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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2214626

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2214626

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2214626
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantMEUROU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 juillet et le 5 septembre 2022, M. D B, représenté par Me Meurou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen, l'ensemble dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'effacement de son nom dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- cette décision est entachée d'une erreur de droit, le préfet de police s'étant estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, faute de production de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est entachée d'un vice de forme, tiré de son insuffisante motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste de l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale, compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qui en constitue le fondement ;

- elle est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un vice de forme, tiré de son insuffisante motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale, compte tenu de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français qui en constitue le fondement ;

- elle est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de M. Grandillon, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

1. M. D B, de nationalité égyptienne né le 7 janvier 1978, est entré en France le 4 septembre 2019 sous couvert d'un visa C délivré le 28 juillet 2019 au Caire. Il demande l'annulation de l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme E C, adjointe à la cheffe du 9ème bureau à la direction de la police générale de la préfecture de police, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 27 septembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si le requérant soutient que la procédure suivie dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre de séjour est irrégulière, il ressort toutefois des pièces produites en défense que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été consulté et a rendu un avis le 14 mars 2022, soit avant l'édiction de la décision attaquée. Ce moyen doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, et nonobstant le fait qu'elle ne reprend pas les éléments que le requérant indique avoir transmis dans le cadre de l'instruction de sa demande, elle est suffisamment motivée. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il ressort de la décision attaquée que si le préfet de police a pris en compte l'avis du collège de médecins de l'OFII, c'est après un examen approfondi de la situation de M. B qu'il a estimé qu'il ne remplissait pas les conditions prévues à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, ni qu'il s'est estimé lié par l'avis précité. Ces moyens doivent donc être écartés.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ".

7. Il ressort de l'arrêté attaqué que le collège de médecins de l'OFII a estimé, le 14 mars 2022, que si l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine. Le préfet de police a alors conclu, après un examen approfondi de la situation du requérant, qu'il ne remplit pas les conditions fixées à l'article cité au point précédent. Pour remettre en cause la possibilité, pour lui, de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, M. B indique que son état nécessite un suivi spécialisé et la prise de Methotrexate, de Benepali et de Nordimet et produit plusieurs certificats médicaux. Toutefois, les attestations des 6 avril 2021 et du 21 juin 2022 de praticiens du service de rhumatologie du groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière sont insuffisamment circonstanciées pour remettre en cause l'appréciation du préfet, d'autant que le second certificat se borne à relever que les soins requis ne semblent pas disponibles en Egypte. Par ailleurs, les trois attestations établies par des médecins égyptiens en mai et juillet 2019, soit deux ans avant la décision attaquée, et dont deux relèvent seulement l'indisponibilité chronique du traitement, sont également insuffisantes pour remettre en cause l'appréciation portée par le préfet quant à la disponibilité des soins à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". En vertu de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

9. D'une part, il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet de police, qui a tenu compte de l'ensemble des circonstances propres au cas d'espèce avant de l'édicter, dont l'état de santé de M. B et sa prise en charge médicale, se soit borné à prendre en compte sa vie familiale lors de l'examen de sa situation sur le fondement des stipulations citées au point précédent. D'autre part, si M. B soutient qu'il est entré en France régulièrement pour y solliciter son admission au séjour en raison de son état de santé, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa pathologie dans son pays d'origine, ainsi que cela a été indiqué au point 7. En outre, l'intéressé est célibataire sans charge de famille et n'est pas dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine où résident son épouse et ses quatre enfants. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et de l'erreur de droit commise dans l'application de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté pour les mêmes motifs ainsi, et en tout état de cause, que celui tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

11. En deuxième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir de l'insuffisante motivation de la décision attaquée qui, prise concomitamment à la décision refusant son admission au séjour, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Ce moyen, qui est inopérant, doit donc être écarté.

12. En troisième lieu, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de l'acte, du défaut d'examen de sa situation personnelle, de l'erreur de droit, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2, 5 et 9 ci-dessus.

13. En dernier lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision attaquée qui l'oblige à quitter le territoire, de la méconnaissance des articles L. 425-9 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs au séjour des étrangers en France et non à leur éloignement.

Sur la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision d'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision fixant son pays de destination.

15. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'incompétence de signataire de l'acte doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 2 ci-dessus.

16. En dernier lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen doit donc être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et sa demande présentée au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de police et à Me Meurou.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

M. Grandillon, premier conseiller,

M. Paret, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

Le rapporteur,

J. GRANDILLON

Le président,

J.F. SIMONNOT

La greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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