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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2214708

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2214708

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2214708
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantLANGLOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 juillet et le 25 novembre 2022, M. A E, représenté par Me Langlois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2022 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de cinquante euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente dans les mêmes conditions d'astreinte ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Langlois, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est illégale en raison de l'absence de production de l'avis médical du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis du collège des médecins de l'OFII n'a pas été produit, qu'il n'est pas établi que le médecin instructeur n'a pas participé à ce collège et que la collégialité et la régularité de la désignation de celui-ci ne sont pas établies ;

- le préfet de police a commis une erreur de droit en s'estimant à tort en situation de compétence liée ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la procédure d'édiction de l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français qu'elle assortit ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français qu'elle assortit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juillet 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Par une décision du 6 mai 2022, M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Langlois, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant albanais né le 27 mai 1981, est entré en France le 30 septembre 2016 selon ses déclarations. Il a demandé son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 avril 2022, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est éloigné. M. E demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de police a fait application et mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé, notamment le sens de l'avis du collège des médecins de l'OFII. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cet arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police ne s'est pas livré à un examen particulier suffisant de la situation personnelle de M. E avant de prendre l'arrêté attaqué.

4. En troisième lieu, l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 8 mars 2022 a été produit par le préfet de police. Il ressort des pièces du dossier que le rapport du docteur I F a été transmis au collège des médecins de l'OFII le 16 février 2022. En outre, il ressort également de l'arrêté du 1er octobre 2021 modifiant la décision du 17 janvier 2017 portant désignation au collège des médecins à compétence nationale de l'OFII que le docteur G, le docteur D et le docteur H, signataires de l'avis émis, ont été désignés pour siéger à ce collège. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'avis du collège ne comporterait pas toutes les mentions expressément prévues par arrêté ministériel, ni que ce dernier n'a pas été pris à l'issue d'une délibération collégiale. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il ne ressort ni des motifs de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet de police s'est estimé en situation de compétence liée pour refuser la délivrance d'un titre de séjour et a ainsi méconnu l'étendue de sa compétence. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il a commis une erreur de droit.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (). ".

7. Pour refuser de délivrer à M. E un titre de séjour, le préfet de police a estimé, en suivant l'avis du collège de médecins de l'OFII, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine. Les seuls éléments produits par M. E, qui est atteint de la maladie de Scheuermann, soit des ordonnances et certificats médicaux qui confirment qu'il est suivi médicalement, ne permettent pas d'infirmer l'avis de l'OFII. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. M. E a vécu en France entre 1997 et 2012, y a obtenu un diplôme de CAP " Pâtisier " en 2002 et a bénéficié entre 2005 et 2015 d'une carte de résident. Toutefois, ce dernier, qui est parti vivre en Albanie en 2012, est célibataire et sans enfant à charge et ne démontre pas avoir développé en France de relations d'une intensité particulière depuis son retour en 2016. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté au droit de M. E au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision attaquée a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui est dit aux points 2 à 9 que la décision de refus de titre de séjour n'est pas illégale. Il suit de là que M. E n'est pas fondé à soutenir que son illégalité prive de base légale la décision portant obligation de quitter le territoire.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, l'arrêté attaqué n'a pas été pris au terme d'une procédure irrégulière. M. E n'est donc pas fondé à soutenir, en tout état de cause, que l'irrégularité de la procédure suivie devant l'OFII entache d'illégalité la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire d'une obligation de quitter le territoire : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

13. Ainsi qu'il est dit au point 7, si l'état de santé de M. E nécessite une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui est dit aux points 10 à 14 que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Il suit de là que M. E n'est pas fondé à soutenir que son illégalité prive de base légale la décision fixant le délai de départ volontaire.

16. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée et est ainsi suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours doit être écarté.

17. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

18. En premier leu il résulte de ce qui est dit aux points 10 à 14 que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Il suit de là que M. E n'est pas fondé à soutenir que son illégalité prive de base légale la décision fixant le pays de destination.

19. En dernier lieu, si M. E soutient qu'il risque de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de transfert en Albanie, il n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir la réalité des risques personnels auxquels il serait personnellement exposé. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

M. Grandillon, premier conseiller,

M. Paret, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

Le rapporteur,

F. C

Le président,

J.-F. SIMONNOT La greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2214708

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