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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2215116

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2215116

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2215116
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET CHANGO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 juillet et 6 octobre 2022, Mme C E, représentée par Me Metton, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, a fixé le pays de renvoi et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et, dans cette attente, de la mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir le bénéficie de l'aide juridictionnelle, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le préfet était tenu de lui communiquer la procédure tenue devant l'Office français de l'immigration et de l'intégration (l'OFII), notamment l'avis du collège des médecins de l'OFII et le rapport de transmission ;

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est entaché de défaut de motivation et de défaut d'examen de sa situation particulière ;

- le préfet s'est estimé lié par l'avis de l'OFII ;

- il a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- il a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Metton, représentant Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Le 15 novembre 2021, Mme C E, ressortissante camerounaise née le 18 octobre 1984 et entrée en France le 3 avril 2017, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 10 juin 2022 le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour de l'intéressée, a fixé le pays vers lequel elle sera renvoyée et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme E demande l'annulation des décisions portant refus de renouvellement de titre de séjour et obligation de quitter le territoire.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a produit à l'instance l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et le rapport de transmission, dont la requérante ne conteste pas utilement la régularité. Par suite, la requérante ne peut soutenir que le préfet ne justifie pas de leur existence.

4. En deuxième lieu, par un arrêté n° 2022-00263 du 18 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme A B, attachée d'administration de l'Etat, placée sous la responsabilité de la cheffe du 9ème bureau, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

6. La décision attaquée vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle rappelle en outre que le collège de médecins de l'OFII a estimé, le 19 avril 2022, que si l'état de santé de Mme E nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié au Cameroun et voyager sans risque vers ce pays. Elle mentionne enfin que la requérante est entrée en France en 2017, qu'elle est célibataire, qu'elle n'atteste pas être démunie d'attaches familiales au Cameroun et que, compte tenu de ces circonstances, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. L'arrêté attaqué mentionne donc les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivé. La requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision serait entachée d'une insuffisance de motivation. Pour les mêmes motifs, elle ne peut davantage soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

7. En quatrième lieu, la circonstance que le préfet de police se serait approprié les éléments résultant de l'avis du collège des médecins n'est pas de nature à établir qu'il se serait senti lié par cet avis. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu sa compétence ou que la décision en litige aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière.

8. En cinquième lieu, Mme E soutient, contrairement à l'OFII, qu'elle ne pourra pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié au Cameroun pour la pathologie dont elle est affectée, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays. Toutefois, il résulte des dispositions citées au point 2 qu'il appartient seulement au juge de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressée, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, sans rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe, et pas davantage à prendre en compte des facteurs étrangers à ces critères. D'une part, il ressort des comptes rendus médicaux produits par Mme E qu'elle a été atteinte d'un cancer du sein, traité entre décembre 2019 et juin 2020 par un programme de chimiothérapie et une mastectomie, et que, dans ces circonstances, elle a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étrangère malade. Toutefois, elle ne produit aucun élément permettant de supposer que le suivi médical dont elle fait désormais l'objet serait, compte tenu de l'évolution de sa pathologie, indisponible au Cameroun et se borne à produire sur ce point un compte-rendu de consultation de suivi au centre des maladies du sein de l'hôpital Lariboisière du 14 décembre 2021, qui évoque une rémission complète et une poursuite de la surveillance, et un certificat de son médecin généraliste indiquant qu'elle l'a consulté à deux reprises en 2021 et en 2022. D'autre part, la requérante soutient que le système de santé camerounais manque des moyens humains et matériels permettant une prise en charge efficace des malades du cancer. Toutefois, à supposer même que le plan stratégique national de prévention et de lutte contre le cancer produit par la requérante permette d'attester que la qualité du suivi des patients ayant été atteints d'un cancer est inégale entre le Cameroun et la France, la requérante ne démontre pas qu'il n'existerait pas de moyens de prise en charge appropriés dans son pays d'origine, au sens de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cité au point 2. Dès lors, le préfet de police pouvait, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fonder sa décision de refus de renouvellement de carte de séjour sur la circonstance que Mme E pourra bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa pathologie dans son pays d'origine. La requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que le préfet de police aurait commis une erreur dans l'appréciation de sa situation.

9. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, la requérante n'est pas fondée à soutenir que, compte tenu de son état de santé, son éloignement méconnaitrait les stipulations de l'article 3 de la convention précitée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et, Mme E étant la partie perdante à l'instance, celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Laloye, président,

Mme Roussier, première conseillère,

M. Théoleyre, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.

Le rapporteur,

M. Theoleyre

Le président,

P. Laloye

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2215116/6-

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