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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2214822

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2214822

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2214822
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Zekri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2022 par lequel le préfet de police de Paris lui a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai, a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans l'espace Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, dans le délai de deux mois, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête n'est pas tardive ;

- la décision de retrait est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- est entachée d'inexactitude matérielle dès lors qu'il n'a jamais entendu présenter des documents en vue d'obtenir sa naturalisation ;

- elle est illégale dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale en violation des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juillet 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de fonder son jugement sur le moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 janvier 2022 en tant qu'il informe M. B de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour sont irrecevables dans la mesure où il s'agit d'une simple information portée à sa connaissance qui ne constitue pas une décision susceptible de recours.

Des observations en réponse ont été enregistrées le 15 septembre 2022, présentées pour le préfet de police par Me Tomasi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Zekri, avocat de M. B, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 12 avril 1975 et entré en France le 20 août 1996 selon ses déclarations, s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien valable du 12 mai 2021 au 11 mai 2022. Par un arrêté du 25 janvier 2022, le préfet de police, estimant que son comportement était constitutif d'une menace pour l'ordre public, lui a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne la possibilité de retirer un certificat de résidence algérien à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public et expose de manière détaillée les circonstances de fait ayant conduit le préfet de police à estimer que la présence de M. B en France était constitutive d'une telle menace. Le préfet de police n'était pas tenu de faire état de tous les éléments relatifs à sa situation personnelle dont il avait connaissance mais seulement des faits qu'il jugeait pertinents pour justifier le sens de sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle M. B avant de retirer son titre de séjour, la circonstance qu'il ne fasse pas état de certains éléments de fait n'étant pas de nature à établir que cela n'aurait pas été le cas.

4. En troisième lieu, aucune stipulation de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne prive l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de retirer à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

5. En l'espèce, le préfet de police, pour retenir que le comportement de M. B était constitutif d'une menace à l'ordre public et lui retirer son certificat de résidence pour ce motif, s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé avait tenté le 4 juillet 2017 d'obtenir frauduleusement une carte d'identité et un passeport et qu'il avait en outre présenté une fausse facture d'électricité en date du 19 mai 2017 comme justificatif de domicile. Il ressort des pièces du dossier que M. B a rempli le 4 juillet 2017, à Orly, un formulaire de déclaration de perte de carte nationale d'identité, en y précisant les date et lieu de cet événement, et en y apposant sa signature. Il a par ailleurs effectué une demande de carte nationale d'identité et de carte d'identité et de passeport le même jour ainsi que cela résulte tant du formulaire signé que des récépissés produits par le préfet de police. Si le requérant, qui ne conteste pas avoir produit une fausse facture, soutient qu'il n'a jamais entendu solliciter la délivrance d'une carte d'identité française et sa naturalisation, mais uniquement régulariser sa situation ce qui l'a conduit a accepté les services d'un tiers, par l'intermédiaire d'un ami de son frère, afin de l'aider dans ses démarches, en tout état de cause, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir et à remettre en cause l'existence de sa fausse déclaration et de ses demande de documents d'identité français. Compte tenu de la nature des faits reprochés et de leur caractère récent, et quand bien même ils n'avaient donné lieu à aucune poursuite pénale à la date de l'arrêté attaqué et que le préfet de police avait initialement décidé de lui accorder un titre de séjour, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation, ni d'inexactitude matérielle, que le préfet de police a pu estimer que la présence en France de M. B représentait une menace pour l'ordre public.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / (). ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. S'il ressort des pièces du dossier que M. B réside depuis 1996 en France, où vit également son frère titulaire d'un titre de séjour, et qu'il exerce une activité d'ouvrier maçon dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis le 1er octobre 2018, il est célibataire sans charge de famille, et ne justifie d'aucuns liens particuliers qu'il y aurait noués. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit au point 5 qu'il s'est livré à des fausses déclarations concernant la perte d'une carte nationale d'identité française et qu'il en a sollicité la délivrance d'une nouvelle ainsi que celle d'un passeport. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et en dépit de sa durée de présence sur le territoire français, le préfet de police, en retirant son titre de séjour à M. B, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de son refus ou des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas violé, en tout état de cause, les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sans que le requérant puisse utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président ;

- M. Martin-Genier, premier conseiller ;

- M. Hémery, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

H. C

L'assesseur le plus ancien,

P. Martin-GenierLa greffière,

A. Koltcheva

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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