vendredi 7 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2213884 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 juin 2022, M. C A, représenté par le cabinet LGAVOCATS (AARPI), demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2022 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour temporaire sans délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de preuve de l'existence d'un avis préalable du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII),
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que le préfet de police a considéré à tort que si son état de santé nécessitait un prise en charge médicale, l'absence de celle-ci ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité,
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation par le préfet au regard de son pouvoir de régularisation.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans :
- elle est insuffisamment motivée,
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle,
- elle n'est justifiée ni dans son principe ni dans sa durée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Le préfet de police fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a produit le 9 septembre 2022 l'entier dossier médical sur le fondement duquel son collège médical à compétence nationale a rendu un avis le 30 décembre 2021 sur l'état de santé de M. A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Levildier, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant sénégalais né le 16 mars 1988 à Dyabougou, est entré en France, selon ses déclarations, le 1er janvier 2012. Il a sollicité en dernier lieu un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 18 mai 2022 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans délai de trente jours et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / (). ".
3. En ce qui concerne, d'une part, la régularité de la procédure suivie, il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins du service médical de l'OFII a rendu le
30 décembre 2021 un avis sur l'état de santé de M. A, soit préalablement à l'édiction du refus de titre de séjour litigieux, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen soulevé par le requérant et tiré d'un vice de procédure au regard desdites dispositions doit ainsi être écarté.
4. En ce qui concerne, d'autre part, l'état de santé de M. A au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le collège de médecins de l'OFII a dans son avis du 30 décembre 2021 indiqué que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut n'est pas de nature à entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Le requérant ne conteste pas l'absence de risque à voyager vers le Sénégal compte tenu de son état de santé et fait seulement valoir que la décision de refus de titre de séjour en litige, qui indique que le défaut du traitement nécessité par l'état de santé de M. A n'est pas de nature à entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, serait sur ce point entachée d'une erreur de fait. Il ressort à cet égard des pièces du dossier que M. A souffre d'une neuropathie démyélinisante, se traduisant par une gêne à la marche, par une tendance à chuter et par une petite perte de force de la main droite. Toutefois, les spécialistes en charge de son suivi ont indiqué par des avis en date des 2 décembre 2019 et 27 janvier 2020 qu'il " [restait] autonome dans la vie quotidienne " et qu'alors que sa neuropathie touche très principalement ses membres inférieurs, " son périmètre de marche est de 1 kilomètre () et [il] peut monter au moins 3 étages. ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que son état de santé se serait aggravé depuis l'établissement de ces certificats. A la date d'édiction de la décision attaquée de refus de titre de séjour, M. A bénéficiait d'une simple surveillance régulière en milieu spécialisé de sa neuropathie, les cures d'immunoglobulines qui lui avaient été un temps administrées ayant cessé du fait de leur inefficacité. Enfin, les deux certificats médicaux établis les 26 juillet 2021 et 24 juin 2022 qu'il a produits ne précisent pas les conséquences qui s'attacheraient à l'absence d'un tel suivi, dont ils se contentent d'affirmer l'absence de disponibilité au Sénégal. Dans ces conditions et alors que le collège de médecins de l'OFII avait déjà estimé le 4 janvier 2019 que le défaut du traitement nécessité par l'état de santé de M. A n'était pas de nature à entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour attaquée serait entachée d'une erreur de fait.
5. En second lieu, M. A est célibataire et sans enfant et ne démontre ni même n'allègue avoir tissé des liens privés d'une particulière intensité en France. Il a indiqué au personnel médical en charge de son suivi que sa mère résidait au Sénégal et qu'il avait un frère et une sœur. Il ne conteste pas ainsi sérieusement l'affirmation du préfet de police dans son arrêté en litige selon laquelle il n'est pas dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine. S'il affirme résider en France depuis le 1er janvier 2012, il ne l'établit pas par les pièces qu'il produit, consistant uniquement en des avis d'imposition indiquant la perception de très faibles sommes, pour 2012, 2013 et 2014. Dans ces conditions, il n'établit résider en France que depuis environ sept ans à la date de la décision attaquée. Si M. A se prévaut de son intégration professionnelle et s'il est vrai qu'il produit un grand nombre de bulletins de salaire à compter d'octobre 2017, soit depuis environ quatre ans et demi à la date de la décision attaquée, il ressort des pièces du dossier que les revenus qu'il tire mensuellement de son activité professionnelle dans le secteur du nettoyage sont systématiquement demeurés inférieurs au montant correspondant du salaire minimum de croissance (SMIC). Il a d'ailleurs déclaré aux services fiscaux avoir tiré de son activité professionnelle seulement 596 euros en 2019 et 584 euros en 2020. Enfin, il n'a produit aucun élément, telle qu'une attestation de ses employeurs, de nature à justifier sa particulière adéquation aux postes qu'il occupe. Eu égard à l'ensemble des conditions de son séjour en France, M. A n'est ainsi pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour en litige serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation par le préfet de police au titre de son pouvoir de régularisation.
6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander au tribunal l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur la décision portant interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans :
7. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Son article L. 612-10 précise : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
8. Ainsi qu'il a été dit au point 5, M. A démontre résider en France depuis environ sept ans à la date d'édiction de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français en cause. Il a été présent sur le territoire national de manière régulière du 23 juin 2017 au 23 avril 2019, sous couvert d'une carte de séjour temporaire d'un an puis d'autorisations provisoires de séjour. Il justifie d'une activité professionnelle sur le territoire national depuis quatre ans et demi. Il n'a jamais troublé l'ordre public. Dans ces conditions, quand bien même il a fait l'objet le 23 avril 2019 d'une décision d'éloignement qu'il n'a pas volontairement exécutée, la décision du préfet de police d'assortir sa décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours d'une interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans, soit la durée maximale prévue à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'une erreur d'appréciation.
9. M. A est fondé, pour ce seul motif, à demander au tribunal d'annuler la décision du 18 mai 2022 par laquelle le préfet de police lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
10. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet de police de délivrer à M. A un titre de séjour. Ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent ainsi être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 18 mai 2022 par laquelle le préfet de police a interdit à M. A de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de police.
Copie en sera adressée pour information à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marino, président,
M. Le Broussois, premier conseiller,
M. Thulard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.
Le rapporteur,
V. B
Le président,
Y. Marino
Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2213884/6-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026