mardi 18 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2214922 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Section 8 - Chambre 1 |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juillet 2022, M. A, représenté par Me Béchieau, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 3 juin 2022 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Béchieau en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que l'arrêté attaqué :
- en tant qu'il rejette sa demande de titre de séjour :
- est insuffisamment motivé
- est intervenu sans un examen préalable de sa situation personnelle
- est entaché d'erreur de droit le préfet de police s'étant estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII
- est intervenu au terme d'une procédure irrégulière
- méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français :
- méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 aout 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête ;
Le préfet de police soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 25 aout 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 13 septembre 2022 à 12h00.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux article R. 313-22, R.313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant sénégalais né le 17 mars 1992 est entré en France le 5 décembre 2017. Il s'est vu diagnostiquer une ostéomyélite chronique et a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé. Le rejet de sa demande par le préfet de police en date du 6 juillet 2020 ayant été annulé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Paris n° 20PA03981 en date du 7 octobre 2021, il a saisi l'autorité administrative le réexamen de sa demande le 2 décembre 2021. M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 juin 2022 par lequel le préfet de police a de nouveau refusé de délivrer ce titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 1er septembre 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à ce que l'aide juridictionnelle lui soit accordé à titre provisoire.
Sur la décision portant refus de titre de séjour
3. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué qu'il comprend, pour chacune des décisions dont il est le support, les considérations de droit et de fait, propre à la situation du requérant, qui en constitue le fondement. Le moyen tiré de ce que l'arrêté serait insuffisamment motivé et qu'il n'aurait pas été précédé d'un examen attentif de la situation personnelle du requérant manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable.
La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Selon l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". L'article R.425-12 du même code précise que : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ". Enfin, l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé dispose que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ".
5. Le préfet de police a pris l'arrêté attaqué en se fondant sur un avis rendu le 7 avril 2022 par un collège de médecins de l'OFII, qui a été versé au dossier, qui porte la mention de l'identité du médecin rapporteur, qui n'a pas délibéré ainsi que l'identité et la signature des trois médecins qui l'ont adopté et qui comporte l'ensemble des mentions exigées par les textes sus rappelés. M. A n'est par conséquent pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait intervenu au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance de ces dispositions.
6. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet de police, qui a procédé à un examen détaillé de la situation personnelle du requérant, ne s'est pas considéré comme tenu de rejeter la demande de titre de séjour de l'intéressé du fait des mentions de l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII en date du 7 avril 2022.
7. En quatrième lieu, M. A soutient que, contrairement aux mentions figurant dans l'avis du 7 avril 2022, le traitement médical qu'il doit suivre n'est pas disponible dans son pays d'origine, qu'il est originaire d'une région particulièrement pauvre et qu'il ne dispose d'aucune ressource au Sénégal ni d'une couverture médicale lui permettant un accès effectif aux soins dont il a besoin. Toutefois, M. A, qui ne verse au dossier aucun élément au soutien de ses allégations, ne fait état que de données générales sur la pauvreté de son pays d'origine. Les certificats médicaux établis les 26 aout 2019 et 9 octobre 2020 par le docteur C, praticien hospitalier au service des maladies infectieuses de l'hôpital Saint-Antoine de Paris, qui n'a pas la qualité pour se prononcer sur le droit au séjour de M. A, et qui font état de difficultés d'accès aux soins dans la pays d'origine de l'intéressé ne contredisent pas l'avis rendu le 7 avril 2022 en ce qu'ils n'affirment pas que les traitements dont il a besoin ne seraient pas disponibles dans son pays d'origine et sont, en tout état de cause, insuffisamment circonstanciés.
8. Si, par ailleurs, M. A fait état de ce qu'il serait sans ressources au Sénégal où il ne bénéficierait d'aucune couverture médicale, il ressort des certificats médicaux produits par l'intéressé que son état de santé est compatible avec une activité professionnelle. M. A n'est au surplus pas isolé dans son pays d'origine où résident sa mère et sa fratrie qui sont susceptibles de lui apporter leur soutien. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est intervenu en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. L'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2 Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". M. A est célibataire et sans charge de famille. Il n'invoque aucun lien personnel autre que familial qu'il aurait pu noué en France. Il n'est par ailleurs pas dépourvu d'attaches familiales au Sénégal où résident sa mère et sa fratrie. Le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué porterait une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée etfamiliale doit par conséquent être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède, et notamment des motifs retenus aux points 8 et 9, que M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français
11. En premier lieu, selon l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". Le préfet de police n'ayant pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait intervenue en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 9° du même code.
12. En second lieu, l'article 2 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. () ". Selon l'article 3 du même texte : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Outre que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'impose pas, en elle-même, que M. A soit éloigné à destination de son pays d'origine, en tout état de cause, il n'est pas établi que l'intéressé ne pourrait pas accéder aux soins et traitements que son état de santé nécessite au Sénégal. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut dès lors qu'être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées. Ses conclurions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle de M. A.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. MEYER, président rapporteur,
M. MATALON, premier conseiller,
Mme TICHOUX, première conseillère.
Lu en audience publique le 18 octobre 2022.
.
Le président rapporteur,
E. B
Le premier assesseur,
D. Matalon
Le greffier,
L. Ben Hadj Messaoud
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026