vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2214093 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET GARCIA AVOCATS (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 juin, le 30 juin 2022 à 15h30 et le 30 juin 2022 à 15h34, M. A C, représenté par Me Garcia demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'enjoindre au préfet de lui communiquer l'ensemble des pièces sur la base desquelles la décision a été prise ;
2°) d'annuler la décision du 10 juin 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a interdit d'entrer et de séjourner sur le territoire français ;
3°) d'annuler la décision du 29 juin 2022 fixant l'Algérie comme pays de destination ;
4°) d'enjoindre au préfet de réexaminer la situation de M. C dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente du réexamen une autorisation provisoire de séjour ;
5°) d'enjoindre au préfet de prendre toute mesure pour mettre fin au signalement de M. C dans le système d'information Schengen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions attaquées :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- en l'absence de communication des éléments fondant la décision du ministre, il n'a pas pu préparer utilement sa défense, en violation du droit au procès équitable ;
- en l'absence de production du procès-verbal d'audition, il n'est pas possible de vérifier que le contradictoire et le droit d'être entendu ont été respectés ;
- le droit d'être assisté par un avocat a été méconnu ;
Sur l'interdiction administrative du territoire :
- la décision du 10 juin 2022 est entachée d'insuffisance de motivation ;
- elle est entachée de défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
- sa situation personnelle n'a pas fait l'objet d'un examen suffisant ;
Par un mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 juin 2022 sont irrecevables en l'absence de production de la décision attaquée ;
- le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire et du droit d'être entendu est inopérant ;
- le tribunal pourra substituer au motif tenant à la menace pour l'ordre public que représente la radicalisation islamiste de M. C, le motif tenant à la menace pour l'ordre public que représente son comportement en raison des propos antisémites et misogynes qu'il a tenus au cours de l'année 2012 et de sa condamnation, le 13 juin 2019, par les autorités judiciaires tchèques à une peine de six ans d'emprisonnement pour des faits de viol en réunion ;
- les autres moyens soulevés à l'encontre de l'interdiction administrative du territoire français ne sont pas fondés.
En application de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative le ministre a produit, le 28 novembre 2022, des pièces soustraites au contradictoire.
Un mémoire présenté pour le compte de M. C a été enregistré le 13 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique,
- et les observations de Me Garcia, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. C, ressortissant algérien, demande au tribunal d'annuler la décision du 10 juin 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a interdit d'entrer et de séjourner sur le territoire français et la décision du 29 juin 2022 fixant l'Algérie comme pays de renvoi en vue de l'exécution d'office de l'interdiction administrative du territoire.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Aux termes de l'article L. 322-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger qui fait l'objet d'une interdiction administrative du territoire est présent sur le territoire français, il peut être reconduit d'office à la frontière dans les conditions prévues au livre VII () ". En application de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une interdiction administrative du territoire français ".
3. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué () ".
4. M. C, qui n'établit pas être dans l'impossibilité de le faire, ne produit pas la décision du 29 juin 2022 fixant le pays de destination dont il demande l'annulation. Par suite, le ministre est fondé à soutenir que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette décision sont irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'interdiction administrative du territoire :
5. Aux termes de l'article L. 321-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger peut, dès lors qu'il ne réside pas habituellement en France et ne se trouve pas sur le territoire national, faire l'objet d'une interdiction administrative du territoire lorsque sa présence en France constituerait une menace grave pour l'ordre public, la sécurité intérieure ou les relations internationales de la France ".
6. En premier lieu, en application de l'article R. 321-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le ministre de l'intérieur est l'autorité compétente pour prendre une interdiction administrative du territoire. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / Toutefois, les décisions fondées sur des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme sont prises dans des conditions qui préservent l'anonymat de leur signataire. Seule une ampliation de cette décision peut être notifiée à la personne concernée ou communiquée à des tiers, l'original signé, qui seul fait apparaître les nom, prénom et qualité du signataire, étant conservé par l'administration ". L'article L. 773-9 du code de justice administrative prévoit que : " Les exigences de la contradiction mentionnées à l'article L. 5 sont adaptées à celles de la protection de la sécurité des auteurs des décisions mentionnées au second alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. /Lorsque dans le cadre d'un recours contre l'une de ces décisions, le moyen tiré () de l'incompétence de l'auteur de l'acte est invoqué par le requérant () l'original de la décision ainsi que la justification de la compétence du signataire sont communiqués par l'administration à la juridiction qui statue sans soumettre les éléments qui lui ont été communiqués au débat contradictoire ni indiquer l'identité du signataire dans sa décision ".
7. En l'espèce, la décision litigieuse ayant été initialement prise pour un motif en lien avec la prévention d'actes de terrorisme, elle est au nombre de celles qui, en application des dispositions citées au point 6, peuvent faire l'objet d'une notification à l'intéressé sous la forme d'une ampliation anonyme. Dans ces conditions, dès lors que le ministre a communiqué au tribunal, hors contradictoire, l'original de la décision et les justificatifs nécessaires établissant la compétence du signataire de la décision attaquée, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision a été prise par une autorité incompétente.
8. En deuxième lieu, en application de l'article L. 321-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'interdiction administrative du territoire " est motivée, à moins que des considérations relevant de la sûreté de l'Etat ne s'y opposent ". En l'espèce, la décision du 10 juin 2021 mentionne les textes applicables, notamment l'article L. 321-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la décision indique que la menace grave pour l'ordre public est caractérisée en raison du comportement de M. C qui a fait l'objet d'un signalement en raison de sa radicalisation islamiste, dans un contexte de menace terroriste prégnante sur le territoire français. Dans ces conditions, la décision est suffisamment motivée.
9. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 8, M. C avait connaissance du motif fondant la décision attaquée. En outre le ministre a produit dans le cadre de la présente instance les documents sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Dans ces conditions, le requérant, qui ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est en tout état de cause pas fondé à soutenir qu'il n'a pas pu préparer utilement sa défense dans le cadre de la présente instance.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 321-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'interdiction administrative du territoire fait l'objet d'une décision écrite rendue après une procédure non contradictoire ". Il résulte de ces dispositions que la mesure d'interdiction administrative du territoire prise par le ministre de l'intérieur n'a pas à être précédée d'une procédure contradictoire. M. C ne peut donc utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. En sa qualité de ressortissant d'un Etat tiers à l'Union européenne, il ne peut pas non plus utilement invoquer à l'encontre de l'interdiction administrative du territoire prise à son encontre la méconnaissance du droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne et principe garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. En tout état de cause, le droit d'être entendu n'est pas absolu et peut comporter des restrictions répondant aux objectifs d'intérêt général poursuivis par la mesure en cause. En l'espèce, la dérogation au caractère contradictoire de la procédure est justifiée par l'objectif d'intérêt général tendant à la protection de l'ordre public. Il résulte de ce qui précède que M. C ne peut pas davantage utilement soutenir qu'il a été privé de la possibilité de se faire assister d'un avocat dans la phase précédant l'édiction de la mesure d'interdiction administrative du territoire.
11. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation de M. C avant de prendre la décision attaquée. A cet égard, la circonstance que le ministre sollicite une substitution de motifs dans le cadre de la présente instance ne saurait en soi révéler que la situation de M. C n'a pas fait l'objet d'un examen. Par suite, ce moyen peut être écarté.
12. En sixième lieu, dans le cadre de la présente instance, le ministre demande au tribunal de substituer au motif initial tenant à la menace pour l'ordre public que constituerait la radicalisation islamiste de M. C le motif tenant à la menace pour l'ordre public que représente son comportement en raison, d'une part, des propos antisémites et misogynes qu'il a tenus au cours de l'année 2012 et qui lui ont valu d'être exclu du lycée où il était scolarisé et, d'autre part, de sa condamnation, le 13 juin 2019, par les autorités judiciaires tchèques à une peine de six ans de réclusion criminelle pour des faits de viol en réunion. Le ministre verse aux débats une note blanche des services de renseignement ainsi qu'un document émanant des autorités tchèques détaillant les faits pour lesquels M. C a été condamné. Eu égard à la particulière gravité et au caractère récent des faits de viol en réunion pour lesquels M. C a été condamné, et en l'absence de gages sérieux d'intégration, la gravité de la menace pour l'ordre public est suffisamment caractérisée. Dans ces conditions, dès lors que M. C a été mis-à-même de présenter ses observations sur cette substitution de motifs et que le ministre aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, il y a lieu de le substituer au motif initial, une telle substitution n'ayant pas pour effet de priver M. C d'une garantie. A cet égard, l'absence de mention de l'identité du signataire dans l'ampliation de la décision attaquée notifiée à l'intéressé n'a pas eu pour effet de priver l'intéressé d'une garantie dès lors que la compétence du signataire a pu être discutée et contrôlée par le juge dans le cadre de la présente instance.
13. En dernier lieu, si M. C fait valoir qu'il réside en France depuis l'âge de 15 ans, il ressort des pièces du dossier que son dernier titre de séjour expirait le 1er juillet 2018 et qu'il n'est revenu en France qu'à compter du mois d'octobre 2021 en raison de son incarcération en République Tchèque depuis le mois d'avril 2018. Ainsi, au moment où l'interdiction administrative du territoire est intervenue, il ne résidait plus en France depuis trois ans. En outre, s'il se prévaut de la présence en France d'une sœur et d'un frère en situation régulière, il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents ainsi que l'une de ses sœurs. De plus, M. C est célibataire et sans enfant à charge en France. Dans ces conditions, la circonstance qu'il travaille comme chauffeur-voiturier ne saurait suffire pour caractériser une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale compte tenu de la menace grave pour l'ordre public que représente son comportement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner la communication du dossier, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 10 juin 2021. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Amat, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Nguyen, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
La rapporteure,
E. B
La présidente,
N. AMATLa greffière,
P. TARDY-PANIT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026