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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2214059

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2214059

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2214059
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantDE SA PALLIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 29 juin 2022, le 10 juillet 2022 et le 18 juillet 2022, M. C B, représenté par Me de Sa - Pallix, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le préfet de police a décidé de son transfert vers la Suisse responsable de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de police d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant le temps de ce réexamen dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.

Il soutient que :

- la décision litigieuse est signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des articles 4 et 5 du règlement UE n° 604/2013 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du

26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du

26 juin 2013 ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 modifiant le règlement (CE) n° 1560/2003 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision du président du tribunal désignant M. A, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me de Sa-pallix, représentant M. B ;

- et les observations de Me Giafferi, représentant le préfet de police.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sri lankais né le 16 novembre 1997, demande au tribunal d'annuler la décision du 17 juin 2022 par laquelle le préfet de police a décidé sa remise aux autorités suisses, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 visé ci-dessus : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. (). " et aux termes de l'article 5 du même règlement : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4 () ".

3. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention de l'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'administration a satisfait à l'obligation qui lui incombe en application des dispositions précitées. Dans un premier temps, seul le préfet est en mesure d'apporter les éléments relatifs à la délivrance d'une information écrite au demandeur.

4. Il ressort des pièces du dossier et notamment des photocopies produites par le préfet de police que M. B s'est vu remettre la brochure A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne, quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' " le 17 mai 2022 et la brochure B intitulée " Je suis sous procédure Dublin, qu'est-ce que cela signifie ' " le 18 mai 2022, soit le lendemain de l'entretien individuel. Il ressort en outre des pièces du dossier que, si l'intéressé s'est vu remettre la brochure A en Tamoul, langue qu'il comprend, la brochure B qui lui a été remise était rédigée en arabe. Dès lors que la remise des deux brochures qui constituent les documents prévus par les dispositions de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 ci-dessus visé permet au demandeur d'asile de bénéficier d'une information complète sur ce règlement et de délivrer à l'administration des informations de nature à faciliter la détermination de l'Etat membre responsable dans le cadre de l'entretien individuel, M. B est fondé à soutenir qu'il n'a pu prendre connaissance en temps utile et dans une langue qu'il comprend, de l'ensemble des informations écrites que ces brochures contenaient et que les articles 4 et 5 du règlement (UE) 604/ 2013 ont été méconnus, le privant ainsi d'une garantie préalable à l'adoption de la décision attaquée.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le préfet de police a décidé son transfert aux autorités suisses.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de police procède à un nouvel examen de la situation de M. B dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une mesure d'astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. B de la somme de 1 100 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le préfet de police a décidé du transfert de

M. B aux autorités suisses est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la situation administrative de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 100 euros à M. B.

Article 4 : Le surplus de la requête de de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

V. A

La greffière,

A. HERRALLAL

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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