jeudi 20 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2215250 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | NUNES |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 12 juillet 2022, le président du tribunal administratif de Limoges a transmis au tribunal la requête présentée par M. B D.
Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2022, M. B D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Indre l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Il soutient que :
S'agissant des moyens communs aux différentes décisions attaquées :
- l'arrêté ne lui a pas été régulièrement notifié dès lors que les délais de recours ne lui ont pas été lus et qu'il n'a pas bénéficié d'un interprète ;
- ces décisions sont signées par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il essaie en vain de présenter une demande d'asile en France compte tenu de l'expiration des délais de transfert qui lui ont été opposés dans le cadre de la procédure " Dublin " dont il a fait l'objet le 18 juillet 2018 ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans la mesure où le risque de fuite n'est pas établi.
La requête a été communiquée au préfet de l'Indre qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Armoët, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de la tardiveté et, par suite de l'irrecevabilité, des conclusions de la requête qui ont été présentées au-delà du délai de recours de 48 heures ;
- les observations de Me Nunes, avocat désigné pour représenter M. D, qui soutient que la tardiveté ne peut être retenue qu'en présence d'un procès-verbal de notification.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant ivoirien né en 1988, demande l'annulation de l'arrêté en date du 5 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Indre, à la suite d'un contrôle routier, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte, commun aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Stéphane Sinagoga, secrétaire général de la préfecture de l'Indre, qui disposait d'une délégation de signature du préfet de l'Indre, consentie par un arrêté n° 36-2021-09-09-00001 du 9 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Indre n° 36-2021-10 du 10 septembre 2021. Par suite, le moyen tiré l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
4. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise notamment le 1° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que M. C déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2018 et n'avoir pas sollicité de titre de séjour en France et qu'il s'est délibérément soustrait à l'exécution de la décision de transfert vers l'Italie, prononcée par le préfet du Val de Marne le 18 juillet 2018. La décision précise par ailleurs que l'intéressé est sans charge de famille en France et qu'il ne démontre pas être isolé dans son pays d'origine où résident sa compagne ivoirienne et ses deux enfants. Par suite, cette décision, qui comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.
5. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier la portée et le bien-fondé.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Si M. C se prévaut de la violation de ces stipulations, il n'apporte aucune précision ni aucun élément permettant de justifier de la réalité, de l'ancienneté et de l'intensité des liens privés ou familiaux qu'il aurait noués en France, alors que l'arrêté attaqué relève qu'il est sans charge de famille sur le territoire français et que sa compagne et ses deux enfants vivent en Côte d'Ivoire. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
8. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 7 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. C en lui faisant obligation de quitter le territoire français.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. M. C ne peut pas utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que cette décision n'a pas pour objet de fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
Sur la légalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".
13. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise notamment les articles précités, indique qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet au motif qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. En outre, la décision précise que M. C ne justifie d'aucune circonstance particulière pour ne pas avoir sollicité un titre de séjour et s'être maintenu en situation irrégulière en France. Par suite, cette décision, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.
14. En deuxième lieu, il est constant que M. C ne peut pas justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'avait pas, à la date de la décision attaquée, sollicité un titre de séjour. S'il allègue vouloir déposer une nouvelle demande d'asile en France compte tenu de l'échec de la procédure " Dublin " mise en œuvre au mois de juillet 2018, il n'apporte aucun élément permettant de justifier de démarches en ce sens. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation du risque de fuite doit être écarté.
15. En troisième lieu, les moyens tirés de la violation de l'article 8 et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent, en tout état de cause, être écartés pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés aux points 7 et 10 du présent jugement.
16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doivent être rejetées.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
17. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
18. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise la nationalité de M. C et indique que l'intéressé s'est soustrait à la décision de transfert vers l'Italie prise par le préfet du Val de Marne le 18 juillet 2018 en vue de l'examen de sa demande d'asile. En outre, cette décision indique que M. C n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, cette décision est suffisamment motivée.
19. En deuxième lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 7 du présent jugement.
20. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, si M. C allègue, dans sa requête sommaire, vouloir déposer une nouvelle demande d'asile en France, il n'apporte aucun élément permettant de justifier de démarches en ce sens. En outre, il n'apporte aucune précision sur les risques personnels et actuels qu'il estime encourir dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.
Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an :
22. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
23. En premier lieu, pour prononcer la mesure d'interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de deux ans, la décision attaquée vise les textes précités et indique, d'une part, que l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, d'autre part, qu'il est entré en France récemment, en outre, qu'il ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France, par ailleurs, qu'il s'est soustrait à une mesure de transfert, enfin, qu'il n'est porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il n'est pas isolé dans le pays dont il est ressortissant. Dans ces conditions, le préfet de l'Indre a suffisamment motivé sa décision au regard des critères prévus par la loi et de la situation de l'intéressé.
24. En deuxième lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 7 du présent jugement.
25. En dernier lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 20 du présent jugement.
26. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans doivent être rejetées.
27. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Indre du 5 juillet 2022, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de l'Indre.
Jugement rendu en audience publique le 20 octobre 2022.
La magistrate désignée,
E. Armoët La greffière,
C. LATOUR
La République mande et ordonne au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./3-2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026