vendredi 5 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2214530 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | PIERRE |
Vu la procédure suivante :
E une requête enregistrée le 6 juillet 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 29 juillet 2022, Mme B D A, représentée E Me Pierre, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 E lequel le préfet de police a décidé son transfert aux autorités croates ;
3°) d'enjoindre au préfet de police d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de Me Pierre en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de lui verser directement ladite somme.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé E une autorité incompétente ;
- il est entaché d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- il méconnaît l'article 29 du règlement (UE) n°603/2013 et l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas établi que les brochures requises lui ont été remises dans une langue qu'elle comprend ;
- il méconnaît l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors que l'administration n'établit pas avoir saisi les autorités croates dans le délai imparti E les textes ;
- il méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
E un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2022, le préfet de police, représenté E Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés E Mme D A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951,
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003,
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,
- la convention d'application de l'accord de Schengen signée le 19 juin 1990,
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme de Saint Chamas en application de l'article R. 777-3-7 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Saint Chamas,
- les observations de Me Grolleau, substituant Me Pierre, avocat représentant Mme D A,
- et les observations de Me Floret, avocat du préfet de police.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré, présentée E Me Pierre, avocat de Mme D A, a été enregistrée le 2 août 2022.
Considérant ce qui suit :
1. E un arrêté du 28 juin 2022, le préfet de police a décidé du transfert de Mme B D A, ressortissante congolaise née le 8 août 1997 à Kinshasa (RDC), aux autorités croates en vue de l'examen de sa demande d'asile. Mme D A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée E la juridiction compétente ou son président. ()". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme D A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :
3. Le premier paragraphe de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 prévoit que la demande de protection internationale présentée E un ressortissant de pays tiers ou E un apatride " est examinée E un seul Etat membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable ". Le premier paragraphe de l'article 17 de ce règlement dispose que : " E dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée E un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Le point 13 des motifs de ce règlement précise : " Conformément à la convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant de 1989 et à la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'intérêt supérieur de l'enfant devrait être une considération primordiale des États membres lorsqu'ils appliquent le présent règlement. Lorsqu'ils apprécient l'intérêt supérieur de l'enfant, les États membres devraient en particulier tenir dûment compte du bien-être et du développement social du mineur () ".
4. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté qu'à la date de la décision de transfert, l'enfant de Mme D A, âgé de huit ans, est présent sur le territoire national depuis plus de deux ans. Il est scolarisé depuis son arrivée en France, comme l'attestent les certificats de scolarité des années scolaires 2020-2021 (classe de CP) et 2021-2022 (classe de CE1) délivrés E la directrice de l'école élémentaire Houdon (Paris 18e). Le bulletin scolaire du 2e semestre 2022 produit à l'instance fait état d'importants progrès tant en français qu'en mathématiques et témoignent de l'investissement du fils de la requérante pour s'insérer dans son nouvel environnement scolaire. L'appréciation générale sur la progression de l'élève au cours de l'année est élogieuse et confirme son passage dans la classe supérieure (CE2). Il ressort également des pièces du dossier que les autorités croates n'ont pas encore statué sur la deuxième demande de remise du fils de F D A, adressée E les autorités françaises aux autorités croates le 15 juillet 2022 suite au rejet, E ces dernières, de la première demande de remise du fils de F D A. Dans ce contexte particulier, l'intéressée est fondée à soutenir qu'en décidant de la remettre aux autorités croates pour qu'elles examinent sa demande d'asile sans mettre en œuvre la clause discrétionnaire prévue E l'article 17 précité du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, le préfet de police, qui n'a pas suffisamment pris en compte l'intérêt de l'enfant de Mme D A, a entaché son arrêté de transfert d'une erreur manifeste d'appréciation. E suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision du 28 juin 2022 doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
5. Le présent jugement, qui annule l'arrêté du préfet de police du 28 juin 2022, implique nécessairement que le préfet de police délivre à Mme C une attestation de demande d'asile en procédure normale dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une mesure d'astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
6. Sous réserve de l'admission définitive de Mme D A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, accordée à titre provisoire E le présent jugement, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pierre, avocate de Mme D A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Pierre de la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme D A E le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme D A.
D E C I D E :
Article 1er : Mme D A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 28 juin 2022 E lequel le préfet de police a décidé du transfert de Mme D A aux autorités croates est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme D A une attestation de demande d'asile en procédure normale dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à Me Pierre au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme D A E le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme D A.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D A est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D A, au préfet de police et à Me Pierre.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.
Rendu public E mise à disposition au greffe le 5 août 2022.
La magistrate désignée,
M. de SAINT CHAMASLa greffière,
V. LAGREDE
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026