle au séjour.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. /L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

12. Le requérant, ne démontre pas que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues dès lors que, comme il a été dit au point 8 il ne justifie pas de liens personnels et familiaux, ni d'un degré d'intégration à la société française suffisants pour satisfaire les conditions fixées par ces dispositions.

Sur la décision d'obligation à quitter le territoire français :

13. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

14. M. B fait valoir qu'il vit en France depuis huit ans et qu'il y a déplacé le centre de ses intérêts personnels. Toutefois, comme il a été dit au point 8, il ressort des pièces du dossier que le requérant est célibataire et sans charge de famille en France et que sa mère réside au Mali. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, et eu égard tant à la durée qu'aux conditions de séjour en France de l'intéressé, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, M. B étant la partie perdante à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Laloye, président,

Mme Roussier, première conseillère,

M. Théoleyre, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.

Le rapporteur,

M. Théoleyre

Le président,

P. Laloye

Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2213871/6-2

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