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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2214529

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2214529

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2214529
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantJACKSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée au tribunal administratif de Paris le 6 juillet 2022, M. C A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation ;

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est dépourvu de base légale ;

- il fait l'objet de menaces, excluant ainsi tout retour dans son pays d'origine.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 19 et 24 août 2022, le préfet de police, représenté notamment par la Selarl d'avocats Actis, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de M. A et de son avocat, Me Jackson, qui a soulevé deux moyens nouveaux, tirés de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu préalablement à l'édiction d'une décision défavorable d'une part, et, d'autre part, de la méconnaissance de l'article L. 611-3 9° dès lors que son état de santé fait obstacle à l'édiction de toute mesure d'éloignement.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, bangladais, né le 3 octobre 1989, demande l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, le moyen tiré du défaut de base légale de l'arrêté attaqué n'est pas assorti de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. A supposer que le requérant ait entendu invoquer le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, il ressort, toutefois, des pièces du dossier que l'arrêté attaqué contient les considérations de droit et de fait, qui en constituent le fondement. Par suite, et, en tout état de cause, le moyen manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Cette droite comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été reçu par les services préfectoraux le 16 décembre 2020 et a déposé une demande de protection internationale, rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides par une décision du 13 janvier 2022, confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 3 mai suivant. Il a donc eu la possibilité de faire valoir à cette occasion tous éléments utiles à l'appui de sa demande. Il lui était également loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Par suite, le moyen doit dès lors être écarté.

4. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 611 -3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". En se bornant à produire des ordonnances de prescription médicale, le requérant n'établit pas que le préfet aurait méconnu ces dispositions. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

D É C I D E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La magistrate désignée,

N. BLa greffière,

I. CANAUD

La République mande et ordonne au préfet de Paris, préfet de police, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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