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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2213891

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2213891

vendredi 7 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2213891
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête, enregistrée le 27 juin 2022, M. B C, représenté A Me Patureau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2022 A lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros A jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte, ou, à titre infiniment subsidiaire, de saisir la commission du titre de séjour dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

En ce qui concerne l'arrête dans son ensemble :

- il a été signé A une autorité incompétente,

- il est insuffisamment motivé.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour,

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet de police n'a tenu compte que de sa durée de résidence pour déterminer son droit au séjour au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- elle méconnaît manifestement les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation A le préfet au regard de son pouvoir de régularisation.

A un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2022, le préfet de police, représenté A Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Le préfet de police fait valoir que les moyens soulevés A le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- et les observations de Me Desouches, représentant M. C.

Considérant ce qui suit

1. M. B C, ressortissant malien né le 6 février 1972 à Kayes (Mali) est entré en France, selon ses déclarations, en 2005. Il a sollicité en dernier lieu un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A la présente requête, M. C demande l'annulation de l'arrêté du 23 mai 2022 A lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, A un arrêté n° 2022-00263 du 18 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du même jour, le préfet de police a donné délégation à M. D F, sous-préfet hors classe, sous-directeur du séjour et de l'accès à la nationalité, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement d'autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé la décision attaquée. A suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En second lieu, d'une part, la décision contestée de refus de titre de séjour comporte l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de police pour rejeter la demande de M. C. A suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. (). ".

5. En application de ces dispositions, la décision l'obligeant à quitter le territoire français dont est assortie la décision du 23 mai 2022 portant refus de délivrer un titre de séjour à M. C, dûment motivée, n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée A un étranger qui justifie A tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".

7. M. C fait valoir que la décision de refus de titre de séjour en litige est entachée d'un vice de procédure au regard de ces dispositions en l'absence d'avis préalable de la commission du titre de séjour. Toutefois, s'il justifie de sa présence en France pour la plupart des années depuis 2005, il n'a apporté en ce qui concerne l'année 2013 qu'un avis d'impôt sur ses revenus perçus en 2012, établi en septembre 2013, et un document bancaire établi en janvier 2013 qui ne mentionne pas de mouvements sur ses comptes nécessitant sa présence en France. A ailleurs, il a déclaré en 2014 aux services fiscaux ne pas avoir perçu de revenus au cours de l'année 2013. Compte tenu de la nature de ces documents et de leur faible nombre, M. C ne justifie ainsi pas avoir résidé en France en 2013 ni A suite depuis plus de dix ans le 23 mai 2022, date d'édiction de la décision de refus de titre de séjour en litige. Il en résulte que le moyen tiré d'un vice de procédure l'entachant en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue A la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. "

9. En l'espèce, ainsi qu'il l'a été dit au point 7, M. C ne justifie résider continûment en France que depuis l'année 2014, sa présence sur le territoire national n'étant pas établie en 2013. S'il prouve avoir résidé en France à compter de 2005, il ne prouve A ailleurs pas y être demeuré continuellement jusqu'en 2012, compte tenu notamment de la nature et du nombre de documents fournis au titre de l'année 2011, à savoir un document bancaire ne mentionnant pas de mouvements sur ses comptes et des déclarations aux services fiscaux ne mentionnant pas la perception de revenus en 2011 et qui, pour l'une d'entre elles, porte sur un homonyme né en Mauritanie et non au Mali. Il est en outre célibataire et sans enfant. Il ne mentionne aucun lien familial en France et ne conteste pas l'affirmation du préfet de police dans son arrêté en litige selon laquelle ses parents résident au Mali. Il ne fait pas valoir avoir tissé des liens privés d'une particulière intensité en France. En ce qui concerne enfin son insertion professionnelle, s'il justifie avoir travaillé comme manœuvre entre janvier 2007 et octobre 2008, il n'a apporté aucun élément précis sur son activité entre 2009 et 2019. S'il fait valoir travailler depuis 2020, les revenus qu'il a déclaré tirer de son activité professionnelle aux services fiscaux ne s'élèvent qu'à 3 643 euros en 2020 et 1 105 euros en 2021, soit un niveau très largement inférieur à celui correspondant à la perception du salaire minimum de croissance. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour litigieuse méconnaîtrait manifestement les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou serait illégale au regard des dispositions de son article L. 423-23 et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées. De même, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. C A le préfet de police au titre de son pouvoir de régularisation doit être écarté.

10. En troisième et dernier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté du 23 mai 2022 que le préfet de police a examiné le droit au séjour de M. C au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au vu d'un ensemble d'éléments pertinents et non de sa seule durée de séjour sur le territoire national. Le moyen tiré d'une erreur de droit dans l'application desdites dispositions doit ainsi être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du requérant doivent être rejetées, ainsi que, A voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles qu'il a présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Marino, président,

M. Le Broussois, premier conseiller,

M. Thulard, premier conseiller.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.

Le rapporteur,

V. E

Le président,

Y. Marino

Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2213891/6-1

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