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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2214416

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2214416

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2214416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantPELLOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juillet 2022, M. A C, représenté par Me Le Bras, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2022 par lequel le ministre de l'intérieur a ordonné son expulsion du territoire français ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2022 par lequel le ministre de l'intérieur a fixé l'Algérie comme pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté n'est pas motivé ;

- l'arrêté d'expulsion méconnaît l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le comportement reproché n'est plus actuel ;

- les décisions fixant le pays de renvoi et l'exécution de l'arrêté d'expulsion sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté d'expulsion méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense enregistrés le 20 décembre 2022 et le 23 janvier 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- les conclusions Mme de Schotten, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Le Bras, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien et tunisien, né le 25 novembre 1994, a acquis la nationalité française le 30 avril 2008. Il a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de six ans d'emprisonnement assortie d'une période de sûreté de trois ans pour participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme, commis du 31 août 2013 au 22 janvier 2014 à Nice ainsi qu'en Turquie et en Syrie. Par un décret du 11 mai 2021, M. C a été déchu de la nationalité française. Par arrêtés du 27 avril 2022, le ministre de l'intérieur a prononcé son expulsion du territoire français et a fixé l'Algérie comme pays de renvoi. M. C demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions attaquées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : / 1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné par un jugement du Tribunal correctionnel de Paris du 23 juin 2017 à une peine de six ans d'emprisonnement assortie d'une période de sûreté de trois ans pour participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme commis du 31 août 2013 au 22 janvier 2014 avec inscription au fichier judiciaire national automatisé des auteurs d'infractions terroristes. Il ressort de ce jugement et de la note de renseignement, produite par le ministre de l'intérieur à l'instance, que le requérant est parti en Syrie à l'été 2013 pour y rejoindre un groupe djihadiste dont il adoptait l'idéologie djihadiste, a suivi un entrainement au maniement des armes, a possédé une arme de guerre et a été en contact avec des combattants djihadistes dans la zone. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. C a fréquenté, pendant sa période de détention, de nombreux détenus condamnés pour des faits de terrorisme et des individus suivis au titre de leur radicalisation religieuse et a adopté un comportement violent et provocateur, qu'il a fait l'objet de plusieurs comptes rendus d'incidents et a été condamné le 16 février 2018 par le tribunal correctionnel d'Evry à 3 mois d'emprisonnement avec sursis du chef de recel de bien provenant d'un délit commis les 14 janvier et 23 janvier 2017, alors qu'il était incarcéré dans l'établissement pénitentiaire de Fleury-Mérogis et que des ouvrages prônant des idéologies liées à l'islam radical ont été découverts dans sa cellule lors d'une fouille réalisée le 17 janvier 2017. Enfin, si le requérant soutient que les faits pour lesquels il a été condamné le 23 juin 2017 sont anciens, qu'il était jeune et influençable et que son comportement ne justifie plus une mesure d'expulsion dès lors qu'il a pris conscience d'avoir fait une erreur, il est cependant constant qu'il a été inscrit dans un programme de prévention de la radicalisation violente mis en place à compter du 22 janvier 2019 au regard du caractère préoccupant de sa radicalisation à l'issue de ses périodes de détention, qu'il a fait l'objet de deux mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance à compter du mois d'avril 2019 en raison de la menace qu'il représentait pour la sécurité et l'ordre public et qu'il a continué à entretenir des relations avec des individus radicalisés après ses périodes d'incarcération. D'ailleurs, la commission d'expulsion des Alpes-Maritimes a émis, le 11 octobre 2021, un avis favorable à son expulsion en indiquant qu'il n'avait pas rompu avec ses accointances radicales passées et que ses allégations sur la volonté de mener une vie normale et l'expression de son repentir n'emportaient pas la conviction. Par conséquent, le ministre de l'intérieur a pu légalement relever qu'il est à craindre que le requérant ne soit perméable aux appels récents et répétés d'organisation terroristes à commettre une action violente sur le territoire français. Il suit de là que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. M. C soutient qu'il est né en France, que sa famille y réside, qu'il entretient une relation amoureuse depuis six ans et a une activité professionnelle. Toutefois, le requérant a été déchu de la nationalité française par décret du 11 mai 2021 et il est célibataire et sans charge de famille. Dans ces conditions, compte tenu de la nature et de la gravité des faits reprochés à M. C, et malgré le temps de sa présence en France, l'arrêté attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté ainsi que, pour les mêmes motifs, celui tiré de ce que l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. M. C soutient que les éléments contenus dans le procès-verbal de vérification du droit de circulation sont susceptibles de lui nuire en cas de renvoi en Algérie et qu'ayant transmis des informations au service de renseignement pénitentiaire et à la direction générale des services intérieurs, un éloignement vers l'Algérie pourrait s'avérer dangereux. Toutefois, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il a effectivement collaboré avec les services de renseignement, d'autre part, il n'est pas établi que les informations contenues dans le procès-verbal de vérification du droit de circulation seraient de nature à l'exposer à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant l'Algérie comme pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

Mme Voillemot, première conseillère,

M. Grandillon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

La rapporteure

C. DLe président,

J-F. SIMONNOT

La greffière

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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