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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2214957

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2214957

mercredi 15 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2214957
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCRUSOE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 juillet 2022, 7 décembre 2022 et 27 janvier 2023, M. D, représenté par Me Crusoé, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions révélées par les courriels des 12 juillet et 4 août 2021 par lesquels le préfet de la région Ile-de-France a refusé de lui accorder un report de ses congés annuels non pris au titre de l'année 2020 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la région Ile-de-France de lui rétablir ses droits à congés annuels dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de deux cents euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'une incompétence de leur auteur ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas été préalablement informé de l'expiration de ses droits à congés annuels ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense et des pièces complémentaires, enregistrés

les 9 décembre 2022, 17 janvier 2023 et 9 février 2023, le préfet de la région Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation de la décision révélée par le courriel

du 12 juillet 2021 sont irrecevables ;

- les autres moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 ;

- le décret n° 84-972 du 26 octobre 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Lamy, rapporteur public,

- et les observations de Me Crusoé, avocat de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. Gibilaro, secrétaire administratif de classe normale, affecté au service de la création, bureau des licences d'entrepreneur et de spectacles, de la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d'Ile-de-France, a été placé en congé de maladie ordinaire à plusieurs reprises entre les mois de janvier à juillet 2021. Par deux courriels adressés au bureau des ressources humaines de la DRAC Ile-de-France, M. D a sollicité le report de ses congés annuels au titre de l'année 2020 qu'il n'a pas pu prendre. Par deux réponses des 12 juillet 2021 et 4 août 2021, le bureau des ressources humaines de la DRAC Ile-de-France a refusé de lui accorder ce report. Par la présente requête, M. D demande au tribunal l'annulation de ces décisions, révélées par ces deux courriels de réponse.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la région Ile-de-France :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le courriel du 12 juillet 2021 fait suite à une demande adressée par M. D à sa gestionnaire de proximité du bureau des ressources humaines de la DRAC Ile-de-France tendant à obtenir son relevé de congés pour les années 2020 et 2021. Dans ces conditions, la réponse apportée par la chargée de mission ne peut être regardée comme une décision revêtant un caractère décisoire, susceptible d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la région

Ile-de-France doit être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision de rejet révélée par le courriel du 4 août 2021 :

4. En premier lieu, le courriel a été signé par Mme A E, cheffe du bureau des ressources humaines au sein du secrétariat général de la DRAC Ile-de-France.

Mme E a reçu délégation de signature, par un arrêté n° 2021-56 du 5 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la région

Ile-de-France du 19 juillet 2021, à l'effet de signer tous les actes dont la liste est fixée par les dispositions de l'arrêté du 29 décembre 2016 visé dans l'arrêté, à l'exception de ceux relatifs aux sanctions disciplinaires du premier groupe. Par suite, le moyen d'incompétence invoqué par M. D manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, si M. D soutient qu'il n'a pas été informé, préalablement à sa demande adressée au bureau des ressources humaines à l'été 2021, que ses droits à congés annuels expiraient au 30 avril 2021, il ressort des pièces du dossier que, par un courriel du 22 décembre 2020, la gestionnaire de proximité du requérant a alerté ce dernier sur sa situation, notamment le fait qu'il lui restait 17,5 jours acquis au titre des congés annuels de 2020 à utiliser avant le 30 avril 2021. De plus, le 22 janvier 2020, les services de la DRAC ont informé l'ensemble des agents de la mise à leur disposition d'un livret d'accueil mentionnant, notamment, le droit au report des congés, document également disponible sur l'intranet de la DRAC. Il ressort du registre des retraits du livret d'accueil produit en défense que M. D n'a pas retiré ce document. Au demeurant, ainsi que le fait valoir le préfet de la région Ile-de-France, la possibilité de report des congés annuels d'une année N jusqu'au mois d'avril de l'année N+1 est une pratique propre à la DRAC Ile-de-France, instaurée par une circulaire du 9 février 2000. Compte-tenu de l'ancienneté de cette pratique à la DRAC Ile-de-France, de la mise à disposition de l'information sur les modalités d'exercice du report des congés annuels par les services de la DRAC et des échanges de courriels produits, M. D, affecté à la DRAC depuis 2015, ne peut utilement soutenir qu'il n'a pas été informé de l'expiration à venir de ses droits à congés annuels acquis au titre de l'année 2020. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 de la directive 2003/88/CE : " Congé annuel / 1. Les États membres prennent les mesures nécessaires pour que tout travailleur bénéficie d'un congé annuel payé d'au moins quatre semaines, conformément aux conditions d'obtention et d'octroi prévues par les législations et/ou pratiques nationales. / 2. La période minimale de congé annuel payé ne peut être remplacée par une indemnité financière, sauf en cas de fin de relation de travail. " Selon la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, ces dispositions font obstacle à ce que le droit au congé annuel payé qu'un travailleur n'a pas pu exercer pendant une certaine période parce qu'il était placé en congé de maladie pendant tout ou partie de cette période s'éteigne à l'expiration de celle-ci. Le droit au report des congés annuels non exercés pour ce motif n'est toutefois pas illimité dans le temps. Si, selon la Cour, la durée de la période de report doit dépasser substantiellement celle de la période au cours de laquelle le droit peut être exercé, pour permettre à l'agent d'exercer effectivement son droit à congé sans perturber le fonctionnement du service, la finalité même du droit au congé annuel payé, qui est de bénéficier d'un temps de repos ainsi que d'un temps de détente et de loisirs, s'oppose à ce qu'un travailleur en incapacité de travail durant plusieurs années consécutives, puisse avoir le droit de cumuler de manière illimitée des droits au congé annuel payé acquis durant cette période.

7. Aux termes de l'article 1er du décret du 26 octobre 1984 relatif aux congés annuels des fonctionnaires de l'Etat : " Tout fonctionnaire de l'Etat en activité a droit, dans les conditions et sous les réserves précisées aux articles ci-après, pour une année de service accompli du 1er janvier au 31 décembre, à un congé annuel d'une durée égale à cinq fois ses obligations hebdomadaires de service ". Aux termes de l'article 5 du même décret : " Le congé dû pour une année de service accompli ne peut se reporter sur l'année suivante, sauf autorisation exceptionnelle donnée par le chef de service. Un congé non pris ne donne lieu à aucune indemnité compensatrice ". Ces dispositions réglementaires, qui ne prévoient le report des congés non pris au cours d'une année de service qu'à titre exceptionnel, sans réserver le cas des agents qui ont été dans l'impossibilité de prendre leurs congés annuels en raison d'un congé de maladie, sont, dans cette mesure, incompatibles avec les dispositions de l'article 7 de la directive précitée et, par suite, illégales.

8. En l'absence de dispositions législatives ou réglementaires fixant une période de report des congés payés qu'un agent s'est trouvé, du fait d'un congé maladie, dans l'impossibilité de prendre au cours d'une année civile donnée, le juge peut en principe considérer, afin d'assurer le respect des dispositions de la directive 2003/88/CE

du 4 novembre 2003, que ces congés peuvent être pris au cours d'une période de quinze mois après le terme de cette année. La Cour de justice de l'Union européenne a en effet jugé, dans son arrêt C-214/10 du 22 novembre 2011, qu'une telle durée de quinze mois, substantiellement supérieure à la durée de la période annuelle au cours de laquelle le droit peut être exercé, est compatible avec les dispositions de l'article 7 de la directive. Toutefois ce droit au report s'exerce, en l'absence de dispositions, sur ce point également, dans le droit national, dans la limite de quatre semaines prévue par cet article 7.

9. En l'espèce, si M. D soutient qu'il a été dans l'impossibilité de prendre l'intégralité de ses jours acquis au titre des congés annuels en 2020 pour raison de santé et a demandé, pour ce motif, à bénéficier d'un report de ses 17 jours non pris au-delà de la dérogation déjà mise en œuvre par la DRAC pour l'ensemble de ses agents, d'une part, c'est sans être contredit que l'administration fait valoir qu'il n'a été en congé de maladie ordinaire que huit jours en 2020. D'autre part, il ressort des échanges entre le requérant et le bureau des ressources humaines de la DRAC produits dans la présente instance que M. D a initialement justifié l'impossibilité de prendre l'intégralité de ses jours de congés annuels acquis au titre de l'année 2020 par la situation de crise sanitaire intervenue la même année. Dans ces conditions, M. D n'établit pas, pour l'année 2020, avoir été empêché sur une longue période de bénéficier du droit de prendre ses congés annuels acquis au cours de même année, du fait d'une absence prolongée pour raison de santé. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.

10. En dernier lieu, si le requérant soutient que la décision en litige est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation, ces moyens ne sont pas assortis des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, ils doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la ministre de la culture.

Copie pour information au préfet de la région Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 22 février 2022, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

M. Gandolfi, premier conseiller,

Mme Leravat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2022.

La rapporteure,

C. C

Le président,

J-P. LADREYT

La greffière,

L. SUEUR

La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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