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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2214037

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2214037

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2214037
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2022, M. A D B, représenté par Me Boudjellal, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2022 par lequel le préfet de police de Paris lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien 27 décembre 1968;

- elle est illégale dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît le 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale dès lors qu'il ne constitue pas une menace grave pour l'ordre public ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

[0]

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est illégale dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes et ne présente aucun risque de soustraction à une mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est illégale dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle est disproportionnée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juillet 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Boudjellal, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 8 octobre 1991 et entré en France le 25 mars 2004 selon ses déclarations, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour des motifs tirés de l'ancienneté de son séjour en France sur le fondement des stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 18 mai 2022, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et la possibilité de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger dont la présence en France constitue une pour l'ordre public. Il indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle M. B avant de refuser de lui accorder un titre de séjour, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir que cela n'aurait pas été le cas.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; () ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

5. Pour refuser à M. B la délivrance d'un certificat de résidence d'un an, le préfet de police s'est fondé sur deux motifs, le premier tiré de ce qu'il ne justifiait pas résider en France depuis plus de dix ans et le second tiré de ce que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des certificats de scolarité établis entre les années 2004 et 2012, des très nombreux certificats médicaux émanant d'un médecin généraliste entre les années 2013 et 2020, ainsi que des documents émis par la caisse primaire d'assurance maladie ou des avis d'imposition produits pour les années 2017 à 2021, que M. B réside habituellement sur le territoire français depuis l'année 2004. Par suite, il justifiait résider en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté. Dès lors, le préfet de police a méconnu les stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

7. Toutefois, il ressort de l'extrait du bulletin n° 2 du casier judiciaire délivré le 30 septembre 2021, que M. B s'est rendu coupable le 18 novembre 2009, alors qu'il était devenu majeur, de faits de vol pour lesquels il a été condamné le 6 mai 2010 par le tribunal correctionnel de Paris à une amende de 600 euros. Il s'est également rendu coupable les 7 et 27 août 2014 de faits d'usage illicite de stupéfiants pour lesquels il a été condamné le 18 février 2015 et le 8 juin 2015 par le tribunal correctionnel de Paris à deux amendes de 300 euros par ordonnance pénale. Enfin, il s'est rendu coupable le 31 août 2020 de faits de blessures involontaires avec incapacité n'excédant pas trois mois comme conducteur d'un véhicule terrestre à moteur commises avec au moins deux circonstances aggravantes, et de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, ainsi d'ailleurs que de conduite sans assurance, pour lesquels il a été condamné le 18 septembre 2020 par le tribunal correctionnel de Paris à une peine d'un an d'emprisonnement, dont six mois avec sursis. Compte tenu de la nature de ces faits, de leur caractère répété et de la date des derniers commis, quand bien même l'arme utilisée pour ceux-ci aurait été une arme par destination, et alors que le requérant ne justifie d'aucune démarche de réinsertion particulière, le préfet de police a pu, sans erreur d'appréciation, estimer que la présence en France de M. B représentait une menace pour l'ordre public et refuser, pour ce motif, de lui délivrer un certificat de résidence d'un an. Il résulte par ailleurs de l'instruction qu'il aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ce seul motif.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Si M. B réside depuis l'année 2004 en France, où vivent également sa tante et sa sœur, il est célibataire, sans charge de famille, et ne justifie d'aucune insertion particulière sur le territoire, personnelle ou professionnelle, alors qu'au contraire son comportement représente une menace pour l'ordre public ainsi qu'il a été précisé au point 7. Par ailleurs, il n'allègue pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et en dépit de la durée de sa présence en France et de l'âge auquel il y est entré, en refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. B, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ce refus ou des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations, en tout état de cause, du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La décision portant de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

11. En application de ces dispositions, l'obligation de quitter le territoire français, qui vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte en fait de celle de la décision portant refus d'un titre de séjour qui est suffisamment motivée ainsi qu'il a été indiqué au point 2.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () ".

13. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B réside habituellement en France depuis le 25 mars 2004 ainsi qu'il l'allègue, le document le plus ancien qu'il produit, qui est son bulletin scolaire pour le deuxième trimestre de l'année scolaire 2004/2005, attestant sa présence à compter du 2 décembre 2004 seulement, alors qu'il avait atteint l'âge de treize ans. Par ailleurs, la seule mention de cette date sur son autorisation provisoire de séjour délivrée le 6 octobre 2021, qui ne résulte que de ses déclarations, ou les deux attestations d'hébergement des 19 juin 2019 et le 3 septembre 2020, rédigées plusieurs années après par un proche, sont dépourvues de valeur probante. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a méconnu les dispositions du 2° de de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. En troisième lieu, si M. B soutient que sa présence sur le territoire français n'est pas constitutive d'une menace grave pour l'ordre public, ce moyen est inopérant dès lors que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas fondée sur ce motif mais sur le refus de titre de séjour opposé à l'intéressé et qu'elle ne fait pas obstacle, par elle-même, en tout état de cause, à l'éloignement de l'intéressé.

15. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été exposé au point 9, l'obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant une atteinte excessive au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou comme entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

Sur la légalité de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

16. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public (). ".

17. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que le comportement de M. B constitue une menace pour l'ordre public, comporte de manière suffisante les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

18. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que, en estimant que le comportement de M. B constituait une menace pour l'ordre public, le préfet de police n'a pas fait une inexacte application des dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans que le requérant puisse utilement soutenir qu'il présentait des garantie de représentation suffisante et qu'il n'existait pas de risque qu'il soustraie à une mesure d'éloignement.

19. En dernier lieu, compte tenu notamment de ce qui a été dit aux points 7 et 9, il ne ressort pas des pièces du dossier, en tout état de cause, que le préfet de police a commis une erreur manifeste d'appréciation en n'accordant pas à M. B un délai de départ volontaire.

Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :

20. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

21. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. B, comporte de manière suffisante les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

22. En deuxième lieu, M. B ne peut utilement soutenir que sa présence sur le territoire français n'est pas constitutive d'une menace pour l'ordre public dès lors que le préfet de police ne s'est pas fondé sur cette circonstance pour lui interdire le retour sur le territoire français.

23. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 7 et 9, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre deM. B soit " disproportionnée " ou, en tout état de cause, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D B et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président ;

- M. Martin-Genier, premier conseiller ;

- M. Hémery, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

H. C

L'assesseur le plus ancien,

P. Martin-GenierLa greffière,

A. Koltcheva

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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